30 septembre 2009

500 jours


Avec les garçons (l’Adcr, Balthazar, Fernet B.), tous les mois nous allons voir une comédie romantique. Cela peut-être un classique (The Shop around the corner) ou bien une nouveauté, comme ce soir : 500 jours (500 days of summer). C’est notre moment spécial. En général à la sortie on achète une boîte de Ben & Jerry’s (Haagen Dazs ce n’est pas notre truc), on va chez Bathazar ou à mon atelier, et , dans la pénombre, on écoute des disques de Belle & Sebastian, des Smiths, de Pulp et on parle des filles. Surtout on se plaint (c’est le privilège des réunions entre garçons) de leur incapacité à s’engager pour des relations sérieuses. On dirait qu’elles ne veulent que s’amuser, sans jamais rien construire. Dieu sait si nous faisons des efforts pour nous adapter à leurs goûts, dieu sait si nous faisons des concessions. Combien de fois avons nous renoncé à un film de Hawks qui passait à l’Action Christine pour assister à un combat de chiens ? Combien de fois avons nous abandonné la douce idée d’une romantique balade sur les quais de la Seine pour une atroce soirée dans une boîte de nuit bruyante ? Bon dieu y-a-t-il des femmes qui préfèrent les roses à un rail de cocaïne ? Existe-t-il des femmes pour qui les mots les plus doux sont « je t’aime » et non pas « open bar » ? Je commence à en douter. Dans la salle ce soir il y avait principalement de jeunes hommes comme nous. Quelques femmes les accompagnaient, on les sentait mal à l’aise, on sentait qu’elles pensaient déjà à aller boire des bières avec leurs copines et à draguer n’importe quel type en jean APC moulant. Ce film est notre film. Ce n’est pas un très bon film, mais il parle de nous, avec justesse et humour, de nos difficultés à rencontrer des filles avec qui envisager un avenir. Quand nous sommes sortis, l’Adcr, Balthazar et moi nous étions émus, et heureux de pouvoir partager notre émotion. Il n’y a qu’entre amis que cela est possible.

29 septembre 2009

hors-sujet


Cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps : j’ai fait un hors-sujet. Mon texte sur le tableau de Marc n’est pas du type demandé, j’ai écrit un essai, alors que j’aurais du écrire un texte de fiction. Je n’ai pas bien lu les consignes, me voilà replongé dans des souvenirs écoliers. Ce n’est pas bien grave ; écrire un texte de fiction me sera plus facile, c’est dans mes cordes.
Petit déjeuner dans un charmant petit hôtel du 1er arrondissement avec deux amies. Il y a avait des lustres surmontés de sortes de petits champignons abat-jour et une chaîne de montagne (les Alpes?) en cristal au milieu de la salle. Nous avons discuté en picorant ; tous les matins devraient être ainsi.

Une écrivaine que je ne connaissais pas (Nelly Arcan) vient de se suicider. Elle avait quasiment mon âge. Cela me fait penser à Marc Vilrouge qui est mort il y a plus de deux ans déjà (à trente six ans); lui est mort d’une crise cardiaque. Nous nous étions croisés quelques fois, nous nous étions retrouvés en Hollande pour parler de notre travail lors d’un salon du livre. Il avait un rapport douloureux au monde et aux autres, un rapport juste donc, il lui manquait une distance sans doute, quelque chose de doux et de fort pour se protéger et inventer. Il buvait trop, fumait trop, il avait l’impression de n’être pas soutenu, de n’être pas compris ; on devait se revoir pour boire un verre (il est important de s’entourer, de trouver des alliés bienveillants, des gens avec qui échanger quelques mots, avec qui prendre un café). Il est mort d’une crise cardiaque, mais il vivait de telle manière qu’il épuisait son corps, alors sa mort me fait penser à celle de Nelly Arcan J’avais lu les livres de Marc avant sa mort, je n’ai pas encore lu ceux d’Arcan Le suicide est mystérieux paraît-il ; il me semble que le non-suicide l’est aussi. En tout cas, il faudrait être là pour les gens que l’on sait, que l’on sent très sensibles et qui n’ont pas réussi à créer des ruses pour s’en sortir. Il faut veiller sur eux, veiller sur nous, prendre soin des vivants et penser aux morts. Quand j’ai appris la mort de Nelly Arcan, j’ai regretté de n’avoir jamais lu ses romans, de ne lui avoir jamais écrit un mot. C’est bête j’imagine.

Et puis il faudrait des signaux d’alarme dans la rue, comme ceux des trains, pour faire faire une pause au monde, tout arrêter sans mourir, et respirer. Parfois j’y pense, je l’imagine ce signal d’alarme, je m’assois, je joue de la trompette, j’apprends à être dans le présent et à figer le passé et l’avenir. C’est ce que Pierre Hadot appelle un exercice spirituel. La vie est atroce et pourtant il y a un plaisir incroyable à être simplement au monde. Il me semble que les raisons de vivre se fabriquent, comme la joie, on a prise sur notre vie, pas tout le temps, pas parfaitement, mais nous avons une grande capacité à façonner les choses et nos représentations. On devrait l’enseigner en classe ; parler d’Epicure, de Marc-Aurèle, de Spinoza, par exemple, certains livres nous donnent des armes. Ce matin j’ai passé du temps avec deux amies, à boire du thé, du café, à manger des tartines, c’est cela qui aide à vivre, les rencontres que l’on provoque, les gens dont on se sent proche et qu’on appelle.

