31 juillet 2009

La belle vie saint martin


Je pars quatre-cinq jours avec Balthazar (l’Anonyme nous a faussé compagnie pour rejoindre l’Italie) chez une amie en Normandie (dans la plus étrange de ses villes, ce sera un séjour ethnographique – Sadoldpunk nous enjoint à parler aux filles sur la plage, mais je ne suis pas sûr que ce sera notre politique). Le départ est prévu dimanche. J’ai commencé à préparer mon sac (draps anti-acariens, la dernière version de mon manuscrit imprimée, des textes de Nathalie K., le premier roman de Valérie Zenatti, un conte de Elizabeth G.-S., du papier, des stylos, crème solaire indice 150). Surtout je suis allé dans une librairie pour prendre mes livres de plage, Walter Benjamin, de Hannah Arendt (chez Allia), Nietzsche, de Stefan Zweig, N’oublie pas de vivre (Goethe et le tradition des exercices spirituels), de Pierre Hadot, The year of the magical thinking, de Joan Didion, Les mystères de Pittsburg, de Michael Chabon. Waou c’est Noël. J’espère qu’il n’y aura pas trop de soleil.

Le petit chat de l’Anonyme a maintenant un nom : Mafalda. C’est le meilleur des noms.

Ma mère m’a rapporté un très bon thé vert de Corée. Chouette. Il me reste maintenant à goûter le Jukro. De tous mes livres traduits, les coréens sont parmi les plus beaux (à propos des couvertures -je râle souvent contre leur laideur-, celles de Joëlle Losfeld sont de plus en plus belles, celles de Buchet-Chastel aussi, voilà enfin des gens de talent qui s’occupent d’esthétique).

Hier et avant-hier, des heures et des heures à résoudre un problème d’une vingtaine de lignes. Un passage de mon roman. J’ai mis deux jours à trouver la solution. Il y avais des pages collées au mur et des post-it, impression d’être un mathématicien devant une équation compliquée. Je me suis arraché les cheveux, je me suis lamenté. J’étais désespéré. Et puis la solution est venue, petit à petit, par vagues. Ecrire un roman, c’est résoudre des problèmes. Pas seulement, mais c’est une bonne partie du travail, et voir cela sous forme de problèmes, comme des problèmes mathématiques, cela désacralise, cela rend plus simple, plus quotidien, ça remet les choses à leur place, et ça me plaît bien.

J’ai passé du temps à lire tout un tas de choses sur la Décroissance (je me suis demandé ce que je pourrais moins consommer, ou mieux, ce n’est pas évident, moins de pommes peut-être ?), j’ai arrosé le petit olivier que l’on m’a offert lors d’un salon du livre.

Le Belle Vie Saint-Martin, à gare de l’Est, le meilleur bar de Paris (prix très raisonnables, calme, espace, le boss est très sympa, grande terrasse) est réouvert depuis quelques jours. La vie reprend.

28 juillet 2009

Vacances emballées


Pourquoi partir en vacances alors qu’on peut écouter les entretiens avec Losey (par Michel Ciment -pas un de mes metteurs en scène préférés mais c’est passionnant) sur France Culture ? Aujourd’hui, à 17h il y a aussi un portrait du journaliste Ryszard Kapuscinski (ça peut être une bonne introduction à ses livres). Il y aura aussi Oberlé (« Je suis quelqu’un de très superficiel, mais je couvre une grande superficie »), Emerson, Jack London. La campagne, la mer, la montagne, les îles paradisiaques ne peuvent rivaliser.

Je viens de naviguer sur le site de Christo et Jeanne-Claude (l’artiste a deux têtes qui emballe tout). Et il y a une section intitulée Common Errors. C’est trop drôle. C’est classique et inévitable pour un artiste d’être confronté au malentendu (leur gamme est très étendue, les malentendus bienveillants, les malveillants, les sophistiqués…). Ils écrivent la liste des erreurs communes sur eux et leur travail. Quelques extraits :

No! None of their work is designed for the birds, all have a scale to be enjoyed by human beings who are on the ground.

There are 3 things Christo and Jeanne-Claude do not do together:

  • They never fly in the same aircraft.
  • Jeanne-Claude does not make drawings, she was not trained for that. Christo puts their ideas on paper, he never had an assistant in his studio.
  • Christo never had the pleasure of talking to their tax accountant.

