31 mars 2009

plaisir


Mon riz de midi vient de brûler dans la casserole. Je rate à peu près systématiquement tout ce que je prépare à manger. J’ai le secret espoir qu’un jour, par maladresse, par distraction, j’inventerai un plat révolutionnaire et délicieux, un classique. C’est ainsi que la tarte tatin a été inventée après tout. 
La semaine commence bien : projet d’achat d’un manoir en Alsace (je viens de vider mon porte-monnaie sur mon bureau et je me rends compte que l’argent risque d’être un problème), je me suis inscrit à un cours de yoga, un nouveau trailer trash est arrivé et la couverture du premier livre (un Barbey d’Aureivilly qui était introuvable) de Rue Fromentin est visible. Elle est magnifique. Quand la plupart d’éditeurs ne se préoccupent pas de la couverture (sans parler du papier ; on dirait des épreuves reliées, ça donne une bonne image de la conception de la littérature de ces gens-là, c’est à dire du peu de sensualité qu’ils accordent à l’art) de leurs livres, voilà une maison d’édition (vous serez tenus au courant de la sortie de ce premier livre, ça ne devrait pas tarder) qui nous donne un beau livre. Quel plaisir. Et Harold & Maude (Hal Hashby - dont je rêve de voir 8 million ways to die, avec Jeff Bridges, scénario d’Oliver Stone) ressort au Champo (et au McMahon) à partir du 8 avril. Joie (j’avais oublié “If you want to sing out, sing out” de Cat Stevens ; ce film est une influence majeure pour Wes Anderson, Hashby lui-même pourrait être un personnage d’un de ses films). Le roman de Colin Higgins (originel) est génial. Ce film est la preuve qu’une adaptation ciné n’est pas forcément un échec et/ou une trahison atroce.
Tiens sinon c’est étonnant. On est passé d’une indifférence, d’un mépris, d’une détestation des films de série B ou des grandes comédies américaines à un amour inconditionnel de tout ce qui y ressemble. Bon, ça ne va pas du tout. On ne peut pas mettre au même niveau Knocking Up et DodgeBall, Alan Moore et Zack Snyder (le nombre de critiques positives pour Watchmen est hallucinant)… Rien ne change, les nazes règnent. Il n’y a pas si longtemps un certains nombres d’artistes (Tarantino, John Hughes, Clint Eastwood…) étaient attaqués. Je ne l’oublie pas. J’ai les noms. Aujourd’hui on applaudit des imitateurs malhabiles. Dans le même genre, il y a quelques mois, un idiot a éclaté de rire à la fin de Blow Out (je ne m’énerve jamais mais là je n’ai pas pu m’empêcher de l’exécuter). La crise se manifeste aussi comme ça (au fait, c’est bizarre je croyais que l’on était déjà en crise, c’est donc une crise dans la crise ? ou bien une faillite de la crise ?).

