27 avril 2009

comic strip 3


Pour éviter tout malentendu (déjà une victime) : le comic-strip ne se trouve pas sur le blog de Clément que j’ai mis dans la colonne de liens. On y trouve uniquement les travaux personnels de Clément. Je vous le conseille. Notre comic-strip est très différent (un peu la fusion de nos deux univers, et de ce que nous avons en commun) et n’est encore visible nulle part.

26 avril 2009

comic strip 2


Comic-strip présentation, page & clément
Une deuxième planche de présentation des personnages (détail : les chaussettes blanches du personnage à lunettes ont gagné de la couleur dans une nouvelle version).
L’écriture épigrammatique (aphoristique et elliptique) convient parfaitement au strip (aux histoires, aux situations). J’aime beaucoup ça, cette efficacité, cette fulgurance. C’est une manière de rester fidèle à des influences, peu en bd pour l’instant (hum j’avoue que je connais encore très mal, mais Clément est un spécialiste et il me fait découvrir des choses -ainsi que Aude, Stéphane et mon frère), mais plutôt le haïku, et les moralistes, Chamfort, Wilde, un monde qu’il serait vain de détailler (mais que l’on peut voir dans les pages de ce blog). L’influence d’un écrivain c’est d’abord lui-même, sa drôle de petite vie chaotique et tranquille, ensuite il rencontre des oeuvres qui lui sont familières, et qui lui servent à avancer, à mieux exprimer ce qu’il a en lui. Ces artistes que nous admirons, qui nous influencent, c’est un peu un moyen de reconstruire une famille (c’est ce que me disait Jakuta, elle a écrit un très beau texte sur le sujet). J’aime ces idées de généalogie, d’héritage et de transmission. Il me serait difficile de dresser l’arbre généalogique de mes influences (ça serait un arbre étrange qui irait dans tous les sens). L’espace réduit du comic-strip permet des effets de condensation (au sens de la physique, et bien sûr de la psychanalyse) que je trouve passionnants. Le strip est un moyen pour faire passer des choses en contrebandes, des choses qui seraient trop dures, trop sèches, si elles étaient écrites. Le dessin apporte une humanité et une douceur nécessaires (mais en fait peut-être le dessin rend le cynisme et le désespoir plus terribles, justement en les incarnant, en leur donnant figure humaine ; ça se discute -rassurez-vous c’est censé être drôle aussi, enfin d’un genre d’humour qui ne fait pas rire, un humour poétique et dépressif, pas français -vous verrez).   Je suis sorti de chez moi un peu avant huit heures ce matin et c’était merveilleux. Calme, frais et clair. Paris dormait encore. 
Je viens d’acheter les Fragments autobiographiques de Frances Yates (ainsi qu’un petit livre avec quelques uns de ses articles). Cette fille est extra. 
A quelques années d’écart on m’a conseillé Les Envoûtés de Gombrowicz. Deux jeunes femmes, deux J. . La première (Justine), j’y repense à l’instant, m’avait aussi fait découvrir (en 2007) Disneyland mon vieux pays natal d’Arnaud des Paillières (un de mes films « documentaires » préférés). Dernièrement Justine a fait un film sur le bidonville de Lisbonne (elle vit là-bas depuis deux ans) et elle en prépare un autre sur le vaudou. Jusqu’à présent je n’étais pas fan de Gombrowicz. Enfin, disons que je n’avais pas aimé Ferdydurke, mais j’avais aimé son Journal (c’est toujours un peu facile d’aimer le journal d’un écrivain). J’ai commencé Les envoûtés et c’est super pour l’instant. On dirait un roman gothique à la Ann Radcliff ou à la Walpole et cie. Il était temps que je lise ce livre (et puis c’est drôle).
Jeudi, l’autre J. et moi sommes allés à l’exposition William Blake au Petit Palais. C’était super. J’avais découvert Blake à l’adolescence, dans ma lointaine banlieue. Ses poèmes n’étaient pas disponibles en français, alors je passais des heures à les traduire dans ma chambre (ainsi que Shelley, Byron, Emily Dickinson… je n’ai pas eu une adolescence très sociale). Je ne m’étais plus préoccupé de son oeuvre depuis une éternité. Il faut voir cette exposition. Voici quelques titres de ses dessins et gravures : Tête visionnaire, Divertissement matinal, Fantôme de puce ne pied, Par les songes tu me terrorises, Milton m’a aimé dans mon enfance et ma donné la main, L’homme qui a enseigné la peinture à Blake dans ses rêves. C’est chouette, hein ? Je retourne à mon roman. Je suis en train de le terminer et pleins de choses se passent.