27 septembre 2009

Réquisition


Découverte de Abha Dawesar. C’est Jakuta qui m’a parlé de cette écrivaine indienne ; la rencontre (très bien animée) avait lieu au Virgin Barbès ce samedi en fin d’après-midi. Je n’ai pas encore commencé son dernier roman, ça ne devrait pas tarder. La rencontre fut intéressante et vivante, cela donnait très envie de lire son travail.

Je commence un nouveau livre ces temps-ci, et comme à chaque fois, je suis excité et déboussolé. Je ne sais pas comment débuter, je doute, j’écris, je peine à organiser, et puis je ne suis pas satisfait de mes phrases. C’est ainsi pour chaque roman, à chaque fois j’ai l’impression de recommencer à zéro, d’être un jeune écrivain devant sa première tentative. Ce n’est pas vrai, on acquiert une sorte de métier, d’expérience, mais on ne le sait pas, on ne peut donc consciemment compter dessus. Et même si c’est angoissant, il est bien que l’on ne sache pas que l’on est pas vraiment un débutant.
J’ai très envie de réquisitionner l’avenue Trudaine ces jours-ci ; et de m’y installer. C’est un endroit parfait en automne.

25 septembre 2009

La préparatrice


Nous avions rendez-vous au café du Musée d’art naïf à la halle Saint-Pierre, un des endroits les plus calmes, beaux, agréables pour travailler de Paris. La préparatrice était là (comme dit Jakuta ce nom donne une idée de musée de la taxidermie ou de conte SM dans le milieu des graphomanes) ; mais elle n’était pas effrayante, c’était une femme adorable. Sa fonction est de lire le roman avant les épreuves. Elle est la Logique descendue sur Terre, la Rigueur Incarnée. Elle est un genre de super-héros : elle voit toutes les répétitions, tous les problèmes de temps (de concordance), toutes les failles logiques, qui ont échappé à l’auteur, et aux deux trois autres lecteurs de la maison d’édition. Page à page, nous avons donc réglé les problèmes qui demandaient à l’être (j’avais placé l’Hôtel de Ville sur l’île de la Cité, je me demande bien pourquoi -c’est troublant, les erreurs que l’on peut faire, comme si en cours d’écriture des évidences dérapaient un peu, comme si un décalage naissait dans ce simulacre de réalité du roman, je sais très bien que l’Hôtel de Ville n’est pas sur l’île de la Cité). Une chouette après-midi.

Cours de trompette ce matin. J’ai découvert le rôle de la langue dans la formation des sons (je me servais de ma langue, comme de mes lèvres, mais là j’ai vraiment compris le truc). Jouer de la trompette requiert beaucoup de technique en même temps qu’un oubli, une incorporation de cette technique. Ce n’est pas évident (mais bon honnêtement ce n’est pas si difficile et pourtant dieu sait si je suis peu doué pour apprendre -je regrette d’avoir commencé si tard j’avais cru tous ceux qui me disaient combien c’était un instrument difficile, je déteste ça, il faut que je me garde de dire ce genre de choses, bien sûr c’est difficile, comme tout, mais il y a une manière de casser le désir, l’enthousiasme en disant mon dieu c’est très difficile ; non, allons-y, essayons, lançons nous dans l’étude de ce qui nous attire). Roxane (ma prof) avait acheté une énorme brioche, très bonne mais je crois que je suis allergique au gluten (c’est une piste que j’explore en ce moment, j’aime bien l’idée de tout un rayon réservé aux miens dans les supermarchés -ceux qui ne mangent pas de gluten- comme les musulmans et les juifs, j’ai mes interdits alimentaires, j’ai ma sorte de religion, je me demande si les sans gluten ont des fêtes spécifiques dans l’année).

23 septembre 2009

je crois fermement que le monde vient à notre secours


Je viens de prendre un café avec Thierry Illouz au café des Deux Palais, face au Palais de Justice. C’est toujours un plaisir de se retrouver, et de parler. Nous partageons beaucoup de choses, de références, une même vision de la vie, du rapport aux autres, du pouvoir, du travail ; même si nos livres paraissent différents nous appartenons à la même famille. Au fil des années je rencontre des gens qui sont des alliés, je ne vois pas d’autre mot que celui-là, c’est exactement ça. L’automne est là, le gris du ciel est sublime, le froid débutant est pour moi une véritable chaleur, j’y suis bien. J’avais sous le bras trois toner d’imprimante que je renvoyais au fabricant pour recyclage ; et un recueil de textes de Milena Jesenska à la main, un livre lu il y a quelques années, je l’ai réouvert hier en me promenant dans ma bibliothèque et j’étais tombé sur cette phrase déjà soulignée par moi : « Je crois fermement que le monde vient à notre secours. On ne sait ni quand, ni comment, ni par quoi. Il survient inopinément, simplement, avec compassion. » Voilà une phrase qui a sa place en moi, qui navigue dans mon esprit tellement elle m’est proche. Plus loin il y a un merveilleux portrait de Kafka. Nous avons donc parlé de Kafka, et du temps que l’on met pour aller vers des écrivains qui nous sont proches, si proches que cela nous épouvante un peu, alors on reste à distance. Puis un jour, enfin on ouvre leurs livres, il est temps, nous avons grandit, nous avons écrit, nous sommes prêts pour la troublante proximité. Nous avons discuté de la Justice, des juges, et des profs, de ces métiers qui devraient être magnifiques mais qui participent à l’atroce reproduction sociale ; nous connaissons chacun des profs, des juges qui malgré tout essayent de gripper un peu la machine, de transmettre des armes en contrebande, ce sont de petites choses et c’est déjà ça. Nous avons parlé de mon départ en Allemagne le 5 octobre, de ce que je ferai là-bas dans ce château en lisière de la Forêt Noire ; et je ne sais pas pourquoi j’ai bu la dernière goutte de café et j’ai retourné ma tasse : il était écrit « schönwald ». Cela nous a étonné autant qu’enchanté. C’est un temps à coïncidences, un temps spécial, fertile et magique.