25 mars 2009

un film raté réussi


Hier soir je suis allé voir La Ville Fantôme (Ghost Town) de David Koepp. C’était dans une salle que j’adore, le Publicis sur les Champs-Elysées. Il y a rarement du monde, les fauteuils sont en cuir, c’est grand. Et puis, le quartier est désert.
Je suis partagé à l’égard de David Koepp. On ne sait jamais si ce sont les metteurs en scène qui lissent et transforment (et subliment) les scénarios ou si le scénario était déjà génial (parfois gâché par le metteur en scène, ce que disait Tarantino à propos de Hero/Héros Malgré Lui, scénario de David Webb Peoples massacré par Stephen Frears). Je crois que Koepp est tombé sur de grands metteurs en scène qui ont su se réapproprier ses histoires et en corriger les défauts. Raison pour laquelle aucun de ses films en tant que metteur en scène-scénariste n’est fabuleux. Il a écrit quelques chefs d’oeuvre (dont Snake Eyes et The Journal). Le reste est nettement au dessus de la mêlée, certes, mais il manque quelque chose (c’est peut-être injuste, car après tout je ne connais pas les scripts d’origine). Heureusement de Palma, Spielberg (sauf pour le dernier Indy), Fincher étaient à la barre et en ont fait des films magnifiques. Je viens de lire qu’il a écrit une nouvelle adaptation des Pirates du Métro/Taking of Pelham One Two Three (problème c’est Tony Scott qui met en scène, et à part Spy Game, Crimson Tide et True Romance, ce garçon est une catastrophe). Je suis curieux de voir ça. Voilà j’aime son travail tout en étant souvent un peu déçu. Je n’ai pas vu son film avec Johnny Depp d’après King. Je garde un bon souvenir d’Hypnose (Stir of Echoes, d’après Matheson), l’histoire d’un homme (Kevin Bacon) hanté par une jeune fille assassinée qui ne pourra trouver le repos que lorsqu’on lui aura rendu justice. Les fantômes, la disparition, faire ce qui est juste (surtout pour les morts), sont des thèmes qui me touchent. J’aime son univers. Avec Ghost Town, Koepp raconte une histoire cousine, apparemment comique. Le sujet : après avoir été déclaré mort quelques minutes pendant une banale opération, un dentiste caractériel (joué par Ricky Gervais) devient capable de voir les fantômes, et de leur parler. Un des fantômes rencontrés (le super Greg Kinnear) lui demande d’empêcher le remariage de sa femme (Téa Leoni) avec un autre homme. Evidemment notre héros finira par tomber amoureux de la belle et par conquérir son coeur (après être mort une deuxième fois). Qu’un homme si brillant que Koepp, et déjà assez âgé, fasse un film si mièvre je trouve cela infiniment touchant. Ce film m’a fait pensé à The Ghost and Mrs. Muir et à la Rose Pourpre du Caire. Il est nettement moins réussi que ces deux classiques (deux de mes films préférés) et néanmoins plus intéressant, plus profond (les ennuis commencent). Parfois des chefs d’oeuvres sont dépassés par des oeuvres mineures ou même carrément mauvaises (ma position est intenable je le sais). Dans G&MrsM, l’amour ne devient possible qu’à la mort de Mrs. Muir. Il n’y a pas d’incarnation. Dans la RPdC, l’amour prend la forme d’une relation triangulaire entre Celia, Tom (personnage de fiction, trop parfait pour être vrai) et Gil (trop nul, mais réel) (Gil est un peu Oncle Neddy, Tom le Captain Gregg). Contrairement à Mrs. Muir, Celia fait le choix de l’imparfaite réalité (Gil), mais la réalité la quitte. A la fin, elle se retrouve non pas avec son amoureux fantôme, mais avec la fiction même. Deux films sur l’impossibilité de l’amour. Ghost Town, tout mauvais qu’il soit, propose une autre voie. 
Le personnage principal est un fantôme (c’est une des trouvailles du film) de chair et de sang. Il n’a pas de vie, évite tout le monde, l’amitié, les amours. Un premier arrêt cardiaque lui permet d’entrer en contact avec le monde des fantômes. Avec le deuxième arrêt cardiaque il s’incarne enfin. L’amour passe par la mort (réelle dans le film, mais symbolique dans l’esprit de Koepp ; cela me rappelle ce passage de Caio Fernando Abreu “(L’amour) est une sorte de mort, mort de la solitude, mort de l’ego barricadé, indivisible, furieusement et égoïstemment incommunicable”). Je trouve cette idée (mourir et ressusciter pour arriver à aimer) très forte.