    Et puis : We believe that labels are important, but mostly for bottles of wine.

28 juillet 2009

Prudence


Franciscus van den Enden fut le professeur de Spinoza. J’aime bien sa devise, « intus ut libet, foris ut moris est » (à l’intérieur fais comme il te plaît, à l’extérieur agis selon la coutume), comme celle de Spinoza lui-même « Caute » (Prudence). Finalement, à cause de son implication dans le complot républicain de la bande de Louis de Rohan contre Louis XIV, Van den Enden s’est retrouvé à la Bastille et a été pendu. Sa fille fut le seul amour de Spinoza. Elle s’appelait Clara.

On vient de me livrer la « box » pour me connecter à internet chez moi (en prévision de l’état d’urgence à cause de toutes les grippes qui arrivent).

Une infusion de gingembre est en train de cuire, elle embaume tout l’atelier.

Je suis arrivé tôt ce matin. J’aime quand la journée commence tôt. J’ai déjà bien travaillé, et il me reste encore pas mal d’heures.

Mon sac (on appelle ça une besace, mais le mot n’est pas beau) commence à craquer. Je vais devoir en acheter une nouvelle, en cuir je pense cette fois, pour ranger les choses indispensables, livres, carnets, médicaments, stylos. Chez APC (dont parlait rue fromentin), il y en a une jolie (mais chère). Chez Hollington aussi (encore plus chère).

Je lis (grâce à sa traductrice -également auteure- Valérie Zénatti), Histoire d’une vie, de Aharon Appelfeld. Bonheur de découvrir un auteur qui me plaît. J’y allais prudemment, c’est une autobiographie et j’avais peur d’un livre clinique, d’une écriture réaliste, plombé par les descriptions. Et en fait non. C’est une oeuvre originale et pleine d’inventions (pas dans le sujet bien sûr, mais dans la forme, le style, les images).

J’écoute Earl Hines en boucle. Note à propos de la précédente note : jamais d’eau bouillante sur le thé vert. Verser un bon quart du volume de la théière (bon il faut un peu tâtonner, l’eau doit être aux alentours de 70°) d’eau froide, puis l’eau bouillante. Sinon le pauvre thé vert sera cuit (par contre, pour les oolongs pas de soucis).

27 juillet 2009

Thés verts


Je ne connaissais pas grand chose aux thés verts (je me concentrais sur les oolongs), je les découvre peu à peu depuis quelques semaines.

A la Maison des Trois thés : Gui Lin Yu Luo, He Feng Fu Xi (un de mes préférés), Xian Xi Lan Cui, Bi Yun Tian, Huang Shan Mao Feng. J’ai dégusté le Anji Bai Cha (les feuilles infusées sur très belles, superbe thé) sur place. Les oolongs se conservent bien, mais ce n’est pas le cas des thés verts. Une fois achetés, la boîte ouverte (et même le sachet bien refermé), il devront être consommés rapidement (quelques mois, je vais demander des précisions à Pieric, moins de six j’imagine).

Teamasters : Bi Luo Chun (excellent).

Tous sont accessibles, entre 10 et 13 euros (excepté le Anji Bai Cha).

Thé chez Nathalie K. ce dimanche. Plus tard, Baltazar, L’Anonyme (qui va avoir un chat) et Broutilles sont passés à l’atelier pour manger un morceau et boire de ce vin que j’ai rapporté du salon du livre de Sablet.

23 juillet 2009

Une agréable chirurgie


J’ai presque terminé de relire mon roman. Ma dernière lecture datait de fin mai. Mon regard est déshabitué des phrases et de l’histoire, mon microscope et mon télescope sont nettoyés. Des problèmes que je n’avais pas vu m’apparaissent (comme des poissons remontant à la surface après qu’on ai jeté une grenade dans l’eau, le ventre en l’air, l’oeil vitreux), je corrige, je réécris, je suis à un stade du roman où tout est là, il ne s’agit que de corrections, mais des corrections qui changent tout. Il est passionnant de voir le texte s’améliorer, par le simple biffage d’un mot, d’une phrase, le remplacement d’un mot par un autre, le changement de place d’un paragraphe, l’ajout de précisions, de gestes, d’attitudes, de tons, de couleurs, d’éléments de décors. Je me sens comme un chirurgien, réparant, recousant, soignant. Oui j’ai vraiment le sentiment d’opérer ce corps malade qu’est le roman à ce stade. Et ce sont des opérations joyeuses et palpitantes.