Lors du vernissage de l’expo Marc Molk lundi, quand Thomas Reverdy est arrivé, je lui ai dit : « Enfin un allié ». Je n’étais pas seul, Marc était là, et une de ses amies, et sa femme ; je n’étais pas sans allié, mais Thomas et moi étions les deux seuls un peu à part, pas habitués aux vernissages, dans notre coin. Je crois que toute ma vie j’ai cherché des alliés ; je crois que si on lève un peu les yeux de nous chaussures, on se rencontre forcément, il y a des chemins tracés dans ce monde en apparence froid et indifférencié.

20 septembre 2009

les indignations circonscrites


Deux documentaristes allemands m’ont suivi pendant deux jours, ce fut une expérience bizarre. Ils m’ont accompagné à mes rendez-vous (éditrice, atelier de Marc, amis, librairie, cours de trompette), ils m’ont filmé en train de travailler (ça ne sera donc pas un film d’action), sortant et rentrant de chez moi. Cela m’a épuisé ; même si j’avais comme consigne de faire comme s’ils n’étaient pas là, comme s’il n’y avait aucune caméra pointée, j’étais en représentation de sept heures du matin à minuit. Je me demande ce que ça va donner une fois monté (ils vont me filmer en Allemagne aussi) : la vie soporifique et routinière d’un écrivain neurasthénique dont l’essentielle des aventures palpitantes se passent à l’intérieur de son crâne (pas facile à filmer sans neurochirurgie).

Émission étonnante sur France Culture ce matin. Une femme représentant une loge maçonnique féminine parlait de la burqa et donnait de grandes leçons humanistes. C’est drôle quand on sait que les loges maçonniques pratiquent la ségrégation sexuelle. Quel humour (la prochaine fois j’imagine qu’un curé nous parlera du sida et un socialiste de Jaurès). Je trouve cela très bien que l’on se découvre enfin féministe. Mais ne nous arrêtons pas au voile et à la burqa, attaquons l’église catholique (une de mes grand-tantes a passé plus de cinquante ans enfermée dans un couvent), la franc-maçonnerie (à ma connaissance il n’y a qu’une loge mixte, celle du Droit Humain, bravo il faudrait que ce soit la principale loge ; il y en a d’autres peut-être ?), attaquons nous à nous-mêmes aussi. Soyons féministes, enfin, il est temps, mais pas seulement quand ça arrange la politique du gouvernement. Les indignations circonscrites sont le signe d’une hypocrisie pleine d’arrière-pensées.

Vendredi, soirée à la librairie l’Imagigraphe. Les auteurs de Collection irraisonnée de préfaces à des livres fétiches étaient invités par l’association littéraire Les Filles du Loir. Nous étions quelques uns : Nathalie Kuperman, Valentine Goby, Laurence Tardieu, Carole Zalberg, Stéphanie Hochet, Patrick Goujon, Diane Meur, Nicolas Michel, Armand de Saint Sauveur (l’éditeur) Thomas Reverdy et moi. C’était génial de se retrouver et d’échanger avec le public des adhérents, et entre nous, soirée chaleureuse et émouvante.

Nouvelle série sur HBO, Bored to death, première ce soir : Jason Schartzman jouant un écrivain fauché qui devient détective privé la nuit. Je crois que ce personnage va être mon nouvel héros, mon mentor secret, mon modèle.

Hier l’un de nous a vu son couple finir. Tout le monde est maintenant célibataire dans la bande (excepté le couple Tox & Sad -des chercheurs américains vont venir les étudier je crois). Ajoutons à cela ceux qui n’ont plus d’appart, ceux qui n’ont plus de travail, oui nous ferions un beau film de Wes Anderson (avec une touche de Judd Apatow). Nous sommes une espèce de franc-maçonnerie des gens à côté de la plaque, ridicules, dépressifs, bizarres, mais joyeux, curieux et passionnés. Nous sommes définitivement uncool et il n’y a pas de meilleur gang sur terre.

17 septembre 2009

La résistance des plantes d’appartement


J’ai terminé la préface à Une parfaite journée parfaite (qui sort chez Points seuil en janvier) et celle de De la pluie (qui sort chez J’ai Lu dans quelques mois), j’ai aussi mis un point final à l’ekphrasis du tableau de Marc Molk. Je me sens plus léger, je peux maintenant consacrer du temps à un projet de livre pour enfants illustré commencé il y a des mois ; et continuer mes autres projets en cours : le récit sur mon père et un livre d’histoires étranges illustrées par Quentin Faucompré.

