21 février 2009

une couverture que l’on ne verra pas


Conversation avec un gâteau au chocolat (essai couverture)
Parfois on fait des propositions, et parfois elles sont refusées. Parfois pour de bonnes raisons. Disons des raisons compréhensibles. Aude avait fait cette couverture pour Conversation avec un gâteau au chocolat (qu’elle a illustré, en couleurs ; elle est très très douée). Mais, à L’école des loisirs, ils trouvaient ça pas assez lisible, pas assez évident pour des enfants (le livre est censé être pour les six-sept-huit-neuf-dix ans, des petits, c’est la collection Mouche, bien sûr les catégories d’âge sont arbitraires et dépendent de L’école des loisirs -de mon point de vue, le livre s’adresse à tout le monde). Je comprends. Mais je voulais quand même montrer cette couverture. Aujourd’hui un Si Ji Chun (sympa), puis un Hung Shui Oolong de Ding Dong (je lis : oxydation un peu plus forte que pour les Oolongs de haute montagne et 3 longues torréfactions à basse température en l’espace de 2 semaines). Un thé à sentir et à boire (chaleureux, gourmand, super). J’arrête les pu-er (par deux fois j’ai eu une petite réaction allergique ; en raison de l’âge de ces thés, des micro-champignons se développent). Il y a déjà bien assez à faire avec les oolongs (des baozhongs jusqu’aux très torréfiés, multitude de terroirs). Et puis, il me restera à découvrir les thés japonais. J’ai vu Gran Torino et ça m’a bouleversé. J’ai aussi relu des passages du premier roman de Jakuta, et aussi Adam Philips (il faudrait faire quelque chose, ses titres sont toujours horriblement traduits/trahis en français). Benoît a lu la première séquence de notre bd. Nous commençons vraiment à nous lancer. C’est excitant. Le comic-strip (trois-quatre cases dans le style Peanuts dont nous sommes fans) avec (cliquez pour son site avec ses propres créations), lui, continue à évoluer : ces jours-ci essais de couleurs (je trouve ça très bien). Je publierai peut-être quelques planches sur le blog (en fait, on est en train de faire des démarches pour être publié dans un journal, sur internet sans doute). Je me pose la question d’aller chez le coiffeur. J’avais un coiffeur, mais il est tombé très gravement malade (je n’en sais pas plus), depuis je traîne les pieds. Le quitter pour un autre coiffeur (bien portant) me pose des problèmes moraux. Donc j’ai revu toutes mes conceptions capillaires.
J’ai enfin appelé le plombier. Il était temps, d’après lui (il est très gentil, quand je lui ai demandé combien je lui devait, il a dit « euh normalement le prix c’est… », il n’était pas à l’aise) les joints allaient complètement céder, et alors c’était l’inondation. C’est drôle, au début il n’y avait qu’une petite fuite. Une deuxième est apparue autre part, et enfin une troisième (juste avant le truc pour couper l’arrivée d’eau, ça aurait été la catastrophe). Ne jamais traîner pour appeler le plombier (je n’aime pas la sonorité de ce mot « procrastination », mais c’est ça). Il y a une fuite à l’atelier. Il faut que l’on s’en occupe (il y a juste un joint à changer dans les toilettes). Hier j’ai passé la journée à Carnac dans le Morbihan. Le Centre des Musées Nationaux édite un ouvrage collectif sous la direction d’Adrien Goetz consacré à cent monuments. Cent auteurs sont invités à écrire un texte. J’ai fait le choix de Carnac et ses alignements de mégalithes (j’ai parlé de monolithes à quelqu’un… 2001 l’Odyssée de l’espace s’est échappé de mon inconscient, ce n’est pas un hasard). Une jeune femme m’a guidé dans les champs de menhirs, m’expliquant les techniques d’extraction, de taille etc. Deux jeunes Chinois nous ont rejoints. Elle m’a dit qu’il n’y avait toujours pas d’explication à ces alignements. On a des hypothèses. Mais rien de certain. Cela me plaît bien (mince j’ai oublié de rendre les clés du domaine). Je suis resté assis une bonne heure et demie dans une clairière en pleine forêt, avec d’un côté le géant du Manio (grand menhir qui ressemble à une baleine plantée en terre) et de l’autre le quadrilatère (de stèles). Il y avait du soleil, il faisait doux, pas un bruit. Le midi, déjeuner dans une brasserie (le chef cuisinier a l’air adorable, mais je crois qu’il serait plus compétent pour tailler des menhirs), dessert dans une crêperie (crêpe à la crème de marrons, divine !). C’est mon père qui nous avons fait découvrir Carnac à mon frère et à moi il y a une vingtaine d’années. Cette journée avait forcément une couleur particulière. Alors que je m’apprêtais à quitter la Bretagne, Madame Sz. (du centre de longs séjours de Coulommiers) m’a appelé. Elle a retrouvé la gourmette que mon frère et moi avions fait graver avec le nom et le prénom de notre père, ainsi que l’adresse et le numéro de téléphone de l’hôpital. Elle voulait savoir si nous souhaitions la conserver. Je ne savais pas, alors j’ai dit oui. Elle nous l’envoie. Cette femme a toujours été gentille avec nous. Des gens gentils et attentifs, nous en avons rencontré dans les hôpitaux.