Dans son petit essai (éditions Allia) sur Stendhal, Lampedusa écrit « (…) il arrive souvent que chaque ligne soit à la fois révélation spirituelle, action et peinture ». Et aussi : « Le résultat de cette technique si incroyablement subtile c’est la fusion complète de l’auteur, du personnage et du lecteur » (ce que Lampedusa estime être le génie de Stendhal).

Grand changement dans ma vie quotidienne. J’ai amélioré mon petit déjeuner traditionnel (flocons d’avoine). Cela donne ça : flocons d’avoine, poudre d’amande dégraissée (Ecomil), graines de sésame grillées, deux cuillères d’huile de noisettes, eau, miel. C’est très bon. Bien sûr, un thé vert (les nouvelles récoltes sont arrivées à la Maison des Trois Thés, je vais y passer pour faire le plein), un verre de jus de fruit, un yaourt, des dattes (ou des raisins secs).

Déjeuner chez Toraya, un salon de thé japonais qui propose aussi des merveilles pour le midi. Les desserts sont particulièrement beaux (on a envie de les garder intacts). Le décor fait penser à un endroit qui aurait été à la mode en 1972 (c’est très orange et très marron, avec des meubles design de l’époque). Elizabeth Guyon Spenato (ex Qi-Guyon, qui a écrit des livres sur sa vie en Chine, de chanteuse et d’actrice) m’a invité, elle vit des aventures incroyables avec son copain entre la France et la Chine (ils ont monté une société à Hong Kong). On a terminé avec du matcha (dans un grand bol, vert et moussant).

Je viens d’écouter une émission sur Bergson. Je retiens cette formule : « la création continue d’imprévisible nouveauté ».

Tentative d’organiser des vacances (trouver une maison quelque part au bord de l’eau) avec l’Anonyme et Bathazar. Nous ne sommes pas doués (et comme il n’y a aucune fille pour tout gérer, nous sommes totalement inefficaces), alors je crois que nous allons rester à Paris. Nous avons peut-être une piste amicale en Normandie.

17 juillet 2009

Les vêtements sont des mites


Je ne suis pas contre la société de consommation. Ou peut-être que je le suis. En tout cas, il n’y a rien à acheter ces temps-ci. Je parle de vêtements. J’ai l’impression que les gens font les soldes par réflexe, comme ils partent en vacances, parce qu’il le faut bien, il faut avoir ce sujet de conversation. Les vêtements ne sont pas beaux, ils seront à peine portés, ils vont nourrir les mites dans les placards. Mais si on aime tellement les mites il y a d’autres solutions moins onéreuses et moins tordues. Finançons des élevages, achetons leur directement des rouleaux de coton.

Même si je voulais acheter des vêtements je ne pourrais pas, il n’y a rien de portable, tout est mal tissé et laid. Et puis les vêtements détruisent tout sur leur passage, ce sont eux les véritables mites, ils grignotent les cinémas, détruisent les librairies et les fromagers. Il y a des magasins de vêtements partout c’est effrayant, ce sont des essaims d’insectes destructeurs.

17 juillet 2009

Giverny, résidence d’artistes, Count Chocula


Journée à Giverny, avec Diane M., pour rendre visite à Jakuta qui s’y trouve en résidence. Elle partage une belle maison (et un jardin labyrinthe) avec des historiens d’art et des artistes américains. Nous avons passé du temps allongé sur l’herbe à discuter (et à stomach) de mille choses (et nous avons inventé le « fat pork honey », découvert un attrape-fantôme, vu une maison hantée). C’est un beau principe les résidences d’artistes. Jakuta nous a révélé l’existence de céréales étasuniennes qui s’appellent Count Chocula. Nous n’avons pas eu le temps de voir quoi que ce soit consacré à Monet.

Je termine le petit livre de Lampedusa sur Stendhal.

Demain matin je pars pour un salon du livre. J’imprime une partie de mon roman pour travailler dans le train. Bel orage hier soir. Tout paraissait fragile alors.