Le petit olivier que l’on m’a offert il y a déjà trois mois se porte bien. Il est sur le balcon de l’atelier, les olives et les feuilles tiennent le coup (ce qui est très mystérieux car  en général je n’arrive pas à m’occuper des plantes que l’on m’offre -ça doit être un olivier stoïcien).

J’écoute Idle Moments de Grant Green et c’est mon disque de jazz préféré ces jours-ci. Grâce à l’Anonyme de Château Rouge (sur son site on trouve une incroyable photo de la lutte des ouvriers de Continental devant la Bourse -on dirait un tableau), vu un chouette film sur les Yes Men.

12 septembre 2009

Le roman d’un enfant sage


C’est le titre de la biographie que Alain Gerber consacre à Clifford Brown (mon trompettiste préféré avec pff plusieurs autres -et puis il a joué avec Sarah Vaughan). Je vais l’emporter en Allemagne. J’aime Clifford Brown pour sa musique bien sûr et aussi parce que c’est un jazzman auquel je peux (dans une certaine mesure) m’identifier (le côte enfant sage, pas de drogue, monogame, adepte d’une vie calme, joueur d’échecs). Il contredit tous les clichés que l’on associe aux artistes et c’est rafraîchissant. Voilà c’est un de mes héros. Cet après-midi j’ai découvert The Black Saint & the Sinner Lady, de Charles Mingus, et c’est superbe (même si je ne suis pas familier de cette musique moderne) (j’ai écouté You must believe in spring de Bill Evans, cela ne m’était pas arrivé depuis une éternité). Voilà comment une journée (qui avait commencé par un épisode dépressif) se trouve illuminée. Il y a des trésors partout il me semble. J’ai entamé le deuxième livre (deux textes assez courts) de Roberto Saviano, Le contraire de la mort, et comme Gomorra, et c’est toujours aussi bien écrit et passionnant. J’ai une nouvelle fois terminé le texte sur le tableau de Marc Molk.

12 septembre 2009

La stagnation : une victoire / une délinquance contre soi-même


La Belle Vie Saint Martin sert maintenant des plats, j’ai rejoins Balthazar et Nes pour un couscous (Mhamed pensait appeler les soirées spéciales couscous, le CouscousClan, ce qui est très drôle mais certains auraient pu mal le comprendre alors l’idée a été abandonnée). J’avais déjà mangé donc j’ai picoré dans leurs assiettes. La musique comme toujours était parfaite (de la soul). Bathlzar a démissionné de trois jobs différents en une semaine. Finalement il a retrouvé son ancien job, celui de l’année passée. Nous le félicitons pour ce retour à la case départ, la stagnation aujourd’hui est une victoire. C’était drôle. Moins drôles des histoires de Pôle Emploi, ce gros machin, ses employés incompétents, le désespoir que cela ajoute à des gens qui se retrouvent sans travail. Je suis étonné par le grand calme, la gentillesse du peuple, qui, alors qu’il y aurait toutes les raisons, ne s’énerve pas (encore un suicide à France Télécom). On nous a appris à exercer cette violence contre nous-même. Il est difficile de ne pas s’en prendre à soi d’une manière ou d’une autre, c’est le réflexe de notre civilisation, ce qui la caractérise c’est la terrible délinquance contre soi, pas contre les autres. Nous nous faisons mal parce qu’on nous traite mal ; il faudrait retourner cette colère

Dure journée hier, une amie allait mal. Je suis allé la retrouver gare d’Austerlitz, nous avons pris un déca, parlé. Quand il n’y a que le vide et qu’on ne voit pas d’espoir, il faut inventer, imaginer des pensées qui font du bien, et ça marche, on retrouve des prises sur ce vide, on se relève. La vie est atroce, mais nous n’avons jamais cessé d’être optimistes (mes amis et moi), par défi, par romantisme, et parce que ça marche, nous nous bricolons une sorte de vie où le plaisir a sa place. Ce vendredi cette amie a fini par aller mieux, des rires ont remplacé les larmes, l’amitié marche, il faut s’entourer. Besoin de me changer les idées. J’ai appelé ma prof et je lui ai fixé rendez vous pour qu’on me choisisse une trompette pour remplacer mon bon vieux flug. Nous sommes passés dans un premier magasin, mais il y a avait peu de modèles. Alors nous nous sommes rendu à Woodbrass, près de la cité de musique (je rêverais d’habiter ce quartier). J’avais quelques idées, j’en ai discuté avec ma prof et le vendeur. Nous avons pris quatre trompettes et nous avons passé deux heures à les essayer dans un des studios insonorisés. C’était très chouette. Défoulant. Finalement j’ai acheté un modèle argenté (avec des pistons du tonnerre) magnifique. Le jeu est nettement plus facile que sur mon bon vieux flug, les aigus sont plus aisés. Une trompette très très agréable.

Ce matin j’ai mal joué Summertime pendant une petite heure. Cela m’a rendu tout heureux. Puis j’ai accueilli un déménagement. Mon frère récupère mon studio pendant mon séjour en Allemagne. Il y avait plus de personnes que de cartons pour ce déménagement c’était drôle. Comme chaque samedi c’est la cohue à Château-Rouge, le marché est animé, on se bouscule gentiment. Je viens d’arriver à l’atelier : au travail.