24 avril 2009

comic strip


Comic-strip, page&clément
Voilà donc une première planche de présentation du comic-strip que je fais avec Clément (on peut cliquer sur l’image pour l’agrandir). Les trois personnages (les héros) principaux sont sur la gauche, les deux sur la droite sont des personnages secondaires. Le comic-strip est une histoire en trois/quatre cases généralement. Cela peut être deux. De temps en temps, une « aventure » prend toute une page (les fameuses pages du dimanche). Les maîtres (disons, nos références) dans le domaine sont Schutz, Quino et Bill Watterson. Il n’y a pas d’histoire au long cours, un univers se crée peu à peu, au fil des semaines, des mois, des années. De nouveaux personnages arrivent et se mêlent aux anciens. On est plus proche des haïkus que de la bd classique. Aux maîtres déjà cités, il faudrait rendre hommage à Basho. 
Hier je me suis trouvé embarqué dans un version courte et parisienne de After Hours de Scorcese. Cela a commencé quand j’ai raté la lecture d’un ami, S., dans une librairie. Je suis retourné à mon atelier pour travailler. Une heure plus tard, cet ami m’appelle pour me proposer de le rejoindre à une expo. Je m’y rends. Je ne trouve pas l’entrée. Trois punks m’interpellent et me disent de les suivre. Leur ivresse m’a laissé pensé que je pouvais leur faire confiance. Une fois à l’intérieur de la galerie, je constate que c’est un squat. L’immeuble est entièrement squatté par des artistes. Je tombe sur un homme qui lance des couteaux contre un panneau en bois décoré (une peinture?). C’est un happening. Il y a bien une expo (d’un artiste qui travaille surtout avec du scotch, et de ses amis invités, dont l’amie de S.). Les tableaux ne sont pas posés aux murs, mais pendent à des fils, sont cloués, attachés à des poteaux ou autres morceaux de bois. Dans le désordre, cela donne : un pianiste, des moustachus, des gens habillés bizarrement, des conversations dans toutes les langues, un artiste qui a simulé le viol d’une poupée gonflable (je suis arrivé après, on m’a raconté), une bibliothèque, des combles, un étage, des ateliers de peintres sans aération, pas de sorties de secours et aucun extincteur, une vitre cassée par une voisine, du Coca tiède, un mec (il ressemblait à Nosferatu, très grand avec du maquillage autour des yeux, mais avec des cheveux) qui vient de se faire un fix et qui nous prend la tête (« avec la coke tu travailles par moments, alors que l’héroïne t’es dans la durée », « parce que tu vois, il faut respirer », « je lis surtout des livres sur les mathématiques, la sociologie, ce genre de choses », « je sais que j’ai un problème d’addiction, j’attends que quelqu’un me sauve », « moi ça fait vingt ans que je m’occupe de ce lieu, il y a 28 000 personnes qui sont venues », enfin bon je vous en passe). J’ai vu le moment où il allait sortir une tronçonneuse et jongler avec. Je suis parti. Quelques personnes très sympas, les discussions se tenaient dans les différents ateliers (l’expo était dans les deux grandes pièces du rez-de-chaussée). C’était vraiment très étrange.
La saison s’y prête, je me mets aux thés verts (chinois). Il y en a de très bons à la Maison des Trois Thés (et également chez Thés de Chine -j’ai renoncé à me fournir ailleurs, ah si quand même Teamasters via internet), et ils sont abordables (aux alentours de 11 euros) : Bi Yun Tian, Gui Lin Yu Luo, Xian Xia Lan Cui. J’ai pris aussi un thé rouge (ce que l’on appelle thé noir usuellement), Dian Hong Mao Feng (pour 10 euros, une merveille ; je ne suis pas fan des thés rouge mais de temps en temps c’est agréable). J’ai acheté deux oolongs pour la consommation courante (peu chers donc, 16 et 14 euros) : le Shui Xian 1 (le genre de thé que l’on apprécie si l’on aime les vieux alcools, son goût fort le rend très accessible) et le Mi Lan Xiang 1 (un dan cong, aux notes d’agrumes).

