30 décembre 2009

lectures


Le roman d’un enfant sage (sur Clifford Brown), Alain Gerber ; Erasme, Stefan Zweig ; Les refusants (une sorte de suite à Des Hommes Ordinaires, de Ch. Browning), Philippe Breton. Bien sûr j’ai lu le roman de Jakuta Alikavazovic et celui de Valérie Zenatti. (je ne parle pas des livres de mes amis ici, mais disons que les conseille, je les ai beaucoup aimé). J’ai bien envie de lire Propos sur la peinture du moine citrouille-amer de Shitao.

« Percevoir les choses comme étranges, c’est transformer son regard de telle manière que l’on a l’impression de les regarder pour la première fois, en se libérant de l’habitue et de la banalité. » Pierre Hadot.

Vu Funny People. Pas terrible. Bonne première partie, le reste est de la guimauve conventionnelle. Cela aurait pu donner un grand film, dommage, et puis un beau personnage est à peine exploité. En même temps c’est troublant si on voit dans Adam Sandler comique talentueux, mais acteur de mauvais films, un autoportrait d’Apatow, réalisateur talentueux qui maintenant riche et célèbre est rattrapé par la conformité. Fantasme de mort pour être lavé de ce succès qui la paralyse. Un film intéressant mais raté donc, un film symptôme.

30 décembre 2009

Contrôler


J’ai reçu mes exemplaires de Une Parfaite journée parfaite. La première édition de ce livre était truffée de coquilles, de problèmes. J’ai corrigé et nettoyé le texte, sans toutefois le réécrire (la tentation était forte, car je n’écrirais pas ce livre ainsi aujourd’hui, il y a des choses qui ne me plaisent pas, mais il aurait été malhonnête de le faire, cela aurait été une trahison). Il sort le 14 janvier. J’ai écrit une postface, exercice que je compte bien réitérer à chaque fois qu’un de mes livres sortira en poche, c’est une manière de s’adresser aux lecteurs, de discuter cuisine, de parler du contexte, de l’époque. Léger problème dans cette version poche de Parfaite : il n’est pas écrit « postface », et aucune page blanche ne sépare la fin du roman du début de la postface. Dommage, illogique, pfff. Et le correcteur a supprimé un guillemet fermant. Bon, ce n’est pas très grave, ça sera rectifié. Tout engage un écrivain à contrôler les choses. Nous travaillons avec des gens de bonne volonté mais que j’imagine fatigués et en sous effectifs, assommés par la succession des livres. Je ne m’occupais de rien les premières années, pour mes premiers romans ; mais quelques catastrophes (de couverture, en édition originale et en poche ; de corrections -je me souviens d’un correcteur qui avait changé le nom d’un oiseau que je citais, je me souviens d’un autre correcteur supprimant des pronoms pour faire commencer des phrases par le verbe…) m’ont incité à surveiller les choses, à contrôler. Et puis c’est l’occasion de discussions avec les éditeurs les directeurs artistiques, les correcteurs. Tous n’y sont pas habitués, il faut les y aider (parfois fermement).

30 décembre 2009

gaibei


Thés découverts hier : galette de pu er n°54 de 2005 (shu) et pu er vrac n°31 de 2008 (sheng ; agréable, je le trouve différent de la pasha, mais Gilles -de la maison des trois thés- me dit que ce sont deux thés très similaires, je vais donc regoûter la pasha que je n’avais pas vraiment aimé -en tout cas je suis curieux de trouver un jeune pu er que je pourrais aimer). Thés de la Maison des Trois Thés. Rayon oolongs, mon préféré reste Tai Bai Zui Jui, mais c’est un thé d’exception (donc cher cher cher), je vais le garder pour des moments particuliers, ça pourrait être mon thé du dimanche (en oolong miellé de tous les jours le Wu Yi de Taïwan ou le Beauté Académique sont très bien, il faudrait aussi que je réessaye le si ji chun 2). Stéphane (teamasters) m’a envoyé un échantillon d’un gao shan cha (récolte fin novembre 2009). Je ne connais pas bien ce type de thés. Cela avait pour moi un côté trop translucide, pâle, léger. Je me trompais. Saveur incroyable. C’est sublime.

J’ai un caractère obsessionnel ; quand je m’intéresse à quelque chose je n’ai pas tendance à être raisonnable. Manière de peupler l’univers, de le remplir.

Mon premier gaibei/gaiwan. Je m’étais habitué à la théière en porcelaine, puis en terre. Et voilà qu’un gaibei (ils appellent cela un zhong je crois à la maison des trois thés) fait son apparition. C’est plutôt joli, pas cher (en cas de casse ce n’est donc pas un drame), et puis on peut admirer les feuilles, on contrôle bien l’infusion. Pour les gao shan cha, baozhongs, thés verts, certains oolongs, ce sera donc désormais gaibei.