10 septembre 2009

l’espadon empaillé


Je crois que la phrase que j’ai le plus dite cette année a été « J’ai terminé mon roman ». On a terminé d’écrire un roman jusqu’au moment où l’on pense à quelque chose à ajouter. Jusqu’à la prochaine relecture. Jusqu’à la soudaine illumination. Jusqu’à une remarque de l’éditrice. On passe son temps à avoir terminé. Ce n’est pas désagréable finalement. Le gros du travail est fait, le travail de force.

Petit déjeuner avec A. dans un drôle d’hôtel surchargé et d’une laideur dorée. La nourriture était pas mal. Nous papotons (travail, névroses, vocabulaire, ramassage de mûres) en pensant à notre camarade alitée en raison d’une crypto-grippe (à qui nous avions promis l’espadon empaillé, mais impossible de le voler). A. part de son côté (à vélo et parapluie), je passe chez Galignani (dont Lidell m’a dit le plus grand bien), je me promène et farfouille. Je demande le Genette dont m’a parlé Jakuta (enfin pas exactement, celui-là est un genre de best of), Discours du récit, mais ils ne l’ont pas. J’achète Du côté de chez Swann (je commence à faire mon sac pour l’Allemagne) dans la collection blanche chez Gallimard (en poche c’est vraiment écrit trop petit, et en Quarto à mon avis vu le poids cela doit être considéré comme une arme de catégorie deux). Appel de mon éditrice à propos de la présentation de mon roman. Courte promenade dans le Jardin des Tuileries (les jardins parisiens sont essentiellement fait de poussière, je me demande bien pourquoi ; alors que les parcs londoniens ont de l’herbe -c’est un autre rapport à la marche, à la distraction, un autre rapport au monde, et à l’art). Je vais à pieds à l’atelier. L’automne est là, une petite pluie, le ciel gris, les feuilles changent de couleur, un vent pas encore frais mais plus tout à fait doux. Quelque chose se passe, la ville reprend les nuances que l’été avait effacé, il y a quelque chose de plus vivant, de plus chaleureux. C’est un temps parfait. Des touristes étrangers, par deux fois, me demandent leur chemin. J’en rajoute un peu en sourire et gentillesse pour effacer la mauvaise réputation d’accueil des Parisiens (une légende à mon avis -c’est plutôt de la timidité).

Propositions de couverture de la part de François Durkheim le directeur artistique de J’ai Lu pour De la pluie qui sort d’ici quelques mois. Les deux propositions sont intéressantes. Pas encore d’image de couv pour mon roman de janvier à l’Olivier.

L’ekphrasis d’après le tableau de Marc est terminée. Je l’ai déjà terminée trois fois hier et deux fois aujourd’hui.

9 septembre 2009

trousse d’urgence


Je suis allé voir mon médecin ce matin pour faire le point. Elle a pris connaissance de l’EFR pratiqué par ma pneumologue, tout va bien, mon asthme est bénin et bien traité. Quand je lui ai demandé de me concocter une trousse d’urgence pour mon séjour en Allemagne, ma doctoresse m’a rappelé que je n’allais pas dans un pays sous-développé. Je me suis senti un peu bête (j’ai un instant pensé protester, trouver des arguments pour étayer mon point de vue, en parlant de l’alimentation différente et donc des réactions différentes des médicaments, mais comme souvent, elle avait raison, et je le savais).

Le meilleur gingembre, le plus frais et un des moins chers (même pas 4 euros le kilo) se trouve au marché Déjean à Château Rouge. Comme je ne bois plus d’alcool, c’est devenu ma boisson forte. Et puis c’est agréable, le parfum du gingembre tout juste épluché embaume l’atelier.

Je suis en train de terminer d’écrire l’ekphrasis pour un tableau de Marc Molk. Dans le même temps j’écris une postface à un de mes vieux livres, Une parfaite journée parfaite, qui sort enfin en poche (chez Points Seuil en janvier, c’est à dire en même temps que mon nouveau roman). Comme lecteur j’ai toujours aimé les postfaces et les préfaces des auteurs à leurs propres livres. Quand j’étais adolescent je dévorais celles de Stephen King, plus tard celles de Graham Greene et de Henry James. L’écrivain y parle sur un ton plutôt détendu des circonstances de l’écriture du livre, de la composition, des influences, et il parle aussi de lui. Il y a quelque chose d’une discussion dans un café avec un auteur qu’on aime bien (enfin plutôt un monologue), une familiarité désacralisante. Cela permet de dire, voilà notre travail c’est ça.

Ce matin Mary Lou Williams, The London Sessions.

8 septembre 2009

la création continue d’imprévisible nouveauté


L’expression est de Bergson (qui l’employait peut-être dans un sens éloigné de celui que je lui donne -peu importe). C’est ce que j’aime dans les romans. Une nouveauté reliée au passé, irriguée, qui nous surprend sans nous laisser de côté, qui nous évoque des choses tout en nous emmenant plus loin, vers des pensées, des images inédites. Et l’imprévisible n’est pas réservé au lecteur. Même si un romancier a pris pas mal de notes, a une certaine structure en tête et ses personnages, le travail d’écriture est une aventure, des choses surgissent auxquelles il n’avait pas pensé quelques secondes avant (cela fonctionne un peu comme l’association libre en psychanalyse). L’écrivain est à la fois dans un état de contrôle et de perte de contrôle. C’est ainsi que nous sommes, à la fois créateurs et premiers lecteurs, aussi surpris par les développement de l’histoire que nous racontons.