Ce film est si mauvais que j’ai été sur le point de quitter la salle plusieurs fois. A chaque fois j’ai été retenu par des choses magnifiques. (navré mon texte est très désordonné, passe vraiment du coq à l’âne, mais je viens de recevoir les épreuves de Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons, alors…). De très belles choses sur les disparus, sur la culpabilité des vivants… C’est un film raté (parfois de bons gags et idées, mais souvent des gags nuls et vulgaires dont on se doute cinq minutes avant, et puis il n’est plus possible de filmer New York en accéléré pour que les phares des voitures fassent de jolies traînées) pour de bonnes raisons. Koepp s’est laissé dépassé par la complexité de ses idées et de l’émotion qu’elles produisent. Il ne pouvait pas faire autrement. Personne n’en aurait été capable (ok j’exagère mais j’aime ce film, je suis armé de ma mauvaise foi). L’échec du film est sa réussite. Sans cela, sans ce côté brouillon attendrissant et énervant on ne pleurerait pas à la fin (et ça ne m’arrive jamais normalement).
L’amour est possible si on meurt deux fois (tiens ça pourrait faire un titre de James Bond) et si on est prêt à écouter les fantômes et à leur rendre justice. Koepp a très bien saisi le jeu amoureux des deux personnages (Ricky Gervais et Téa Leoni) et les efforts que chacun déploie pour effrayer l’autre (maladresses, blagues atroces, gros chien effrayant et puant) par peur de l’amour qui arrive. Cette capacité à donner des raisons à l’autre de se méfier est le signe de la sincérité de nos deux tourtereaux, de leur manque d’assurance de coeurs blessés. Le point culminant est la Faute Grave du personnage de Ricky Gervais qui va permettre à Téa Leoni d’interrompre l’histoire qui était en train de naître. L’excuse est parfaite pour retourner à sa vie morne et à son nouveau compagnon avocat merveilleux (c’est un peu invraisemblable qu’elle finisse par préférer Ricky d’ailleurs).
Ricky Gervais ne peut pas vraiment mourir (les deux morts sont temporaires), car il n’est pas vraiment vivant. C’est un être pas tout à fait vivant mais pas mort non plus qui n’a sa place nulle part. A la fin, il fait le choix de la vie (quand Mrs. Muir fait le choix de la mort ; quand Celia -dans la RPdC -fait le choix d’être une spectatrice). Mince c’est un film romantique. Ce film n’est pas aussi raté que ça, je crois que c’est surtout de la maladresse. Koepp a fait un film maladroit, comme l’on peut-être un am
oureux maladroit. La gémellité entre l’amour maladroit du héros du film et le film maladroit de Koepp est troublante. Ils font les mêmes erreurs. Tiens, tiens.
Au final, Koepp a inventé des personnages, une histoire, une configuration, une solution. Ghost Town est la résolution du problème posé par Muir et la RPdC. Et ça c’est génial. Il faudra cent ans pour comprendre ce film (je l’effleure à peine). 
Mardi en fin d’après-midi, j’ai assisté à une lecture à la Comédie-Française. A part deux-trois textes, cela n’était pas ma tasse de thé. Le théâtre est une bonne préparation au sommeil. Dommage.
Je viens de lire un article intitulé “Investissez dans un zébu”. Je me pose la question (d’autant plus que je suis en train de quitter ma banque -ce n’est pas simple je vais en parler à ma psy- pour une banque solidaire où je viens d’ouvrir un compte). Je suis d’accord avec le commentaire de sur Truffaut. Un peu autre chose : J’ai revu la fin du remake américain de A Bout de Souffle par Jim Mc Bride et je la préfère (elle est parfaite, la musique de Philip Glass, celle de Jerry Lee Lewis, leur enchevêtrement) à celle de Godard que je trouve dure. D’accord “dure” n’est pas un critère cinématographique, et bien c’est comme ça. Je n’aime pas.