15 juillet 2009

Les privilèges


Stendhal a écrit un texte étonnant intitulé Les Privilèges qui commence par une autobiographie de dix petites pages, extrait : « En 1829, il aima Giulia et passa la nuit chez elle pour la garder, le 29 juillet. Il vit la Révolution de 1830 de dessous les colonnes du Théâtre-Français. Les Suisses étaient au-dessus du chapelier Moizard. » Il donne même son épitaphe (la date est en blanc bien sûr). Le texte a proprement parlé est constitué de 23 articles (Jamais de douleurs, quatre fois par an il pourra se transformer en animal, vingt fois par an le privilégié pourra deviner la pensées de qui il voudra…). C’est très drôle. J’aime Stendhal, c’est le roi de l’ellipse.

J’ai vu beaucoup de compagnons d’armes ces jours-ci, thé avec Steve T., dîner avec Thomas R., déjeuner avec Jakuta A. et Diane M., thé avec Valérie Z. . Échanges à propos du travail, des livres lus, de nos projets. C’est réconfortant et doux de se retrouver et de discuter. Thé aussi avec Sophie Q., qui est actrice, quand nous parlons travail nous trouvons des points communs à nos professions, et des variations.

Il y a eu un coup d’État militaire au Honduras, et la presse progressiste française  trouve ça formidable. C’est une époque étonnante. On y repensera dans quelques années, et on se dira tiens il y avait de clairs indices, des faits flagrants, la barbarie faisait déjà son nid dans les esprits. Il faudrait collecter ces informations (on pense à la dépêche policière AFP concernant ce qui se passe à Montreuil). On ne pourra pas dire on ne savait pas.

Discussion avec un ami qui trouvait que les années Mitterrand avaient été de belles années. Je lui ai parlé de l’Afrique à cette époque, et ça l’a embarrassé. A n’en pas douter pour les hommes blancs éduqués d’un milieu social favorisé et en bonne santé ces années furent bonnes.

Écriture d’un nouveau chapitre, qui trouve sa place au milieu de mon roman. Quelques phrases grandissent, se mulitplient et deviennent un chapitre. Cette souplesse de la forme m’émmerveille.

J’ai perdu ma dernière écharpe aujourd’hui et nous sommes en plein été, le mois des climatiseurs déchaînés.

9 juillet 2009

Une sorte de mémoire


Pause. Je viens de me faire un Mi Yun de la Maison des Trois Thés, un de mes oolongs préférés (mais très fort, torréfié, je ne suis pas sûr d’avoir envie d’une deuxième tasse). J’ai ouvert les volets, que je ferme un peu à cause des reflets sur mon écran quand il y a trop de soleil (et ces dernières jours ont été trop ensoleillés, et c’est un mauvais soleil).

L’an dernier (le 26 juin), après avoir scellé le projet de la traduction du Wilde avec Arléa (Plume, Pinceau, poison), Diane m’a donné Le Livre de la Mémoire de Mary Carruthers (elle en est la traductrice). En un an j’en ai lu une centaine de pages. Je les relis de temps en temps, j’avance de quelques pages à la fois, rapidement mon cerveau surchauffe. Il y a des essais qui nous accompagnent toute une vie, des essais transversaux, dont chaque page est un banquet et une source. C’est le cas également de L’Art de la Mémoire de Frances Yates (livre traduit par le génial Daniel Arasse). En voici quelques extraits :

« (…)  les représentations symboliques que nous nommons « écriture » ne sont guère que des amorces ou des déclencheurs pour les « représentations » mémorielles (tout aussi symboliques) qui fondent la cognition humaine. »

« Les philosophes antiques et médiévaux le savaient bien, pour qui toute information, quelles que fussent sa source et sa forme, devenait un phantasme dans le cerveau. Et ces phantasmata sont recouvrés grâce à des dispositifs heuristiques qui peuvent être forts différents de la forme sous laquelle l’information a été initialement reçue. »

« La « painture » comme le montrent clairement les remarques de Richart de Fournival , est avant tout une fonction des mots eux-mêmes. (…) Ces picturae purement verbales s’adressent directement à la mémoire du lecteur, car elles ne reçoivent forment picturales que dans son imaginativa et dans sa memoria. L’auteur est un « peintre », non seulement parce que les lettres avec lesquelles il compose ont elles-mêmes des formes, mais aussi parce que les mots peignent des peintures dans l’esprit des lecteurs ».

Mary Carruthers écrit aussi : (…) l’acte d’écrire est lui-même une sorte de mémoire (…).