16 février 2009

pour se réchauffer


Collection irraisonnée de préfaces à des livres fétiches, 2009, éditions Intervalles
Si j’aime Paris, j’aime davantage encore une autre ville qui s’y cache : « Paris tôt le dimanche matin ». Je suis sorti de chez moi vers 8h et je savais que cette journée me plairait. J’arrive à l’atelier et je trouve un email d’Armand (le directeur des éditions Intervalles). C’est la couverture dans sa version définitive. Je la transmets aux 42 écrivains participant à l’aventure. Les réactions sont enthousiastes. Je la trouve réussie, je la trouve belle, je peux le dire je n’y suis pour rien. Ce n’était pas évident. Nous voulions qu’elle soit à la fois claire, belle et informative. C’est important les belles couvertures. J’ai quitté une de mes maisons d’édition à cause, en partie, d’une histoire de couverture. Les 42 auteurs ont signé et renvoyé leur contrat. Tout va bien. Armand a peut-être trouvé un lieu pour la fête (que j’espère calme, très calme). Il compte organiser des soirées portes ouvertes dans les locaux des éditions Intervalles pour les auteurs. Thomas (Reverdy) et moi avons eu l’idée de cette aventure collective un soir de mai ou juin dernier. Nous voulions réunir des gens que nous aimions (parfois superficiellement, ce n’est pas un livre d’amis, même si certains auteurs sont des amis ; d’autres le sont devenus), dont nous aimions le travail ou la conversation, ou encore simplement la présence. Comme dit Thomas, nous ne sommes pas du sérail, alors cela nous plaisait (cela nous paraissait important) de faire ce livre avec ces auteurs un peu à la marge (je ne dis pas que tous les auteurs du livre le sont). Qu’avions-nous en tête ? J’essaye de me rappeler. Tout est parti de notre désir de faire quelque chose avec d’autres auteurs. Pour briser l’isolement. Pour lutter contre la solitude. Pour aller contre le temps qui passe et qui laisse tant de gens inconnus les uns des autres. Je parlais de temps en temps d’auteurs à Thomas, Thomas faisait de même. Alors peut-être que nous avons fait ce livre pour éviter de faire une grande fête. Oui, je crois que c’est ça : travailler est notre façon à nous de faire la fête. Cela peut sembler enfantin, mais nous avions besoin de chaleur et de douceur. Et puis le projet, résonnait particulièrement en nous : s’occuper de ceux qui ont disparu, ces livres dont on ne parle plus. C’était nécessaire. Le livre est terminé, l’aventure s’est bien passée (avec quelques petits cafouillages ; certains emails se perdent, s’oublient, atterrissent dans le dossier spam, des malentendus). Et tous les auteurs semblent enchantés. Non seulement nous avons découverts des auteurs que nous ne connaissions pas, des livres oubliés (pas tous), mais des écrivains qui n’avaient pas de liens, se sont parlés, ont découvert le travail de collègues, ont sympathisé. Ce dimanche fut une belle journée, mon travail a avancé, et j’ai vu Morse (un film Suédois), le meilleur film contemporain depuis longtemps. Ce soir : un pu-er vrac n°29 (1998) de la Maison des Trois Thés (je préfère le 28), je crois que mes lentilles sont prêtes (me préparer à manger ne me passionne pas, alors je fais au plus simple ; en dessert, des dattes, un yaourt à la vanille -une erreur), j’ai fait découvrir quelques chansons de Cartola et de Vinicius de Moraes à ma cousine. Delphine G. m’a demandé si je voulais qu’elle me rapporte quelque chose de New York (elle part avec son copain et son fils ; ce matin nous avons eu une grande discussion à propos de son passeport qui nous semblait peu biométrique), et je n’ai pas trouvé de choses que j’aimerais et que je ne trouverais pas à Paris. De New York, je crois que je voudrais New York, en fait.