26 août 2009

En 1984


“In 1984 I was hospitaled for approaching perfection.” C’est la première phrase de Random Rules sur l’album American Water (merci Lidell) des Silver Jews. A écouter aussi My pillow is the threshold (dans l’album Lookout Mountain, Lookout sea). Et l’album Bright flight, et Tanglewood numbers (Will Odlham y participe). David Berman a mis fin au groupe en janvier de cette année.

Cela m’a donné envie de relire de la poésie (Berman en a publié un recueil), ça fait des années que je ne lis plus de poésie, et que je n’en écris plus. Reprendre Emily Dickinson, Pessoa, et découvrir des poètes jamais lus, désespérés et joyeux à la fois (c’est mon crédo, mon éthique).

Ce matin, au réveil, j’ai repris les Leçons américaines, d’Italo Calvino (conférences données à Harvard en 1984, tiens), la première phrase sur laquelle je tombe est “Ma conférence de ce soir partira de cette constatation : l’imagination est un lieu où il pleut.”

Hier soir, un Tod Browining à l’Action Ecoles (The Devil-Doll,  un personnage désire réduire l’humanité à la taille de poupée, superbe happy end triste,) avec Sad Old Punk et Toxica de retour du Canada. Puis soupe de nouilles (copieuse et délicieuse) au Pho 67, rue Galande, un resto vietnamien (sans glucamate comme le dit la carte) (le serveur en me voyant entrer à pointé un doigt sur moi en criant “bonjour!”). On a retrouvé notre bande d’inadaptés magnifiques, de dépressifs drôles, à la Belle Vie Saint Martin. Mahmed nous a donné des bracelets qui brillent dans le noir. C’était très beau.

25 août 2009

les livres des amis


J’ai sorti mon premier roman il y a maintenant neuf ans, et même si cela a pris du temps (j’ai un très mauvais sens de l’orientation) j’ai maintenant des amis écrivains, des sortes de collègues de bureaux avec qui je me suis découvert des affinités, peut-être une même distance vis-à-vis de tout le cirque, et j’espère vis-à-vis de nous-mêmes (c’est le cas aussi de ma bonne vieille bande d’amis inadaptés magnifiques). Une difficulté est apparue : devions-nous nous parler de nos livres ? Je crois que la bienveillance est la règle des amitiés professionnelles réussies. Nous savons quelle somme de travail représente l’écriture d’un roman, ce qu’il y a d’intime engagé (choses qui ne doivent pas influencer les critiques) nous nous aimons, aussi pour ces raisons, il est impossible de concevoir un avis objectif. D’après ce que j’ai pu observer, les gens qui tiennent à vous dire des choses désagréables sous prétexte qu’ils sont vos amis cherchent plutôt à régler des comptes (ils s’en défendront) ou à exercer leur sadisme. Ce n’est pas nécessaire. Il ne faut  pas s’inquiéter, les autres (ceux qui ne sont pas des amis, et qui, pour la plupart d’entre nous, représentent la quasi-totalité de l’espère humaine) seront toujours là pour ne pas prendre de gants. Il reste que j’ai peu de risque de ne pas aimer les livres de mes amis, car si nous sommes amis, c’est que nous partageons un certain nombre de choses, un goût pour une certaine littérature, un certain rapport au monde (il reste que cela arrive, mais alors j’aimerai forcément quelque chose dans le livre que je n’ai pas aimé). Si vraiment quelque chose me déplaît fortement dans le livre d’un ami, il y a des façons douces de le lui glisser. Si mes amis géraient une centrale nucléaire la question se poserait différemment bien sûr.