9 juillet 2009

Un autre temps, un autre espace


Je suis en train de relire et de travailler mon roman, et c’est un exercice excitant et décourageant, après tout j’ai passé du temps, transpiré, bataillé, et malgré tout il y a encore des problèmes. Les choses qui ne vont pas trouvent leur origine dans la familiarité que l’auteur a avec son texte. La familiarité a pour conséquence que des choses qui me paraissent aller de soi, ne sont pas si claires pour un lecteur extérieur. J’ai construit les ponts, les tunnels, les aqueducs et les chemins de ce livre, j’en ai une vue d’ensemble, sa logique est claire, mais c’est le point de vue de l’architecte. Se confronter à la lecture de quelqu’un qui se promène dans cette ville sans l’avoir dessinée est rafraîchissant. Il ne s’agit pas de faire des concessions, mais de voir que parfois cette familiarité est source de problèmes logiques, de problèmes de tempo. Ecrire est une sorte de folie, c’est une obsession extrêmement forte, et parfois on se concentre sur les éléments qui nous obsèdent le plus au détriment de ce qui paraît être comme des détails (je pense par exemple à mon dernier roman où la chronologie -d’une première version- était un peu folle, pas parce que je l’avais décidé mais parce que je ne m’y étais pas intéressé, je connaissais la durée sur laquelle courait le roman, mais que samedi vienne juste après le mercredi cela ne me choquait pas). Il y a des lignes directrices, des personnages qui suivent quelque chose, souvent un roman est l’histoire d’une quête, et je me rends compte que des éléments du roman qui ne vont pas dans le sens de cette quête (mais sont important dramatiquement pour rendre cette quête vraisemblable) sont mal ajustés, sont (inconsciemment) laissés de côté alors qu’ils ont leur rôle à jouer. On est parfois trop allusif, ou au contraire trop explicatif. Ce sont des déséquilibres qui une fois pointés par l’éditeur (en l’occurrence l’éditrice) ne font pas débat, ils sont là, je les vois clairement. J’ai l’impression qu’il y a parfois un défaut de lucidité dans le processus d’écriture d’un roman. Et ce n’est pas un mal, j’imagine (comme rien n’est un mal dans l’aventure chaotique de l’écriture du moment que l’on en fait quelque chose) car cela (cette folle inconscience tendue vers un but) permet des avancées, cela permet de débloquer des scènes, remporter des victoires narratives, imaginer des scènes. Au final, il faudra laisser reposer le manuscrit, le faire lire à son éditrice (ou a un autre superlecteur), pour trouver un nouveau regard, plus posé, plus calme. C’est un autre temps, un autres espace.

7 juillet 2009

Le dictionnaire des prénoms


C’est un véritable travail que de trouver un nom aux personnages. En général j’évite de donner le prénom d’un ami, de quelqu’un que je connais ou que j’ai connu. Il y a des exceptions à cette règle (après tout cela interdirait trop de prénoms). J’aime qu’il soit simple. J’ai un dictionnaire de prénoms, vous savez ce livre qu’achètent les futurs parents. Je le lis de temps en temps. Parfois je trouve un prénom qui sonne bien pour un personnage (mais qui ne me disait rien quelques temps plus tôt pour un autre roman), même si le plus souvent les idées viennent d’ailleurs, de rencontres, de livres, de films.

Ce dictionnaire des prénoms marque encore davantage la ressemblance qu’il y a, et dont tout le monde parle, entre la gestation d’un enfant et celle d’un roman (Roman est un joli prénom d’ailleurs).

Sauf que ça n’est pas exact. La gestation d’un roman est de durée variable. Celle de la femme est de neuf mois. Mais je pense que ce n’est pas la gestation qui compte. A la naissance, l’enfant n’est pas autonome. Il lui faudra plusieurs années avant de pouvoir marcher et parler, de penser, de faire des choix. Un roman n’est pas un nourrisson, c’est un être adulte que l’on doit laisser partir, qui doit vivre sa vie, à qui l’on reconnaît une individualité et une liberté propre. C’est d’un humain de dix-huit ans ou plus que l’on doit rapprocher un roman nouveau-né (je dirais quarante-deux ans, mais il y a des romans de dix-huit ans, comme de douze-ans malheureusement). Le roman naît adulte. La gestation a commencé dans l’enfance même de l’écrivain.