21 avril 2009

bougies


Ces quatorze derniers jours j’ai passé l’essentiel de mon temps à regarder Harold & Maude au Champo (la rue Champollion est décidément la plus belle rue du monde). J’ai converti un certain nombre de personnes (je n’avais pas encore créé de religion, voilà qui est fait). J’ai terminé de corriger les épreuves de l’édition poche de Peut-être une histoire d’amour. Quelques phrases supprimées, des mots changés. En tout, une vingtaine de petites corrections. Cela faisait deux ans que je n’avais pas organisé de soirée. Il y a eu deux bonnes nouvelles dernièrement. Alors je me suis dit, allez. Je n’ai aucun sens de la mesure. J’ai donc acheté près de trois kilos de charcuterie espagnole, des anchois, des poivrons en bocal (pimento piquillo ali). Pour équilibrer tout ça, du fromage m’a semblé une bonne idée. Il y a eu quelques difficultés d’organisation. Tout le monde (en fait pas grand monde, je n’aime que les soirées assez désertes) n’était pas libre mercredi. J’ai donc étendu ma fête à samedi. C’était une fête en deux parties, comme le Golem de Casken, comme les doubles-programmes dans les vieux cinéma (au Brady par exemple) (mes soirées sont toujours bizarres : il y a deux ans, j’avais convié mes invités à cinq heures du matin -non ce n’était pas une after, il fallait avoir dormi avant- pour voir le soleil se lever). J’ai allumé des bougies partout dans l’atelier (le courant avait été coupé en début de semaine, erreur d’EDF, tout est rentré en ordre lundi). Un fil (trois rallonges) courait sur le sol jusque dans le couloir pour alimenter la machine à musique (Cartola, Vinicius de Moraes, les Kinks, Pulp, Belle & Sebastian). C’était doux. A un moment, Maude (dans Harold & Maude) dit « Tout le monde devrait jouer d’un instrument de musique ». Je suis un spectateur obéissant, je me suis donc acheté le flügelhorn (genre de trompette au son plus chaud et rond) dont je rêvais. J’ai eu peur d’entrer dans le magasin de musique boulevard de Sébastopol. J’ai passé du temps devant la vitrine, à passer et repasser devant l’entrée. C’était immense, les instruments brillaient comme des trésors. Finalement ça s’est bien passé. Parmi mes quelques projets en cours, un bouleverse mes habitudes : je fais une bande dessinée, je veux dire, j’écris l’histoire et je dessine. Je dessine très mal (pire que ça). Mais d’ici quinze ans ça devrait ressembler à quelque chose. Cela ne me gêne de mal dessiner, j’aimerais juste que mon héros mal dessiné se ressemble d’une case à l’autre. Mon dessin est psychotique. Le comic-strip avec Clément avance bien. Je poste deux planches de présentation des personnages demain. Pendant tout un temps j’ai eu l’impression que beaucoup de films se servaient d’une certaine chanson de Nina Simone (ça allait de Les Fils de l’Homme à Actrices de Valeria Bruni-Tedeschi). C’était étrange. Je ne sais plus de quelle chanson il s’agissait. En ce moment j’écoute surtout Cherish.

12 avril 2009

magie


Quand j’étais enfant je voulais devenir magicien. Faire apparaître et disparaitre des choses, étonner, intriguer, émerveiller. D’une certaine manière c’est ce que je cherche à faire en écrivant. Ces temps-ci je suis en train de faire disparaître Paris. Le roman est bientôt fini. Le costume qui convient le mieux (mieux que celui de prêtre) à un écrivain est celui de magicien, enfin je trouve, tout est là. J’y pense, car avec un ami on discutait de ce fait étrange : l’importance de la disparition dans nos romans (et ceux de nos ami(e)s, V. et J. par exemple). Et dans nos vies, bien sûr. Il y a quelque chose qui m’émeut profondément dans la magie, ce jeu sur la disparition/réapparition. Le magicien affronte l’idée de la mort, il en tire de la beauté, il invente une forme, c’est de cela que nous parle un spectacle de magie. Ces « trucs » de magicien comme on dit, les romanciers les utilisent. Il y a une proximité entre le roman et la magie, que je ne m’explique pas bien encore, juste l’intuition que ce n’est pas très différent, que c’est la même famille (similitudes dans le rapport au public aussi). Le contraire de la religion. Mallarmé est bien trop compliqué pour moi, mais sur ce sujet, voilà un article qui me plaît beaucoup. On ne parle pas souvent de technique en littérature. Dans le processus de création d’un roman, il me semble qu’il y a un directeur de la photographie, un monteur, un producteur, un cadreur, un ingénieur du son… En allant à la fête vendredi soir, je suis passé par la petite rue Robert Houdin (le grand magicien français). On pénètre dans une petite cité hlm. Des jeunes jouaient au foot au milieu de la rue. D’un coup je me suis retrouvé dans la cité où mon frère et moi avons habité avec notre père à Viry-Châtillon pendant un temps. Le passé est tombé comme une pluie tropicale. En quittant la fête, je suis passé par la rue du Faubourg du Temple. Au niveau de la rue Robert Houdin, et ce sur une centaine de mètres, il n’y a pas de lampadaires (ou bien les lumières étaient cassées). C’était une parenthèse bienvenue dans ce quartier animé. Une cachette. Dans les bizarres ténèbres de la rue, tout était calme et différent.
Dans La Cerisaie, il y avait les tours de magie de Charolotta Ivanovna (Irina Dalle). C’était merveilleux.