22 mars 2009

samedi soir


Samedi soir chez Nessim avec Balthazar. Nous avons parlé filles et travail. C’est agréable de se retrouver en petit comité. Nous avons bu du Coca Zero, du jus de goyave, mangé de la compote et des galettes de riz soufflé. Décidément nous ne sommes pas cools. Nous avons commencé par écouter du jazz, puis Otis Redding, Pulp, pour finir par Burt Bacharach (nous étions dans un état d’esprit romantique). Balthazar va poster son top Pulp et je termine le mien. Nous sommes d’accord : His ‘n’ Hers est le seul album qui ne nous emballe pas tout à fait. Nes nous a montré un livre pour expliquer la bd aux enfants. Nous avons discuté d’un projet dont le nom de code est “Quand Harry ne rencontre pas Sally”. Et nous avons parlé amour, donc. Il y a quelque chose du vieux couple dans l’amitié quand elle vieillit bien. Une tranquillité. Cela se passe ainsi avec certaines personnes et cela me plaît. Une pensée pour les absents et surtout pour notre agent à Epinay sur Orge qui vit une période difficile. J’avais fait quelques courses avant d’aller chez Nessim, et le dj de Monoprix de Strasbourg Saint-Denis avait eu la bonne idée de passer la bande originale de Jackie Brown, un de mes films préférés. Un peu mon état d’esprit du moment. De belles choses dans le nouveau Décapage. Mince : j’ai oublié d’assister à la rencontre organisée par Les Filles du Loir avec Valérie Zenatti vendredi soir. Je suis en train de lire de Erlend Loe, un écrivain norvégien. Je crois que je vais bien aimer. Alors que je cherchais un livre dans une librairie je tombe sur Régis de Sa Moreira. Nous avons participé à une rencontre ensemble il y a peu. C’est rassurant de découvrir des collègues de bonne compagnie, avec qui je m’entends. Il part à Monaco quelques jours pour un prix et il rentre à New York. En arrivant à l’atelier ce matin, la Seine et Notre-Dame étaient enveloppés par le brouillard. C’était magnifique. Fantômes, romans gothiques, Bretagne, je me retrouve en terrain familier et apaisant. J’ai mis la main sur un vieux carnet (26 juillet 2003) dans lequel j’ai noté des choses que j’aimais : les cerfs-volants, la neige (le qui dat nivem de Couperin qui rappelle la chute des flocons, L’étrenne ou la neige sexangulaire de Kepler), la pluie, la chronophotographie de Etienne-Jules Marey. Je n’ai pas changé. 