27 décembre 2009

dimanche


Très bon article de Pierre Assouline sur son blog. Je ne suis pas toujours d’accord avec lui. Là oui. Et puis il termine en parlant d’un de mes sujets fétiches : les couvertures. Il y aurait tant à faire dans ce domaine en France. Peut-être que l’essor du livre électronique invitera les éditeurs à repenser les romans papier, à en faite de beaux objets (couverture comme occasion de création, hardcover, papier de meilleure qualité).

Après-midi passée en compagnie de la galette Yiwu 2003 de Teamasters. C’est un pu er sheng (cru et ici assez jeune), mais déjà très bon. Ce thé est inépuisable, avec quelques grammes, un nombre d’infusions incroyable (je me suis arrêté à douze, j’aurais pu continuer). Ce soir je retrouve le (pu er) vrac 28 de 1998 que je n’avais pas goûté depuis des mois.

« (…) sa méfiance face à la nouveauté n’a d’égal que son scepticisme à l’égard du passé. » , Peter Ackroyd, Shakespeare.

Belle journée, la dépression s’est dissipée. Lectures, prise de notes, paresse, déplacement d’idées d’un endroit de mon cerveau à l’autre (câbles, ascenseur). Hier soir dîner avec ma cousine au Pho 67 mon restaurant préféré (nourriture vietnamienne, simple et pas chère). Le quartier (Saint-Michel) est une énigme pour qui veut manger, il y a trop de restaurants, tous ont l’air destinés aux touristes. Celui là fait exception. Ce matin café croissant dans un café de Gambetta avec une vieille amie.

Oscar Peterson, Exclusively for my friends (une pensée pour Laurent Sagalovitch, nouveau Canadien).

25 décembre 2009

canapé


Comme le dit mon frère : Jennifer Jones n’est pas morte de la grippe A, c’est pour cela que personne n’en a parlé. Quand j’étais adolescent j’avais collé une photo de Jennifer dans mon cahier de texte, en noir et blanc, extraite de Ruby Gentry (photo célèbre, elle est à genoux, une winchester entre les mains).

Deux merveilles : Bai Ji Guan, un thé de rochers (maison des trois thés) et Tai Bai Zui Jin un oolong miellé taïwanais (maison des trois thés), un thé superbe, d’ores et déjà un de mes préférés (mon préféré ?). Découverte de la galette 33 de 2002 (j’avais passé un petit moment avec la galette 31 en dégustation sur place, extra, je la préfère je pense -mais pff hors de prix, impossible de l’acheter – la 33, elle, est abordable) qui accompagne maintenant mes soirées.

Mercredi soir, soirée dvd-canapé avec Lidell. Le video-club près du métro La Fourche est super ; Mc Do avalé en deux minutes sur le trottoir dans le froid devant le Monoprix. Nous avons (re)vu Stepbrothers (et nous avons parlé pendant le film, et récité des dialogues, trop bien). Soirée parfaite.

Sortie du nouveau numéro de la revue « Témoigner. Entre histoire et mémoire. » Ma mère, Christiane Page, y a écrit un article sur Charlotte Delbo. L’article commence sur une citation d’une pièce qui s’appelle Une scène jouée dans la mémoire. C’est un très beau titre.

J’aime particulièrement écrire pendant les fêtes. Je ne sais pas pourquoi. Quelques films à voir. Le rideau blanc, Max et les maximonstres.

« Seuls les mots qui sont des images demeurent. Le reste est un brin de paille. Pourtant il me fallut des années pour me libérer des érudits, de leur tutelle, de leur sourire supérieur, et revenir à mes amis fidèles qui savaient qu’un homme n’est rien d’autre qu’une pelote de faiblesses et de peurs. Il ne faut pas en rajouter. S’ils ont le mot juste, ils vous le tendent comme une tranche de pain en temps de guerre, et s’ils ne l’ont pas, ils restent assis près de vous et se taisent ». Aharon Appelfed, Histoire d’une vie.

24 décembre 2009

cadeaux de Noël


Une discussion entre Alain Badiou et Alain Finkelkraut : .

« Qu’est-ce que c’est que le monde quand on l’expérimente à partir du deux et non pas de l’un ? Qu’est-ce que c’est que le monde, examiné, pratiqué et vécu à partir de la différence et non à partir de l’identité ? Je pense que l’amour, c’est cela. »  / « Disons que l’amour est une aventure obstinée. » / « La déclaration d’amour est le passage du hasard au destin. » / « Dans l’amour, la fidélité désigne cette longue victoire : le hasard de la rencontre vaincu jour après jour dans l’invention d’une durée, dans la naissance d’un monde. » Alain Badiou, Éloge de l’amour (entretiens avec Nicolas Truong, Flammarion).