Petite pause avant de reprendre la lecture de mon manuscrit (j’ai encore trouvé pas mal de choses à corriger, des détails, mais les détails sont importants).

8 septembre 2009

la lumière


La lumière était particulièrement belle ce matin. Je crois que ce que j’aime dans le matin c’est le calme, un calme de campagne. Je retourne à la dernière lecture de mon roman (en écoutant Teddy Wilson « 1936-1937 », avec Billie Holiday).

7 septembre 2009

guillemets


J’ai hésité entre les guillemets anglais et les guillemets français dans mon roman. Ces derniers l’ont emporté. Une chose est sûre : je n’aime pas les tirets pour indiquer un dialogue. Il y a bien d’autres moyens.

Discussion sur la langue française avec un ami qui prépare le concours pour devenir professeur des écoles (instituteur). Plus précisément sur ces gens qui ne supportent pas d’entendre parler de la moindre réforme de l’orthographe (ou de la grammaire). Des gens qui s’enflamment si on propose d’écrire nénufar à la place de nénuphar (j’imagine que cela leur donne enfin l’occasion de mener de vrais combats et de montrer ce que courage veut dire -leur inaction quotidienne s’en trouve pardonnée, ils me font penser à ces ex-soixanthuitards, ex-mao, ex-rouges, qui ayant abandonné tous leurs combats, se rebellent contre ce « fascisme » de l’interdiction de la cigarette dans les lieux publics). Ce fétichisme de la langue s’accorde à l’esprit de sérieux de ce pays. Finalement, c’est une langue que personne n’écrit correctement (pas même ceux qui l’enseignent) (j’en sais quelque chose, un manuscrit est lu mille fois par l’auteur, par un ou deux éditeurs, par plusieurs personnes dans la maison d’édition et enfin par un correcteur, il reste toujours des fautes – quelques correcteurs ont une connaissance parfaite de cette langue, mais c’est un travail à plein temps). Surtout pas ceux qui en défendent les difficultés, les illogismes. Il y a chez ces personnes un reste (de l’ordre d’une douzaine de kilos placés entre le coeur et les poumons) de catholicisme (même s’ils sont souvent athées) : il est bien de souffrir et que les autres souffrent. C’est la base de notre éducation nationale, apprendre par le déplaisir et en obéissant, camoufler le désastre social sous le désastre de l’intelligence de l’écolier, institutionnaliser l’humiliation. Je ne crois pas, je n’ai jamais cru (dieu sait si j’aimerais) à cette séparation de l’église et de l’Etat. J’ai souvent vu des établissements confessionnels ou alternatifs qui avaient de la considération pour les élèves, qui mettaient le plaisir et le dialogue au centre de leur projet éducatif. Tandis que l’école publique… Défendre l’école publique, c’est défendre l’hypocrisie et la reproduction sociale. J’en ai (et mon frère, et mes amis) une expérience trop dure. Mais un peu partout dans le monde, en France même, des gens réfléchissent à des façons de faire autrement, portent des projets magnifiques mais isolés. Je m’étais rendu dans une école en Finlande il y a quelques années, une école publique. Une telle école pourrait être un modèle pour nous. Si seulement nous consentissions à considérer l’idée même d’un modèle extérieur.

7 septembre 2009

un chat vient d’entrer


Un chat vient d’entrer dans l’atelier, un beau chat gris, il s’appelle Pacha. Les chats s’allongent sur les claviers d’ordinateur, celui-ci vient de se poser sur mon manuscrit. Vendredi j’ai vu mon éditrice, on s’achemine tranquillement vers les épreuves (dernière occasion de relecture et de corrections).

Ce matin je me suis levé à cinq heures trente. J’étais un peu fier de commencer ma journée alors que tout le monde dormait encore. Une fois descendu dans le métro (Château Rouge) je me suis aperçu de ma présomption idiote, les rames sont remplies, cela n’a rien d’exceptionnel. J’ai l’impression qu’il y a davantage de monde aujourd’hui qu’il y a quelques années (à cause de la dégradation des conditions de travail, de l’interim). Je disais dans le précédent post qu’il y avait peu de blancs, en fait ce n’est pas vrai. Certes il y en a moins qu’à neuf heures, mais ils sont là, le point commun de ces gens fatigués est d’être des travailleurs pauvres.

Stéphane me dit qu’il rencontre souvent des gens qui n’ont pas lu Proust et qui en sont honteux. C’est dommage, il faudrait les rassurer. Il n’y a pas de fierté à en tirer, mais ne pas avoir lu La Recherche ne devrait pas être cause de gêne, c’est triste, ça dit quelque chose du climat culturel de ce pays. La littérature comme mode d’exclusion, comme monstre qui fait peur. Ne pas l’avoir encore lu La Recherche c’est la chance de la découvrir un jour.