J’imagine qu’il y deux trois personnes (je pense à l’équipe féminine de Beach Volley du 14° arrondissement) qui lisent ce blog et je ne voudrais pas avoir l’air de dire du bien de livres parce que ce sont les livres de mes amis. Et puis, il y a certains livres que je préfère à d’autres (comme des amis dont je me sens plus proche, parfois la ligne entre “copain” et ami est fine, il faudra des années pour éprouver l’amitié, des coups durs et des joies). Le milieu littéraire est déjà trop plein d’amitiés intéressées entre journalistes (parfois écrivains) et écrivains (souvent journalistes), trop plein de gentillesses amicales et de batailles de congratulations (les compliments sont la drogue la plus dangereuse pour un artiste). Tout cela pour dire que je ne parlerai pas des livres de mes amis (et peu des miens), mais je signalerai leur sortie en librairie. Ainsi, ces jours-ci sortent, Démon de Thierry Hesse, Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé, Ordalie de Cécile Ladjali, Mémoires de Marc-Antoine Muret de Gérard Oberlé.

11 août 2009

heureusement il y a des chiens qui parlent


Petit déjeuner avec Aude samedi, nous avons parlé travail en mangeant une mangue et le mot éléphant est venu dans la conversation ; pour finir nous avons échangé des livres. J’aime parler travail avec des collègues amis. Il faudrait toujours commencer la journée avec quelqu’un qu’on apprécie. Par une conversation légère qui n’a pas peur des silences.

Lundi, après-midi avec Marc Molk (je dois écrire une ékphrasis à un de ses tableaux, je m’y mets demain !), nous avons marché dans Paris en discutant (d’amour et d’histoire), quelques pauses (un café chic, un vendeur de macarons, une librairie, puis la place Saint-Sulpice pour manger une noix de coco en buvant du jus de gingembre). Le soir, avec Nes et Balthazar, nous avons vu le dernier Pixar, superbe, mais j’ai passé mon temps à avoir les larmes aux yeux. Trop éprouvant (comme l’a dit la petite fille de Marc le lendemain : “Mais il y a des chiens qui parlent !” Elle a raison, heureusement la vie a du sens car il y a des chiens qui parlent).

Mardi midi, pique-nique aux Buttes Chaumont sur l’herbe en pente. J’aime beaucoup ce parc, la cascade, le pont, les montagnes factices. Surtout des amis de Marc et d’Héloïse, Armand de Saint-Sauveur (l’éditeur du livre des préfaces), et Jakuta est arrivée (avec son copain), elle a essayé de me faire adopter des chats, puis elle a tenté de me convaincre de porte des slims. Aucune chance. Elle a trouvé le titre de son roman de janvier (et il est super).

Dernière salve de correction/relecture terminée. Le roman est là. Les sensations physiques de l’écriture ressemblent beaucoup à celles de la conduite d’un hydravion (je ne sais pas d’où vient cette idée, je n’ai jamais piloté un tel engin, je ne vais pas tarder à aller dormir je crois). Il y a des turbulences, des nuages, des oiseaux qui se prennent dans les hélices, il faut bien tenir le manche, la pression est forte, les secousses nombreuses, puis de temps en temps on se retrouve au dessus des nuages ou dans un ciel bleu et tout semble glisser, on flotte mais en avançant tout de même, c’est un état d’apesanteur contrôlé, on suit une route et rien ne fait obstacle, rien ne freine la course et les figures. Et puis fatalement, un orage arrive, une dépression atmosphérique. Dans Les années de voyage de Wilhelm Meister, Goethe parle de la volupté de la création dans un passage qui commence ainsi (citation reprise du dernier livre de Pierre Hadot) : “Avoir devant soi, tout le jour, la magnificence du monde et se sentir en état de la rendre soudainement révélée par le don de la peinture”. J’ai bien envie de lire les Conversations avec Eckermann. Mais j’ai quelques livres à terminer. Et j’aimerais bien trouver un roman policier à lire (du niveau de Dennis Lehane). Découverte de deux séries fabuleuses : Arrested Development (dans la veine Wes Anderson dixit Guillaume Tavard, et en effet il y a quelque chose de ça) et Eastbound & down (dans le veine Apatow, produite par Mac Cay et Will Ferrel -trois épisodes ont été réalisé par le génial David Gordon Green). En ce moment j’écoute Silver Jews (groupe défunt cette année) et le dernier album de Phoenix, Wolfgang Amadeus Phoenix. Il est 23h, j’écoute Where do the children play de Cat Stevens (chanson d’ouverture de Harold & Maude), j’arrose le petit olivier sur le petit balcon de l’atelier avec une vieille bouteille d’eau gazeuse, le pont Saint-Michel est calme, peu de circulation, j’aime cette ville. Ce fut une sacrée belle journée.