12 avril 2009

oubli


Je me suis aperçu hier soir, alors que j’assistais à une représentation de La Cerisaie au Théâtre de la Colline (cela faisait longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir à voir une pièce) que j’avais oublié de citer ma grand-mère paternelle dans les morts de ma famille. Ce n’est pas étonnant.
L’immeuble est calme, je vais me préparer un thé et me mettre au travail. Je ne sais pas pourquoi (le théâtre sans doute), j’ai envie de revoir My Dinner with André, de Louis Malle. 
Avraham Burg, dans Vaincre Hitler, parle du récit de Marek Edelman, Mémoire du Ghetto de Varsovie, et du texte que Hannah Krall lui a consacré, Prendre le bon dieu de vitesse. J’ai une vieille édition chez Liana Lévi (plus disponible je crois, les textes existent séparément) qui comprend les deux ouvrages (ainsi qu’une préface de Vidal-Naquet). Il faut les lire. 

11 avril 2009

dépendance


Je suis quelqu’un de dépendant. J’ai du mal à être raisonnable dès qu’une chose me plaît. Ce n’est pas bien grave la plupart du temps (quand il s’agit du thé, de la psychanalyse, du travail, de telle chanson de Belle & Sebastian). Cela m’énerve un peu quand l’addiction m’empêche de travailler. Internet est une sorte de drogue. Je reçois quantité d’emails chaque jour et mon ordinateur me le signale en faisant un drôle de son (blang!). Je réponds, ça interrompt mon travail. Et puis il y a tellement de choses intéressantes. C’est comme être dans une grande bibliothèque. J’ai parlé plusieurs fois de ça avec Steve Toltz qui a le même problème. Il est passé à l’atelier aujourd’hui et il m’a annoncé avoir trouver la solution : Freedom, un logiciel gratuit (un shareware en fait) qui permet de déterminer le temps que l’on désire passer sans connexion à internet. Pour supprimer la protection, il suffit de redémarrer l’ordinateur, c’est simple, mais cette modeste barrière est suffisante pour s’empêcher de craquer et de se précipiter pour regarder un truc sur youtube, lire tel blog ou consulter la fiche Wikipedia de ce papillon qui s’est collé à la vitre de l’atelier. Ce logiciel va changer ma vie. Petite page d’explication ici.
Steve m’a montré les livres qu’il est en train de lire. Entre autres (en anglais) La Psychanalyse du Feu de Bachelard, avec une préface de Northop Frye ! La classe. Voilà une préface qu’il me faut. Il m’a parlé de Ronald Laing (je ne connais pas) et de Ciment, de Thomas Bernard (jamais lu cet auteur). C’est chouette de découvrir de nouvelles choses. Je sens que ma montagne de livres va encore grandir. Ce matin j’ai lu Vaincre Hitler, d’Avrahum Berg, p.104, suite à des considérations sur le livre de Fanon, Peau Noire, Masques Blancs, il écrit « Nous vivons une civilisation de mots lavés (…). (…) ils ont écrit mais en usant de formules qui permettaient d’ignorer le véritable sens des mots. Oui, ils ont écrit, mais de sorte que l’on ne sache pas ce que l’on ne préférait ne pas avoir ».
Aujourd’hui, mon frère et moi avons appris la mort d’une de nos grand-tantes, Tante Marcelle (alias soeur Saint-Yves – eh ouais famille de catholiques bretons). Jusqu’à l’année dernière personne n’était jamais mort dans ma famille. En un an, mon père et deux grand-tantes sont mortes (ajout dimanche : j’avais oublié -signe que cette partie de la famille existe peu pour moi- ma grand-mère paternelle est morte aussi, il y a quatre mois).