Deux citations trouvées dans le revue penser/rêver :

« En réalité les hommes ne sont pas tombés aussi bas que nous le redoutions, parce qu’ils ne s’étaient absolument pas élevés aussi hauts que nous l’avions pensé d’eux » S. Freud, Considérations actuelles sur la guerre et la mort (1915).

« Toi-même est le mésusage que tu fais de toi » (Thy self is self-misused), W. Shakespeare, Richard III.

Je vais réveiller Pacha pour prendre mon manuscrit et le lire une dernière fois (il doit être plein d’éclats de rêves félins).

7 septembre 2009

Proust


Je n’ai pas encore lu La Recherche du Temps Perdu. J’ai commencé il y a des années, mais sans poursuivre bien loin. Evidemment comme Stéphane (Heuet) l’adapte en bande dessinée, Proust revient souvent dans nos échanges (et j’ai lu Contre Sainte Beuve). Je pars en Allemagne début octobre, c’est là-bas que je compte lire La Recherche (ainsi que les Essais de Montaigne, traduits en français moderne par un prof d’université à la retraite, c’est de l’auto-édition de grande qualité). Un autre ami est en train de la finir, il m’a parlé du Temps Retrouvé hier, du travail de l’écrivain dans ce livre qui est « de passer de l’impression à l’expression ». Il m’a aussi dit « Tout travail d’écrivain est un travail de traducteur ». Comme toute lecture est une traduction d’ailleurs. (Je repense à un petit livre sur la traduction intitulé Bréviaire du traducteur, de Carlos Batista. Je ne me souviens plus du livre, de son contenu, il était divisé en fragments je crois). J’ai entendu des gens plutôt intelligents dire ne jamais lire de traductions car tout se perdait du passage d’une langue à l’autre, oubliant que toute lecture est déjà une traduction, plus insidieuse car on se figure parler la même langue que l’auteur. Les plus grands malentendus d’un écrivain sont avec les lecteurs de son propre pays, de sa propre langue, à cause de cette familiarité, de cette illusion d’évidence créée par une langue commune.

Les journalistes littéraires sont de drôles d’animaux, des animaux des Fables de La Fontaine (ou de la Comédie Humaine, et puis Balzac leur a consacré un petit livre). J’en connais et j’en lis de très bons, et souvent ce ne sont pas ceux des journaux les plus prestigieux qui parlent le mieux des livres, ce sont de petites mains, des pigistes, des journalistes isolés dans leur rédaction, ou bien en province, en Suisse, en Belgique, loin de Paris. J’en lis surtout des médiocres. J’envie les metteurs en scène de cinéma car les critiques parlent de travelling, de plan, de séquence. Il y a des machines (caméras, rails, grues, éclairages), donc on peut parler technique dans la création, des effets qu’elle produit. Les journalistes littéraires oublient (mais pour leur défense il faut dire que la majorité des écrivains en France ne le savent pas non plus) que le travelling, que le gros plan, la séquence sont des inventions de la littérature. Un roman c’est une forme, l’auteur se sera servi d’une caméra plus souple que n’importe quelle steady cam (allez disons-le un écrivain utilise des trucs, comme les magiciens -car il est un magicien de cabaret). Il n’y a rien de noble dans le travail quotidien de composition (mais on peut trouver noble le simple labeur). Nous bataillons pour des détails, nous traçons des lignes, posons des jalons, nous changeons des paragraphes de place, nous donnons tel couleur à telle chose, nous utilisons des symboles, des renvois, c’est un vrai champ de bataille. Je ne dis pas que les journalistes devraient pondre des articles uniquement techniques (l’université doit s’y employer j’imagine), iil ne s’agit pas de « dévoiler le montage impie de la fiction », mais de montrer que des choix de forme donnent du sens (surtout dans les livres romanesques, car on veut bien voir de la forme mais uniquement dans les livres les plus évidemment formels c’est un peu facile). Que l’on arrête de croire à cette fiction de l’artiste créateur incréé touché par le grâce de l’inspiration (qui existe certes, mais si nous sommes inspirés c’est que nous avons beaucoup travaillé, que nous avons vécu et fait quelque chose de ce qui nous est arrivé, de ce que nous avons vu). Tout est manigancé, comme un crime, et les détails ne sont souvent pas anodins, la profession d’un personnage, le lieu où il habite, la manière dont il s’habille. Un roman est une composition, c’est un tableau. Souvent les articles n’abordent que l’histoire (mais il y en a peu dans les romans en France -cela change ces temps-ci), ou bien les sentiments (un bon livre sera un livre émouvant), ou bien la morale (suivant les journaux on applaudira l’humanisme ou le nihilisme). J’ai lu pas mal d’articles sur deux trois livres que j’aime dans cette rentrée littéraire et j’ai souvent été déçu par la superficialité des raisonnements. J’ai entendu des arguments comme « L’écriture n’est pas assez contemporaine » (cela semble être un acte de délinquance). Passons. Il y a un phénomène étonnant quand on est écrivain : on est touché par des articles écrits par des gens que l’on estime pas. Articles positifs ou négatifs. Quand ils sont positifs on ne s’en formalise pas (il y a une petite gêne, comme si on était embrassé par une fille jolie et bête). Quand ils sont négatifs on est doublement blessé, car on se rend compte du paradoxe de la situation : ce que disent ceux que l’on méprise compte pour nous alors que cela ne devrait pas. On peut travailler à changer ce trait névrotique. Il y a une sorte de gymnastique à faire pour se tenir à distance de cela, pour ne pas être touché. Ce n’est pas simple car le désir de reconnaissance est ancré en nous depuis l’enfance, l’école nous éduque à cela, à guetter l’approbation de ce que l’on estime pas, comme un réflexe conditionné. Il faut s’en défaire. Une manière est de ne pas lire les articles consacrés à notre travail ou de demander à nos attachés de presse de nous communiquer uniquement les articles présentants un degré minimum d’intelligence (positifs et négatifs). Mais, il faut s’y faire : dans la plupart des cas, on n’échappe pas au malentendu (parfois cela dure des siècles et des siècles, c’est le cas d’Epicure, c’est le cas des cyniques). Heureusement il y aura toujours une minorité (qui contient des journalistes) qui aura une lecture consistante de notre travail. Woody Allen a écrit : « If I was giving advice to younger people, I would tell them to not listen to anything–don’t read what’s written about you, don’t listen to anybody–just focus on the work. »