20 mars 2009

journal de l’aphonie


Classique : je vais à la campagne pour me reposer et je tombe malade. De brefs retours à Paris pour le salon du livre, dimanche et lundi. Dimanche ça allait à peu près, mais le lendemain, je suis devenu aphone. Heureusement, je me trouvais à côté d’Hélèna V. sur le gigantesque stand de l’Ecole des Loisirs, alors ce fut très drôle. Durant ces jours sans paroles, il fallait que je communique. J’ai donc passé mon temps à écrire des mots, des bouts de phrases sur des feuilles de papier que je tendais ensuite devant moi. J’ai rassemblé mes notes, cela donne ça :
Journal de l’aphonie
mais oui ça a du sens / le générique est bien / les emails c’est pas bien parfois, il faut être dans le réel / un peu plus que moi / c’est juste une habitude / depuis mon départ non / tout luxe mais en vert / il y a l’année / on sait pas / cinéma / teeth / c’est compliqué à dire / me protéger / campagne / rien n’est grave / je pensais que c’était en hommage à Lénine (en fait, non) / un bouton allergique / ma cousine commence son stage orl / j’ai plein / trop dangereux / on arrête pas de s’amuser / il y avait des lézards séchés et des têtes de mort / mais moi je ne rencontre pas les gens / c’est très fort / fiable je sais pas / j’ai presque acheté ce matin un flugelhorn / ils sont à l’école / quoi ? / tirer au revolver / journée pro / ça dépend du niveau de lecture / cela me gêne pas / le titre est long / c’est un auteur / tu es un peu ma traductrice / il a l’air / pas trop de rapports / j’aime bien “héros timide” / pas de vie / et elle connait tes livres ! / bonjour / non / oui / merci ! / bye / enchanté / c’est très bien / il y a une semaine / j’ai commencé à me moucher / rhume / on est proche / c’est psychologique / si je le fais pas, fais le / je ne savais pas que vous écriviez pour les enfants / il faudrait un t-shirt / drogue / avril / glauque ! / belle couverture / je dois acheter le costume / merci je peux vous envoyer une version un peu corrigée ? / je vais acheter à manger / jogging / j’aime pas / c’était super / j’aimerais être plus fou dans mes vêtements / pour les hommes c’est plus compliqué de s’habiller / homeovox / je vais au salon du livre / c’est drôle / on est pas cool / ce livre a une jolie histoire / trois questions : avez-vous du papier pour écrire ? avez-vous à boire ? avez-vous du chocolat ? / une prochaine fois / vous savez pour les villes ? / moi ils ne voudront jamais / tu sais où trouver ? / je peux entendre je suis aphone / c’est une secte / j’ai envie d’un gâteau choco / c’est même une discipline de voir ses amis / tu aimes ? / peut-on donner un livre à un camarade de l’école des loisirs ? / peintre et écrivain / assez marteau / ces gens ont l’air riche / fenêtre / je recommence demain / bientôt fête / oui mais c’est difficile / en même temps ça aide à ne plus être déprimé / cela m’arrive dès que la température change / je ne suis pas calme en fait / bonjour je suis aphone aujourd’hui je suis un ami de Lili une élève de votre cours de yoga / j’ai arrêté tout ça / c’est bien quand même / ça marche vraiment / quel est votre avenir géographique ? / j’ai un conseil pour toi / je viens d’envoyer un texto sans texte / je vais aller voir la ville fantôme / la scène avec les flics / vingt minutes de trop / Buster Keaton / très à l’eau de rose / il faut laisser reposer la voix / depuis que j’ai envoyé un texto à Nes pour lui dire que je suis aphone, il me téléphone / soirée dvd chez Marie / j’étais au salon / donc j’ai passé mon temps à écrire / truc de fille / ils ont bu des verres / il lui a offert des fleurs / ils sont allé chez elle, mais c’est mort / on sait pas encore quel dvd / république ? / initier projets / c’est compliqué / la moitié viendra / tu vas bien ? / de toute façon pff / si tu sens l’oignon / cauchemars / la campagne c’est bien / je boude / moi je dis / voilà une femme en dehors des clichés / c’est quoi comme film ? / oui pour les filles / chez quelqu’un que tu ne connais pas / je réserve ma voix pour le docteur / pas le jeu / laryngite / tu es drôle / je vais prévenir / on pourrait faire l’expo sur les gens / c’est une super idée / on pourra inviter amis / je veux dire c’est dans une petite rubrique / psychopathe / plein de belles choses mais trop sombre pour moi / on peut marcher / je préfère le pessimisme joyeux / signale-le / c’était effrayant / ils auraient pu mettre une affiche / j’ai l’impression d’être une otarie / discute avec nous / bravo musique / là elle est au Mozambique / j’ai livre entretiens avec lui / je vais lire / pas d’âme / Gerry c’est bien / il est malheureux en amour ? / pas un vrai fantôme / c’est son copain qui l’a produit / on est camarades d’aventures express culturelles / j’aime bien Eva Joly / il était pas marié Keats / la planète ? / Pulp premiers albums / pas vrai / je dois vérifier / il passe cette semaine au Publicis / pas le chinois / je dis ce film est plus subtil que ça / avalanche / le pire c’est Philip / moi j’ai aimé ce film je suis contre votre interprétation politique / trop compliqué de discuter à l’écrit / je parle demain / plus que ça / il le fait / oui mais c’est génial quand même / Ragtime / ça peut pas être son fils / il a changé de nom / et la planète, la finance, le pg il dit quoi ? / pourquoi le gazon a deux couleurs ?