11 avril 2009

Ponyo


Je n’avais pas aimé Le Château Ambulant. Les premiers échos à propos du dernier Miazaki sont bons. Chouette. Fête hier soir. Pour moi c’est un peu comme aller chez le dentiste. La fête était réussie (j’ai offert Greetings from Ashbury Park de Springsteen à E.), la nourriture délicieuse (A. et E. sont tous deux des cuisiniers accomplis), la compagnie parfaite, vraiment super soirée (bon il y avait un problème avec la musique : j’ai eu l’impression qu’un train déraillait pendant deux heures -l’accident a fait une pause le temps d’une chanson de Nancy Sinatra, ouf). Il est nécessaire d’aller chez le dentiste, et je crois qu’il est (parfois) nécessaire de sortir (prudemment) de sa tanière même si c’est (très souvent) effrayant. Je ne serai jamais à l’aise dans une pièce où il y a plus de sept (ou cinq) personnes, c’est ainsi. J’ai davantage discuté avec les bâtonnets de carotte qu’avec quiconque. C’était vraiment intéressant. J’ai parlé d’Harold & Maude (apparemment je n’ai qu’un seul sujet de conversation ces temps-ci). R. adore aussi ce film. On était d’accord sur Bienvenue Mister Chance. Je crois que je ne connais pas d’autres films de ce metteur en scène. Sur Wikipedia, il y a ça sur sa fin de carrière : « Attempting to turn a corner in his declining career, Ashby ceased to use drugs, trimmed his hair and beard, and began to frequent Hollywood parties wearing a navy blue blazer so as to suggest that he was once again « respectable ». »
Cela me fait penser à un personnage de Wes Anderson (d’ailleurs Harold & Maude ressemble à un film de Wes Anderson). Je vois très bien Bill Muray jouer cette belle triste scène.
J’ai lu plusieurs bons romans français contemporains ces temps-ci. Et je m’aperçois que je connais peu la littérature étrangère d’aujourd’hui. J’ai relu un peu du Journal de Mireille Havet. Je crois que je lis une quarantaine de livres en ce moment, des romans, des essais, je m’enthousiasme pour tout un tas de choses. Résultat, je ne connais rien à fond, ma culture est superficielle. J’en ai pris mon parti. Je ne me vois pas vivre autrement. Les gens qui connaissent des choses, les spécialistes, m’impressionnent toujours un peu (encore plus ceux qui sont spécialistes et qui ont une grande culture). Je n’ai pas d’obsession pour un sujet particulier (mon travail est hors catégorie). 
Je retourne à mon roman (pas assez travaillé cette semaine, je m’y remets sérieusement). For You (Springsteen) et AliShan (Thés de Chine). 