6 juillet 2009

Solfège


Je déteste le solfège. On dirait que tout a été fait pour compliquer les choses. De temps en temps je propose des réformes à ma prof de flugelhorn. L’autre jour elle m’a dit : « Ce que tu dis a l’air complètement stupide, mais en fait ce n’est pas si bête ». Je sais jouer le début de Summertime je suis heureux (bon c’est encore vague et maladroit, mais on reconnaît l’air).

J’ai bien repris mon roman pour l’Olivier, ça avance.

Hier nous avons organisé un pique-nique surprise d’anniversaire pour un ami. C’était tellement secret que nous avions oublié de le prévenir, il ne savait pas où c’était, c’était drôle. Je crois qu’il ne faudra pas compter sur nous pour organiser la prochaine révolution. Selon mon frère (qui avait ses jumelles et un de ses livres d’ornithologie), dans la parc il y avait des faucons pélerins. Toxica dit en avoir vu un mais elle le décrit comme faisant la taille d’un ours polaire (en fait, un faucon c’est tout petit). Hm je soupçonne une hallucination. J’ai trouvé confirmation de mon manque d’intérêt total pour les jeux (tarot, ping-pong), au bout de cinq minutes je fais n’importe quoi tellement je m’ennuie.

5 juillet 2009

Les soirées rêvées


Quand je dîne chez des amis, quand je vais boire un verre chez eux, je regrette toujours que l’on ne passe pas plus de temps devant la bibliothèque. En fait je pense que j’aimerais que les dîners et les soirées, de temps en temps, se passent au pied de la bibliothèque. On serait assis par terre et on piocherait des livres, on en parlerait, on dirait « tiens c’est quoi ça », « oh ça a l’air merveilleux ». Il y a des trésors, des choses qui en disent plus sur nos amis que les centaines de phrases échangées lors d’une soirée typique. Oui j’aimerais que l’on se pose, que l’on ne considère plus une bibliothèque comme une sorte de tapisserie en relief, mais que l’on prenne du temps pour explorer ces étagères. On discuterait livres bien sûr, mais de tas d’autres choses à partir de là. Et puis nos hôtes, grâce à la présence d’invités, redécouvriraient des livres qu’ils auraient oublié. A la fin de la soirée, il y aurait des livres partout sur le sol, des idées, des envies plein la tête. Il faudrait faire la même chose avec les disques. Pour moi, ça serait une soirée idéale.

4 juillet 2009

Bien tranquille


Un américain bien tranquille, de Graham Greene, est un de mes livres préférés. Je le feuilletais ce matin, des phrases sont soulignées, des pages cornées, il y a des notes (sur la première page j’ai noté quelques événements de la journée où j’ai commencé à le lire la première fois, le lundi 4 octobre 2004). Les livres que l’on relit sont comme des chemins dans des bois familiers. On retrouve des traces anciennes, un arbre renversé, des racines, et on remarque de nouvelles choses à chaque fois. Quelques phrases soulignées :

« Il est impossible que vous existiez si vous n’avez pas le pouvoir de modifier l’avenir ».

« Tôt ou tard, dit Heng, et je me rappelai les paroles du capitaine Trouin, à la fumerie d’opium, tôt ou tard, il faut prendre parti. Si on veut demeurer humain ».

« La condition humaine étant ce qu’elle est, qu’ils se battent, qu’ils s’aiment, qu’ils s’assassinent, je ne veux pas m’en mêler. »

« Peut-être le civil est-il, aux yeux du soldat, l’homme qui l’emploie pour tuer, qui glisse le poids du meurtre dans l’enveloppe de sa solde, pour se débarrasser de toute responsabilité ? »

Et puis Greene est le roi de l’épigraphe. Au début du roman, il y a un passage d’un poème de Byron :

This is the patent age of new inventions
For killing bodies, and for saving souls,
All propagated with the best intentions.

(Cet âge est spécialisé dans les inventions nouvelles
Destinées à tuer les corps et à sauver les âmes,
Toutes propagées avec les meilleurs intentions -traduction Marcelle Sibon)

Graham Greene n’est plus beaucoup lu je crois. Dommage. Mais l’éclipse ne durera pas (comme celle de Gary est en train de s’estomper). C’est un romancier étrange, un des plus grands, ses livres sont fascinants.