Je sors peu à peu de l’aphonie. Je remercie le miel, la propolis, l’acérola, le biocalyptol, la tisane de thym, le baozhong et l’homéovox. Je suis en train de lire la biographie de Winnicott, par Adam Philips (éditions de l’Olivier). J’aime beaucoup beaucoup beaucoup. J’ai souligné quantité de passages et de phrases. Dont ça : “Nous entendons souvent parler des frustrations très réelles imposées par la réalité externe, mais bien moins souvent du soulagement et de la satisfaction qu’elle apporte. (…) La réalité extérieure, elle, a des freins et peut-être étudiée et connue et, en fait, l’extrême dans le fantasme n’est tolérable que lorsque la réalité objective est bien évaluée. Le subjectif a une valeur immense, mais est si alarmant et magique qu’on ne peut en jouir que s’il est parallèle à l’objectif”.

13 mars 2009

le corps d’un écrivain


Hier, je suis allé voir The Wrestler le film que Darren Aronofsky a consacré à la vie d’Edgar Allan Poe. Je n’ai pas adoré. Comme je suis un fan de Poe j’aime forcément un peu tout ce qui parle de lui, alors ce n’était pas entièrement négatif. Mais j’ai largement préféré le film de Stallone sur le même sujet, Rocky Balboa. L’intrigue est la même, on se demande pourquoi Aronofsky a décidé de suivre la même route. La réponse réside dans le choix du comédien principal : Mickey Rourke. Là où Stallone se permettait d’incarner un Poe très différent de la réalité, Mickey Rourke ressemble trait pour trait à l’écrivain américain. Le spectateur a l’impression de voir s’animer le célèbre daguerréotype de 1849. C’est très troublant. The Wrestler suit les principaux épisodes de la fin de la vie de Poe, on retrouve une Amérique, de misère et d’espoir, de combats quotidiens, de supérettes. Mickey Rourke joue parfaitement les principaux traits de caractère de Poe, son goût pour la gloire, son penchant pour l’alcool (qui fera fuir la femme qui l’aimait), sa maladresse autodestructrice. Cette interprétation est la réussite du film. Rocky Balboa est plus fidèle à la biographie intime de Poe, The Wrestler est, quant à lui, un film sur la condition d’un écrivain perpétuellement en lutte. Surtout, c’est une oeuvre sur le corps des écrivains, les blessures, les coups continuels, les douleurs, la maladie, les os qui craquent, le coeur qui lâche, les dopants. Et malgré tout, la nécessité de reprendre le combat. Le corps d’un écrivain aurait pu être le titre de ce film. Je n’avais jamais vu cela au cinéma. On découvre des moments de fraternité entre des écrivains prématurément usés et abîmés, mais fiers et prêts à continuer, le sourire aux lèvres. Je n’aime pas vraiment ce film comme film (je préfère Rocky Balboa), mais je l’aime pour cette réalité révélée avec justesse et sensibilité. On parle enfin du corps des artistes, il était temps. Un artiste travaille avec son corps. Pour cette raison, ce film restera. Ce matin, un Gao Shan Cha 8 et un Beauté Académique (j’ai goûté le Beauté Académique 2 : excellent, mais deux fois plus cher que le 1). Hier, gong fu cha à la Maison des Trois Thés : un Da Hong Pao 5 (de 1995 je crois), extra. J’ai pris un café avec Thierry Illouz hier au café des Deux Palais, devant le Palais de Justice (Thierry est écrivain et avocat pénaliste). Nous avons parlé des émotions qui parfois nous terrassent et des sentiments. Nous étions étonnés par ces choses-là, à la fois tous les tremblements de terre que nous portons en nous, et en même temps, alors que le monde s’écroule, notre incroyable capacité de résistance et de joie. C’est une époque à sentiments, je suis un peu perdu, mais ce n’est pas bien grave en fait, de belles choses dernièrement, et puis je suis heureux. Déjà des échos (positifs, enthousiastes) à propos de Collection irraisonnée de préfaces à des livres fétiches. Un article dans Livres Hebdo. Le livre sort le 17 mars. Mardi soir, première et petite soirée -il s’agissait de montrer enfin le livre- avec les auteurs. Cela s’est passé au siège des éditions Intervalles, boulevard Haussmann. Il y a eu des macarons, des infusions de tamarin (un petit animal amazonien qui mange des fourmis je crois), des débats sur les effets hallucinogènes du maté (je suis sceptique), du Champagne (mélangé par certains avec du Jus de Pamplemousse), un gâteau au chocolat dépecé, des sacs indien en tissu orange d’une boutique d’import-export du passage Brady, des enveloppes avec des chèques, l’ensevelissement d’une photocopieuse sous les manteaux, des recensions de discussion avec l’ascenseur polyglotte, des menaces de création de page facebook, l’espionnage (à la manière Fenêtre sur Cour) de l’appartement de Jérôme Kerviel actuellement occupé par son frère et sa femme (nous avons assisté à l’épluchage de carottes et à la sortie de la vaisselle propre du lave-vaisselle), des exercices sportifs dans les escaliers, une boutique d’armes à feu et une boutique de tutus, la création d’un groupe de musique (Electric Sheep). Grosso modo ça ressemblait à un film de Wes Anderson. Surtout il y a eu des rencontres, le monde (en tout cas, la portion où nous vivons) a gagné en chaleur, un peu, sans que les glaces fondent. Alors c’est plutôt chouette. Des gens qui ne se connaissaient pas se sont découverts, et bon ça fait du bien. C’était simple et chaleureux. J’ai créé une page facebook (et après, sur les conseils de Mark Molk, une page événement sur ce même facebook) pour annoncer la sortie du livre. Je suis contre se servir de son carnet d’adresses (plein de gens que je ne connais pas, après tout c’est facebook) pour prévenir de la sortie d’un livre. Ce genre d’autopublicité me pose problème (ce en quoi j’ai sans doute tort, mais c’est ainsi). Je m’y suis résolu parce que ce livre n’est pas le mien. C’est le livre de 44 auteurs et j’agis en tant que co-directeur d’ouvrage. Alors ça va. Mais bon je n’aime pas trop ça quand même. Hier, avec Jakuta nous avons vécu des aventures extraordinaires (armes, têtes de mort, poupées vaudou, lézards séchés, paquets de Craven, Golems volants). Ce soir, j’ai repris un livre de Jean-Pierre Vernant. Ce matin, Bach (depuis quelques jours, j’écoutais Woody Guthrie) et Schubert. Virginie Terrasse qui travaille à l’atelier Myop (une super photographe qui a mille histoires à raconter) m’a parlé de l’Albanie il y a quelques temps. Je ne sais pas pourquoi j’y pense. Tous les matins, dans la ville où elle a fait ce reportage, sur le chemin du lycée, les garçons offrent une rose à une fille. C’est mignon (je suis dans un état d’esprit romantique). Dimanche (pour l’Olivier) et lundi (pour l’Ecole des Loisirs), je vais au salon du livre et je suis déjà effrayé par le monde, les rencontres et tout ça. Il faudrait que j’y aille avec une armure.