10 avril 2009

je ne vais certainement pas parler politique


Aveu : j’ai acheté le Figaro. C’était hier avant d’aller chez le médecin. J’avais besoin de détourner mon angoisse. Cela a bien marché. Entre la reprise d’une citation assimilant les grévistes à des khmers rouges, la réactualisation de la « chienlit », les contrendus fantaisistes et paranoïaques du mouvement… waou c’était comme un bon vieux Star Trek. Ils ne sont pas loin de parler des chars soviétiques aux portes de la France. Très étrange. Au fond les positions ne sont pas franchement différentes de celles du Monde (étonnant : ce qu’il y a de plus intéressant dans ce journal se trouve dans les blogs). Difficile de lire autre chose que Rue 89 dans la presse généraliste (et pour les amateurs éclairés, Dedefensa). Mais dans le Figaro le discours est beaucoup plus franc. C’est très drôle. On dirait une parodie (comme le fait très bien Brave Patrie). C’est un peu injuste ce qui arrive à Sarkozy (dire que des chercheurs se sont mobilisés à cause du speech arrogant de Sarkozy du mois de janvier… parce qu’ils n’aiment pas cet homme, c’est désolant, une histoire d’apparence). Après tout les problèmes dans l’enseignement (comme dans la santé), ce n’est pas la seule responsabilité de la droite. Les socialistes et les communistes ont été au pouvoir aussi je crois (certains regrettent l’époque Jospin, cet homme qui a fait virer un journaliste, Claude Sérillon). 
Mais passons. Ces histoires n’ont pas de fin, cette belle union nationale de la gauche et de la droite pour défaire l’Etat-Providence, une certaine idée de la civilisation. A propos, Patrick de Saint-Exupéry (du génial magazine XXI) vient de sortir un livre sur le Rwanda et la France (aux Arènes). Cela doit être passionnant, dans la lignée (j’imagine) du travail de François-Xavier Verschave. Toute la semaine, il y avait une émission sur le Rwanda sur France Culture. On peut toujours l’écouter (ainsi qu’une très bonne émission sur le génocide au Cambodge).
Ce n’est pas sans lien avec la rassurante mobilisation de ces temps-ci : 
Rue Fromentin annonce déjà un nouveau livre à paraître : Mémoire et Lettres, de Louis Rossel. Il y a un texte de Blanqui sur le site des éditions La Fabrique (Eric Hazan vient d’être entendu par la police). Oh il y a un livre de Heinrich Heine (bizarrement écrit Henri -à propos j’ai honte jusqu’à une remarque d’une amie je prononçais mal Hofmannsthal en dépit de mes huit années d’allemand), intitulé Lutèce qui a l’air très bien.
Je n’avais pas bu de thé vert depuis longtemps. Ce matin, Bi Luo Chun (Teamasters). Après le déjeuner, retour aux oolongs, je prendrai un Ling Tou Mi Lan Xiang, plus tard peut-être un Shui Xian 6 (Maison des Trois Thés). Chouette : je viens de recevoir deux essais couleurs pour le comic-strip très réussis. Test grandeur nature sur le blog ces jours-ci.
Tiens Finkelkraut cite et récupère la common decency d’Orwell. On aura tout vu.

10 avril 2009

Crumb


Ce matin je pensais que les emails ce n’est pas simple, je crois que c’est parfait pour de brefs messages, mais pas plus, sinon ça devient un genre de monologue poseur (je parle de moi, c’est une peur qui me tombe dessus de temps en temps). Enfin, bon, je suis peut-être pessimiste. Et puis c’est encore un moyen pour ne pas être dans la vie (ce que je comprends, c’est moins dangereux de rester à distance). Il y a ce problème aussi d’une familiarité (induite par l’échange écrit) que l’on ne peut construire que bien plus lentement dans la vie réelle. C’est bizarre. Bien sûr il existe des correspondances basées sur l’écoute et la réciprocité, sur une certaine précaution. Cela s’invente. Il faut juste faire attention. Aujourd’hui je suis plein de bonnes résolutions. 
Ces considérations m’ont amené à penser à Crumb de Terry Zwigloff. Un de mes films préférés. Il faut absolument voir ce portrait d’artiste. C’est immensément triste. Et en même temps rassurant : quelqu’un comme Crumb s’en est sorti, à peu près, malgré son passé, sa sensibilité, son étrangeté, dans ce monde blessant, il s’est construit une cachette, on appelle ça l’art. Aujourd’hui il vit dans le sud de la France, dans une maison à la campagne. Wendy & Lucy n’a pas remplacé Harold & Maude dans mon coeur. Loin de là. Le comic-strip que je fais avec Clément avance. Il fait des essais de couleurs en ce moment. 

