7 septembre 2009

J’ai hésité entre les guillemets anglais et les guillemets français dans mon roman. Ces derniers l’ont emporté. Une chose est sûre : je n’aime pas les tirets pour indiquer un dialogue. Il y a bien d’autres moyens.

Discussion sur la langue française avec un ami qui prépare le concours pour devenir professeur des écoles (instituteur). Plus précisément sur ces gens qui ne supportent pas d’entendre parler de la moindre réforme de l’orthographe (ou de la grammaire). Des gens qui s’enflamment si on propose d’écrire nénufar à la place de nénuphar (j’imagine que cela leur donne enfin l’occasion de mener de vrais combats et de montrer ce que courage veut dire -leur inaction quotidienne s’en trouve pardonnée, ils me font penser à ces ex-soixanthuitards, ex-mao, ex-rouges, qui ayant abandonné tous leurs combats, se rebellent contre ce « fascisme » de l’interdiction de la cigarette dans les lieux publics). Ce fétichisme de la langue s’accorde à l’esprit de sérieux de ce pays. Finalement, c’est une langue que personne n’écrit correctement (pas même ceux qui l’enseignent) (j’en sais quelque chose, un manuscrit est lu mille fois par l’auteur, par un ou deux éditeurs, par plusieurs personnes dans la maison d’édition et enfin par un correcteur, il reste toujours des fautes – quelques correcteurs ont une connaissance parfaite de cette langue, mais c’est un travail à plein temps). Surtout pas ceux qui en défendent les difficultés, les illogismes. Il y a chez ces personnes un reste (de l’ordre d’une douzaine de kilos placés entre le coeur et les poumons) de catholicisme (même s’ils sont souvent athées) : il est bien de souffrir et que les autres souffrent. C’est la base de notre éducation nationale, apprendre par le déplaisir et en obéissant, camoufler le désastre social sous le désastre de l’intelligence de l’écolier, institutionnaliser l’humiliation. Je ne crois pas, je n’ai jamais cru (dieu sait si j’aimerais) à cette séparation de l’église et de l’Etat. J’ai souvent vu des établissements confessionnels ou alternatifs qui avaient de la considération pour les élèves, qui mettaient le plaisir et le dialogue au centre de leur projet éducatif. Tandis que l’école publique… Défendre l’école publique, c’est défendre l’hypocrisie et la reproduction sociale. J’en ai (et mon frère, et mes amis) une expérience trop dure. Mais un peu partout dans le monde, en France même, des gens réfléchissent à des façons de faire autrement, portent des projets magnifiques mais isolés. Je m’étais rendu dans une école en Finlande il y a quelques années, une école publique. Une telle école pourrait être un modèle pour nous. Si seulement nous consentissions à considérer l’idée même d’un modèle extérieur.

  • 1. toxic  |  9 septembre 2009 à 11h30

    Ah, je suis bien d’accord. On est sensé utiliser une langue alphabétique à l’image de la langue orale mais son immobilisme récent, dû,j’en suis convaincue, à un mouvement visant à circonscrire l’accès à la connaissance, en fait de plus en plus un système ideogrammatique idiot. Les reformes d’orthographes/grammaires/conjugaison, c’est la lutte des classes, pas de doute là-dessus.
    Les linguistes, et même l’académie française, sont d’ailleurs généralement partisants des réformes. Contrairement aux tenants de la haute culture, qui préfèreront, par snobisme, mépriser les « après que+subjonctif »… (alors que, comme tu le dis, ils ne sont pas plus capables que les autres, à un niveau différent, d’écrire parfaitement la langue française).

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