11 mars 2009

tentative de socialisation


C’est une idée comme ça. Je me suis dis, je vais dresser la liste de mes chansons préférées des Kinks. Il n’y a pas de classement dans ce top 10, sauf pour les quarante premières disons que j’aime beaucoup beaucoup.
1. Sitting in the Midday Sun
2. Get back in Line
3. Ring the Bell
4. Some Mother’s Son
5. Rosey Won’t You Please Come home
6. Nothin’ in the World Can Stop Worryin’ ‘Bout that Girl
7. Introduction to Solution
8. You Make it All Worthwhile
9. When a Solution Comes
10. Alcohol
11. Sitting in my Hotel
12. Celluloid Heroes
13. Days
14. Strangers
15. This Time Tomorrow
16. Brainwashed
17. Two Sisters
18. The Moneygoround
19. A Long Way from Home
20. Village Green
21. Well Respected Man
22. Moments
23. Animal Farm
24. Dedicaced Follower of Fashion
25. Harry Rag
26. Young and Innocent Days
27. Death of a Clown
28. Funny Face
29. Starstruck
30. God’s Children
31. Where Have All the Good Times Gone (la reprise par Supergrass est géniale)
32. Phenomenal Cat
33. Holiday
34. Yes Sir, No Sir
35. Scum of the Earth
36. She’s Bought a Hat Like Princess Marina
37. Big Sky
38. Denmark Street
39. Shangri-La
40. Got to Be Free
41. Tin Soldier Man
42. Love Me Till The Shines
43. God’s Children
44. Lola
45. Victoria
46. Muswell Hillbilly
47. Where Are They Now ?
48. Cricket
49. David Watts
50. Apeman
51. Drivin’
52. Nothing To Say
53. I’m Not Like Everybody Else
54. The Village Green Preservation Society
55. Do You Remember Walter ?
56. Picture Book
57. Johnny Thunder
58. Mr Songbird
59. Sunny Afternoon
60. Where Did My Spring Go ?
61. Oh Where Oh Where Is Love ?
62. Dead End Street

Samedi, j’ai été invité à une pendaison de crémailière. C’était très sympa (même s’il y avait bien un quart de gens inutiles -ceux-ci n’en avaient pas conscience du tout, c’était très bizarre un tel manque de lucidité). En général je reste au maximum trente minutes dans les soirées, là je suis parti au bout de quatre heures. J’ai même dansé (j’ai inventé des danses de maladies, la grippe, l’oedème de Quincke, l’allergie aux acariens), ce qui est fou quand on me connaît (ensuite j’ai essayé de lancer la mode des danses d’événements historiques -Austerliz, suggestion de M’hamed-, la prise de la Bastille, mais ça a moins marché). Je crois qu’après deux ans et demi sans alcool, l’abstinence me rend ivre. J’ai passé la plupart du temps dans la cuisine pour la contre-soirée, et c’était chouette de discuter. Le thon au citron et au gingembre était très bon. Ainsi que le gâteau au chocolat (à peine trop salé). C’était super. Par contre quand le maître de musique (jusque là plutôt inspiré) a passé New Order, ça n’allait plus du tout. Dieu sait si je suis tolérant en matière musicale, mais les groupes de robots politiquement tendancieux je ne peux pas (sauf dans Flight of the Conchords, cf. Human are Dead). Ensuite, il y a eu Death in Vegas. Je n’ai rien contre la musique moderne, froide, dénouée d’émotion et de mélancolie, sans âme, mais cela ne me semble pas approprié de passer ça dans une soirée (cela a toute sa place dans une usine de fabrication automatisée de boîtes de conserves). Heureusement nous avons échappé à Depeche Mode (j’aurais aimé un peu de The Cure, Divine Comedy, Mavis Staples ou pourquoi pas du jazz). Alors j’ai démissionné de la soirée (et il commençait à être tard). Ma cousine m’a dit qu’ils ont passé Pulp (chouette!) plus tard et que tout le monde a pleuré.
Aujourd’hui j’ai bu un Huang Jin Gui 2 et un Ling Tou Mi Lan Xiang (Maison des Trois Thés). J’ai oublié d’acheter le Beauté Académique. La prochaine fois.