3 septembre 2009

l’automne en été


Depuis quelques jours je me lève tôt (depuis le petit déjeuner pris avec une amie dans un joli hôtel -c’est nettement plus agréable que n’importe quel déjeuner ou dîner, nous étions quasiment seuls, c’était en dehors du temps), c’est très agréable. C’est le cas pour beaucoup de gens, le métro est plein, et j’imagine que c’est pour se rendre à des boulots pas très exaltants, ce sont les pauvres qui se lèvent tôt, pas besoin d ‘être sociologue pour le voir, ce sont surtout des pauvres d’origine étrangère (à partir de 8h les blancs sont majoritaires). J’aimerais bien me lever encore plus tôt, je vais m’entraîner (comme ma vie sociale le soir se réduit de plus en plus ça ne devrait pas être difficile).

La nouvelle saison de Mad Men commence, je suis impatient de retrouver les personnages de ma série préférée (on est à cent coudées au dessus de True Blood et consorts). Préférée ex-aequo avec In treatment qui n’aura peut-être pas droit à une troisième saison. Le Nietzsche de Zweig est très bien.

Dîner chez Thomas et sa petite famille. Nous avons parlé travail, projets, romans. Il y a quelques écrivains qui sont des amis, nous partageons un même rapport à tout le cirque, nous habitons Paris, mais c’est un Paris qui a quelque chose de la campagne ou de la forêt (à propos, une amie m’a conseillé L’ascension du Mont Ventoux de Pétrarque). Nous avons mangé d’étonnants poissons argentés et, en dessert, des gâteaux colorés. Hier deux heures chez Cha-Jin, une des meilleures adresses pour le thé japonais, avec Marc Molk, Eli et son ami. Nous étions dans la petite salle avec les tatamis, beau moment (sencha et matcha, et quelques petits gâteaux) Cela s’est terminé en discussion politique (la pâte de haricots rouge avait peut-être fermenté) pas vraiment nécessaire, car tout le monde sous couvert d’idées sérieuses défendait son histoire, sa famille, son enfance, ses névroses.

La psychanalyse n’est pas un exercice de style. On ne commence pas une thérapie par curiosité intellectuelle, mais en raison de souffrances qui empêchent de mener une vie à peu près normale. Cela fait quelques années maintenant que j’ai commencé. Je disais à ma psy à quel point mes séances me servaient dans mon travail d’écriture comme mon travail d’écriture m’aidait dans mon travail sur moi-même. Mon bureau et le cabinet de ma psy sont deux chambres d’échos, les mots prononcés dans l’une prennent du sens dans l’autre. Travailler à aller mieux, à mieux me comprendre, sert mes romans, comme travailler mes romans (dont le personnage principal mène toujours une quête) me sert à me construire. Drôle de métier que l’écriture (le débat « métier, artisanat, condition » ne m’intéresse pas).

Il n’y pas de plus beau soleil que le soleil d’automne (nous sommes encore en été, mais l’automne est là).

2 septembre 2009

Mon grand-père


Mon grand-père était policier, il est aujourd’hui à la retraite évidemment et il a publié le récit de cette enquête très particulière dans le Cercle (la revue des commissaires). C’est un texte que j’aime beaucoup, par ce qu’il dit de mon grand-père (de sa morale et de son humour), et surtout parce qu’il montre que l’on peut agir en suivant sa propre éthique dans une société qui en manque singulièrement (cela n’a pas changé, remplaçons l’avortement par les sans-papiers). Ce n’est rien d’éclatant, c’est modeste, il n’y a pas de coup d’éclat, mais je crois que l’héroïsme se trouve dans une telle conduite, c’est un héroïsme discret et imaginatif et au final qui marche, qui aide des gens et rend le monde un peu moins dur, un peu moins moche. La résistance c’est ça, des ruses, des micro-actions, tenir sur des principes. Si on l’appliquait, il n’y aurait pas besoin régulièrement de Résistance armes au poing. La carrière de mon grand-père, d’après ce que j’ai compris, n’a pas été facile à cause de ses positions, et peu importe, au moins s’est-il conduit en être humain. Ce n’est pas courant.

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Jean Page