3 juillet 2009

Paris dans le commencement de l’été


La chaleur dans une grande ville est une chose bien particulière. On est bien obligé de prendre le métro, le bus, d’aller travailler, de faire ses courses. Tout le monde transpire, les gens sont énervés et fatigués, on se pousse, on se frôle, on respire les odeurs de transpiration qui franchissent les barrières des déodorants dépassés. Je rejoins Fernet Branca et Balthazar C. au Mk2 quai de Loire. Il y a beaucoup de monde, c’est l’heure de la sortie du travail. Dans le métro, un vendeur de boissons fraîches, des canettes dans un seau, des policiers intimidant un jeune asiatique, lui demandant ses papiers, les passants tournent la tête, certains s’arrêtent, surveillent les policiers (mais ne peuvent rien, juste veiller au bon déroulement de cet assaut silencieux). L’eau déborde du caniveau, des vigiles avec chien devant un magasin. Et en même temps, cortèges de filles et de femmes joliment peu vêtues, une sensualité, un érotisme tous les mètres, et des hommes qui tournent la tête, eux-mêmes parfois en simple t-shirt laissant apparaître leurs bras musclés et leurs épaules. L’air est lourd. On profite du soleil, en même temps on est irrité, on fronce les sourcils et on baisse la tête en raison de son omnipotence. J’ai l’impression d’une impatience extrême (d’un danger), comme si tout d’un coup cette foule pouvait se métamorphoser en émeute, en un animal violent, comme si une révolte pouvait naître, dans les meilleurs des cas, ou, dans le pire, des coups, de la destruction, des agressions, le voile de la civilisation déchiré. J’ai pensé à Summer of Sam de Spike Lee (ou, me rappelle FB, Do the right thing du même cinéaste -qu’il faut revoir), et la folie qui a régné à New York pendant l’été caniculaire 1977. Des bébés pleurent. Des jeunes se jettent de l’eau, des clochards travaillent, les terrasses des cafés sont pleines, on discute, on rigole, on s’embrasse, on parle en téléphonant, on pense aux vacances, on essaye de louer une maison, on a déjà la tête ailleurs. Ces jours derniers il y a eu des orages, des coups de tonnerre de fin du monde. C’est une ambiance étrange. On est soi-même excité et inquiet de ces montées d’adrénaline. Et puis, il y a les angoisses causées par la nouvelle grippe, par la crise, par la vie. On est vivant, notre corps est là, plus présent que jamais, touché par le soleil, transpirant, réveillé par la vision des filles débarrassées de leurs vêtements, nous-mêmes avons laissé tomber les vestes, il y a une familiarité générale, et en même temps, la tension est palpable. Tout cela est saupoudré d’une frénésie d’achats, de soldes, du nouveau téléphone portable d’Apple (je connais deux contaminés), de réserves d’eau en bouteille. Drôle de mélange dans la marmite de Paris. Ces ingrédients mélangés me font penser à une expérience de chimie, complexe, imprudente, potentiellement dévastatrice ou au contraire bienfaitrice. Qui sait ce que cela va donner ?