9 avril 2009

une boîte de sardines en chocolat


Aujourd’hui Delphine (Gleize) a organisé un casting à l’atelier pour choisir le personnage principal de son prochain film. Des jeunes garçons et leurs parents se sont succédés. C’était une drôle d’ambiance, professionnelle et bordélique. Et puis, nous avons enfin résolu ce problème de fuite (euh enfin l’assistant de la directrice de casting), Delphine a dévalisé la boutique Patrick Roger (un peu le Christopher Wren du chocolat), et c’était super, il y a eu les Kinks aussi (et Oxmo Puccino quand Nessim est arrivé et c’est pas mal). La directrice de casting posait plein de questions aux enfants (des questions difficiles, genre « as-tu déjà été déçu par un ami? »). Nous avons bu un Baozhong. J’ai pris un bain imaginaire dans la baignoire vide en discutant avec Nes.
Au collège, au lycée, à la fac, je n’étais pas un bon élève (j’ai redoublé ma seconde). Les seuls examens pour lesquels j’ai du talent sont les examens médicaux (tant mieux). Je me demande si mon hypocondrie (légère) n’est pas un moyen pour moi d’être, d’une certaine manière, un bon élève. J’ai vu mon médecin aujourd’hui. J’avais deux grosses enveloppes du laboratoire d’analyses. J’ai passé avec succès toutes les épreuves (cholestérol, hémoglobine, glycémie, phosphatases alcalines, lipase…), sauf une (mais rien de sérieux). Moi qui imaginais déjà les pires choses je me suis senti revivre. Et comme j’avais réussi cette série d’examens, je me suis récompensé en m’achetant des chaussures, un rasoir de sûreté (Merkur) et de la purée d’amandes complète. Je me suis rappelé aussi ce poème de Rilke, Le Torse archaïque d’Apollon. Je n’ai pas compris pourquoi ce poème resurgissait (je m’en doute un peu maintenant). Et je n’ai cessé de penser à Harold & Maude (c’est évident, mais autant le dire : j’ai volé une de ses inventions pour mon roman Parfaite, et il a beaucoup influencé Stupide aussi). 
J’ai reçu les épreuves (Points Seuil) de Peut-être une histoire d’amour et pour L’école des loisirs de Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons (deuxièmes épreuves en fait). Les épreuves portent mal leur nom. J’adore ce moment. Le roman est dans le format du livre, on ne l’a plus lu depuis un certain temps, alors on le retrouve mais différent. C’est le moment où l’on corrige les derniers problèmes (parfois importants, décisifs). En général je demande deux épreuves. Et dorénavant je demande à avoir les épreuves quand un de mes livres sort en poche.
La couverture du livre de L’école des loisirs sera illustré par Rascal (je suis impatient de voir ça !) et celui de Points par… mystère. On m’a fait deux propositions qui sont impossibles.
Deux très bons sites sur les couvertures de livres : http://www.bookcoverarchive.com/ et http://nytimesbooks.blogspot.com/ (merci Lidell). Il y a un article très bien sur le sujet sur le blog de Rue Fromentin. C’est important les couvertures et malheureusement en France la culture est encore maigre sur le sujet (Delphine recevait Vincent Dietschy plus tôt dans la l’après-midi, et comme j’aime l’affiche de Didine, je lui ai demandé de me donner les coordonnées de son illustratrice -ça va peut être donner quelque chose).
En rentrant chez moi, vers minuit hier j’étais heureux parce que j’avais une idée de roman en tête. C’est comme être amoureux. Cela a duré jusque au moment où j’allais m’endormir : je me suis rappelé que cette idée, je l’avais déjà eu, que je travaillais même dessus avec un dessinateur (mais sous un angle différent, alors est-ce que je peux quand même faire ce roman ?). Bon, en tout cas mon roman en cours avance bien, c’est déjà ça. Et un illustrateur avec qui j’ai un autre projet m’a appelé. Quelqu’un a mis des lunettes de soleil mardi et ressemblait à une héroïne de Boulevard de la Mort. C’était classe. J’ai envie d’écrire un petit roman comme Harold & Maude. C’est un format que j’aime comme lecteur et comme auteur. 
Deux messages de mes traducteurs. Bruce Benderson pour les Etats-Unis (Penguin) (là je suis un peu fier, et il m’a dit de chouettes choses sur le roman) et de ma traductrice allemande. Quelques questions. C’est toujours bon signe quand un traducteur prend la peine de contacter l’auteur.
J’ai relu des passages des Ecrits Corsaires de Pasolini. 
Ce soir Wendy & Lucy.
Martin Page
9 avril 2009

genèse


…le dimanche matin Dieu créa Colin Higgins et le dimanche après-midi Hal Ashby. Le monde était fait. 
Hier, séance de 22h, au Champo nous étions dix (sans nous connaître nous appartenons à la même confrérie mystérieuse, nous avons tous un grain de beauté sur l’épaule droite, du talent pour le rhume, et en cas de danger nous faisons front collectivement) à assister à la ressortie de Harold et Maude. Je n’ai pas été si heureux au cinéma depuis une éternité. Je vais retourner le voir cette semaine. 
C’est un livre (aussi) que j’ai beaucoup offert, un petit livre plein d’images qui enivre pour des années, un manifeste en même temps qu’une histoire d’amour, une manière de considérer la vie, une source d’inspiration, un manuel de survie.
En sortant de la salle, j’ai retrouvé Paris entièrement contaminée par le film.
Martin Page