4 mars 2009

les livres pour enfants


Jeudi dernier, j’ai reçu quelques amis-collègues à l’atelier. Quand on ne fréquente pas les fêtes et les soirées, il faut organiser soi-même les rencontres et je dois être le plus mauvais organisateur de quoi que ce soit. Mais cela s’est fait. C’était très agréable de se retrouver. C’était doux. Mes deux livres pour enfants sont arrivés. J’ai fait le service de presse avec Héléna Villovitch (dont l’original et charmant A la fraise sort ces temps-ci). Je suis tout ému quand je reçois mes livres. C’est une des raisons de pratiquer un art : la naissance physique de quelque chose. On me demande souvent comment je fais pour écrire des livres pour les enfants. Sous-entendu : alors que je ne suis pas un enfant. Comme si l’enfance et l’âge adulte étaient deux nationalités différentes. On ne me demande jamais comment je fais pour écrire des livres pour les adultes. Comme si on était forcément en adéquation avec son groupe d’âge. Les adultes ne sont pas moins des étrangers que les enfants. Je pense même qu’ils me sont encore plus étrangers, car nous nous ressemblons. Je ne crois pas trop aux livres pour enfants qui s’adressent aux enfants comme à des enfants, comme je ne crois pas trop aux livres pour adultes qui s’adressent aux adultes comme à des adultes. S’il y a des différences entre mes livres pour adultes et pour enfants, cela ne tient pas aux thèmes, à mon engagement, à l’intimité impliquée. C’est plus une question de format. Mes livres pour enfants sont plus courts, le héros est un enfant, la fantaisie est plus apparente, les motifs sont attachés à l’enfance. J’ai eu l’idée de Conversation avec un gâteau au chocolat, pas parce que cela me paraissait être un livre qui pourrait plaire aux enfants. Mais parce que l’idée me plaisait, elle résonnait en moi, elle m’inspirait. Même chose pour Je suis un tremblement de terre. On m’a fait remarquer que j’employais des mots un peu compliqués pour les enfants. C’est vrai, je ne fais pas d’efforts pour simplifier mon vocabulaire. Toutefois cela n’empêche pas la compréhension générale. Je n’ai pas théorisé ce parti-pris. Cela me semble normal de m’adresser à eux normalement. Si les enfants ne comprennent pas un mot, quelques mots, ce n’est pas bien grave, ce sera une rencontre avec de l’inconnu, ils en comprendront le sens intuitivement, ils se familiariseront. Et puis il y a des dictionnaires. Deux choses que je déteste dans les livres pour enfants : la profusion de points d’exclamation et l’absence de style, cette écriture minimaliste bêtifiante et condescendante. Je me suis réveillé ce matin. Le vent soufflait dans les ruelles derrière mon immeuble et faisait houhouhouuuu. Un peu effrayant. J’ai fini d’écrire Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons vendredi. Geneviève Brisac, mon éditrice à l’Ecole des Loisirs, m’a répondu, et tout va bien. Il y a toujours cette peur d’écrire des choses trop bizarres qui n’ont de sens que pour moi. Et puis c’est mon premier Medium (la collection pour les plus de douze ans à l’Ecole des Loisirs), j’étais un peu inquiet. Je sais que certains adultes ne lisent pas de livres pour enfants (les idiots), alors qu’il y a des merveilles. Je pourrais en citer cent. Mais commençons par : Mon Coeur Bouleversé de Christophe Honoré et L’invention de la chaise de Catherine Valckx (deux auteurs que je ne connais pas personnellement).
Lundi soir, je suis allé voir His Girl Friday de Hawks (1940, je pensais que c’était plus ancien) à l’Action Christine avec une amie. C’est un de mes Hawks préférés. C’est une comédie paraît-il. Et certes le film est très drôle, mais on y parle de la peine de mort, de la presse, d’Hitler, de la crise, de la peine de mort, une femme se suicide. Il y a peu de films aussi complets. Quand la gravité apparaît, il est aisé de ne pas la remarquer, elle est tissée dans la légèreté de la comédie. En sortant, mon amie s’est dirigée vers le nord et moi vers le sud. Je ne sais pas pourquoi j’avais envie de m’acheter une cravate en tweed. Je suis donc passé chez Hollington. Il y avait plusieurs modèles. J’ai choisi du tweed rouge sombre avec quelques lignes bleues. Cela fait très Cambridge Five. Il y a quelques jours, j’ai entendu parler de cette exposition de cadavres écorchés et découpés (conservés par “imprégnation polymérique”), Our Body. Cela a lieu à Paris ces temps-ci. Le Musée de l’Homme a refusé de l’accueillir. Le docteur-inventeur est Allemand et ses collaborateurs Français (tiens, c’est étonnant, je ne suis pas surpris). Le passé ne passe pas. Ce commerce de dépouilles humaines provoque une polémique, alors que cela devrait créer un scandale gigantesque. Une pétition circule. Cela me fait penser aux Expositions Coloniales (et à bien d’autres choses). Ce n’est pas anodin. Cela dit des choses sur notre monde, son passé, et l’avenir qui se prépare. Ce matin j’avais envie d’un Beauté Académique 1 de la Maison des Trois Thés, mais drame, je n’en ai plus. J’en achèterai dimanche (je vais essayer le Beauté Académique 2 et le Si Ji Chun 2 je pense, entre autres).