1 juillet 2009

Les échanges, l’invocation de la loi, un scandale entre amis


Thierry Hesse vient de me conseiller La mort d’ivan Illitch de Tolstoï. Je n’ai lu que Anna Karanénine (et je n’ai pas terminé) de cet auteur, et si j’ai aimé, je n’ai pas été jusqu’à poursuivre ma lecture (un jour peut-être). Là ça me tente bien. Les rencontres, les échanges sont la meilleure manière pour moi de découvrir de nouveaux livres, j’aime cet accompagnement sentimental. J’étais dans une librairie hier, et j’étais perdu, vraiment perdu au milieu de tous ces livres, comme je suis perdu dans les rayons disques. Les autres, c’est une belle invention.
Je viens de lire un texte de Thierry Illouz (qui a publié deux merveilleux livres chez Fayard, vient d’en terminer un qui sort en janvier je crois, et un texte de théâtre chez Buchet-Chastel), un texte qu’il a écrit pour une revue de psychanalyse ou de psychiatrie je ne sais plus : « L’invocation de la loi, une autre forme de soumission à la norme ».
A un moment, Thierry (qui est aussi avocat pénaliste) parle d’une enseignante qui à propos de la délinquance des mineurs, disait qu’il fallait « leur dire non, les rappeler à la loi ». Un peu plus loin, Thierry écrit : « On peut s’interroger sur cette passion de l’opposition, du refus, de la limite ou de cette manière triomphante de saisir le fléau de la règle, d’affirmer comme sans appel l’intérêt définitif de la limite négative, de l’interdit comme remède imparable à l’infraction. Je crois encore que nous faisons fausse route, que nous sommes ici dans l’erreur la plus grossière, pour avoir côtoyé ces mineurs je pense et cela n’engage sans doute que moi et pour reprendre la façon de parler de cette enseignante à contre-pied qu’il « faudrait leur dire oui », que l’infraction naît du refus opposé de manière permanente par tous les niveaux de l’expérience sociale. Serait-ce aberrant de dire ici que l’on répète à des jeunes depuis la naissance qu’ils n’ont pas droit. Pas d’accès à la propriété dont la société fait aujourd’hui un mode quasi ontologique de reconnaissance. Pas d’accès au soutien. Pas d’accès aux voies culturelles. Pas d’accès aux loisirs. Dire non à quoi alors ? Quel résultat structurant peut-on dés lors espérer de ces interdits, de ces impossibles là, quelles limites invoque-t-on face à ceux qui n’évoluent précisément que dans un monde de limites et de contraintes ? Je suis bien évidemment conscient du risque aporétique de ce questionnement si l’on ne veut appeler au désordre et à la révolte mais au moins ne faut-il pas des voix pour en finir avec cette prétention malvenue à l’exercice de la loi à cette dérive moralisatrice de l’intention psychologisante enclenchée, imbrique voire combinée autour du modèle coercitif de la loi ? Comment analyser autrement qu’en termes religieux de pouvoir cet élan qui fonde autour de la soumission à la loi une sorte d’ordre universel au mépris de toutes les évidences de l’écrasement psychique lié au jugement, au verdict, à la désignation au sens large et que toute condamnation induit naturellement. La loi a son champ de portée, ses fins et son rayon d’action ils sont suffisamment étendus pour que l’on s’inquiète tout de même de dégager pour l’individu des zones de respiration, d’autonomie, des zones d’affirmation de soi, c’est peu et peut-être de manière hâtive et maladroite le chantier que je propose ».

C’est un texte passionnant et important.

Je possède un ordinateur (joli mot au fait, bravo l’inventeur) depuis je ne sais pas, depuis toujours. Je travaille mes textes, mes romans dessus depuis plus d’une dizaine d’années. Cela ne m’était jamais arrivé : j’ai perdu un texte. Comment ? Mystère. J’ai écrit une ekphrasis à propos d’un tableau de Marc Molk. C’était au mois d’avril. Je pensais qu’il fallait rendre le texte à la fin de ce mois, en fait j’ai jusqu’au mois d’août. Hier je comptais relire le texte, le corriger, le lisser. J’ouvre le fichier. Et il n’y a rien. J’ai sans doute (je ne vois que ça, à moins que des lutins…) fait une erreur de manipulation. Aucune des différentes copie ne contient le texte. Il me reste des notes, vagues et peu nombreuses. J’ai eu un gros moment d’angoisse. Ce n’est pas très grave, mais j’ai passé une semaine à écrire cette satanée ekphrasis, et j’en étais plutôt fier. Il me faut tout recommencer. C’est juste ça (respirer, penser à un exercice de yoga). Juste se remettre au travail. Et puis, à n’en pas douter, comme tout travail est une aventure, des choses différentes arriveront. La perte occasionne des dégâts mais aussi des choses inattendues qui peuvent être belles et fortes.

Nouveau Woody Allen aujourd’hui (et puis, ça vient un le jour approprié, mon médecin vient de me rassurer à propos de ma maladie imaginaire numéro 456), avec Larry David (co-créateur de Seinfeld, et créateur de Curb your enthusiasm -hier soir j’ai vécu une scène qui je crois à déjà fait l’objet d’un épisode de Seinfeld ou de CYE : la division d’une addition à la fin d’un dîner dans un petit restaurant brésilien, la question du vin, et là j’ai joué le rôle de Larry David, cela a provoqué un petit scandale légèrement ridicule). Il paraît qu’il est génial. Chouette.

Pour le dessin A. me conseille (avec des tas de détails sur les effets produits par chacun) Rotring, Pentel et Papermate ( je vais prendre celui-là). J’ai acheté une pastèque.