7 août 2009

Retour à la vie


C’est à dire à Paris. Je suis rentré un jour plus tôt que prévu. En Normandie, les produits alimentaires sont moins chers qu’ici, il y a la mer, des vacanciers, le sport local est le polo, tout le monde roule en 4×4 ou en Jaguar, il y a des salles d’arcades avec des jeux des années 90 et des fontaines. Par miracle je n’ai pas été malade (j’avais emporté un protège-matelas anti-acariens, et ça marche), Balthazar si, le pauvre, il a été rouge (avant même de se mettre au soleil), puis très blanc, puis très rouge (coups de soleil). L’observer changer de couleur a été une attraction de ce séjour. Notre hôtesse a été parfaite, elle possède une collection de guimauves multicolores, et disséminé un peu partout dans son appartement il y a son costume du carnaval de Rio. J’ai bien travaillé mon roman là-bas, j’ai lu, j’ai mangé des choses que je ne mange jamais (du melon, des haricots frais, du crabe, des côtes de porc) et l’eau était bonne.

Pfff. Il y a au moins trois prix pour le gingembre à Paris. 17 euros le kilo chez Naturalia, 2 euros le kilo chez Ed et 4 euros le kilo chez Monoprix (j’ai arrondi). D’accord celui de Naturalia est bio, mais bon c’est une racine, ça doit quand même être un peu protégé des pesticides, non ? Celui de Monoprix est bon (meilleur que les deux autres) et reste abordable. Il faudrait que j’aille voir chez Tang Frères. Je vais me faire une infusion j’ai la gorge enrouée.

Ce matin j’ai dit à ma psy : Je ne vois pas l’intérêt de partir en vacances si c’est pour ne pas travailler. On dit plein de drôles de choses en analyse, des choses qui nous échappent. Je ne sais pas quoi faire en vacances. J’ai bien essayé d’imiter les autres vacanciers mais honnêtement ce n’est pas passionnant. Je veux bien ne rien faire et rester sur la plage, mais il y a vingt quatre heures dans une journée je ne peux pas passer mon temps à ça. Les vacanciers ont trouvé des ruses pour ne pas s’ennuyer, ils forment des couples et ils font des enfants. Bien joué. Ces trois jours de vacances ont été agréables, mais je suis bien content que cela soit terminé. Je suis bien à Paris, j’ai construit du calme, un quotidien qui me convient, il y a des choses à faire avec Paris. Paris c’est comme la pluie. C’est beau mais au bout d’un moment ça fatigue. Il faut s’inventer des parapluies pour s’abriter de Paris, courir se réfugier sous des abris, se glisser sous les auvents. La pluie est là, on la voit, elle fait sa musique, on la retrouvera bientôt, mais nous sommes un peu à l’écart, et de temps en temps ce n’est pas plus mal.

Retour à la vie est le titre d’un de mes livres préférés. David Goodis en est l’auteur, et même s’il est publié chez un éditeur de polar, ce n’est pas un roman policier, mais une histoire d’amour.

J’ai vu All the real girls de David Gordon Green (réalisateur également de Pineapple express, une formidable comédie Apatow-sauf la scène d’action finale trop longue). Il faut voir ce film (avec l’épousable Zooey Deschanel). Gordon Green est déjà un grand cinéaste, il sera un des plus grands (c’est certain) Le film n’est pas distribué en France, mais en cherchant on le trouve facilement.

Aujourd’hui, j’ai donné de nouveaux dialogues à deux de mes personnages. J’y retourne.