Quelques liens : dedefensa / paul jorion / paul moreira / frédéric lordon / là-bas si j’y suis / the book design review / martin winckler / maître eolas / la galette de thé / liqueur de thé / émotions de thé / jardin de thé / teamasters / blackteapot

Isaac Bashevis Singer : (…) « D’ailleurs je parle toutes les langues avec un accent ». Philip Roth : « Pas le yiddish, tout de même ? » Isaac Bashevis Singer : « Eh si. Les Litvak disent que je le parle avec un accent ».

« Il n’y a pas de passé vers quoi il soit permis de porter ses regrets, il n’y a qu’une éternelle nouveauté qui se forme des éléments grandis du passé; et la vraie nostalgie doit être toujours créatrice, produire à tout indstant une nouveauté meilleure. »
Goethe, Entretiens avec le chancelier von Müller, 4 novembre 1823

« Quel fut le moyen de propagande le plus efficace de l’hitlérisme ? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme ? (…) Non, l’effet le plus puissant ne fut pas obtenu par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux (…). Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaire et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente ». Victor Klemperer, LTI (« la langue du troisième reich » est le sous-titre de la traduction française ; « Notizbuch eines Philologen » celui de l’édition originale). C’est un livre que l’on trouve en poche et il n’y a pas de meilleur cadeau de Noël. Il faut défendre la langue (pas la défense bête de ceux qui se battent pour conserver un accent circonflexe sur tel mot), défendre les mots contre l’usage qui en fait par ceux qui installent peu à peu dans les consciences la barbarie à venir.

Stendhal : « Article 23 : Dix fois par an, le privilégié pourra être transporté au lieu où il voudra, à raison d’une heure par soixante lieues ; pendant le transport il dormira ». (Les privilèges, avril 1840)

23 décembre 2009

Paris zoologie


Arrivé hier soir, je retrouve l’atelier ce matin. Le livre d’histoires étranges pour adultes avec Quentin Faucompré avance bien ; je reprends les premiers textes écrits, je les relis, et les corrige à nouveau. Ils trouvent leur forme, cette forme dont j’ai eu l’intuition mais qu’un premier jet ne rend pas bien -c’est dans le travail, les versions successives que j’arrive à incarner ce que j’avais en tête. Il y a une sorte d’évolution accélérée d’une espèce d’étrange animal dans ce processus. Quand le zoologue est lui même créateur. Pris un café avec une amie, et cela a donné assez de chaleur pour au moins la journée. Nous avons discuté de la position des écrivains dont un livre sort, que faire de ce que disent (ou ne disent pas) les gens, nos amis, les journalistes, quelle valeur donner à cela, comment s’en sortir, comment porter un jugement sur ce jugement que l’on porte sur notre travail qui est plus que notre travail mais une part intime de  nous-mêmes. Nous avons toujours ce désir d’être compris et aimé ; mais il faut être sage, c’est un désir enfantin, il faut l’abandonner (et plus difficile il faudrait l’abandonner à l’égard des amis). Il faudrait lire les livre vingt ans après leur parution. Le présent est trop rempli de bruits, de taches lumineuses, de jalousies, de superficialité, de rapidité. Comme le vin ou le pu er, il faudrait attendre vingt ans ; on verrait mieux, on apprécierait mieux les livres je crois, on serait plus mûr pour eux aussi (les lecteurs sont parfois trop jeunes, trop verts, ils viendront à maturité bien plus tard-ils l’ignorent). Je sais bien j’exagère (c’est un plaisir alors pourquoi s’en priver), après tout il y a une excitation, un plaisir à découvrir tout de suite des romans, ces fleurs d’un époque. Il y a un plaisir à y trouver ce dont nous avons l’intuition, sans l’avoir pensé, des choses qui nous lient, des moments que nous partageons. Voilà nos romans qui sortent bientôt, et on travaille à ne pas y penser, à être indépendant de leur réception (positive ou négative), le meilleur moyen étant de travailler, d’écrire un autre livre.

21 décembre 2009

l’échelle Darvon-Valium


L’échelle Darvon-Valium (nommée ainsi en hommage à ce cher Lester Bangs) est l’échelle de Richter de la musique. Elle permet de connaître le degré de perfection artistique et émotionnelle d’un morceau et elle est graduée de 0 à 12. 12 étant atteint, par exemple, par For no One des Beatles. Le seul sismographe capable de mesurer cette échelle (Darvon-Valium est inscrit en lettres d’or sur son capot ; elle fonctionne grâce à un vieux moteur de tondeuse à gazon) est conservé dans une crypte écossaise qui devait abriter le cercueil cryogénique réservé à la tête de Timothy Leary (mais finalement, Tim a choisi un autre endroit pour moisir). Son emplacement exact est tenu secret, l’industrie du disque (et, évidemment, de nombreux artistes) cherchant à le détruire. Seuls quelques groupes (parmi lesquels -limitons nous au rock – les Beatles, les Kinks, Pulp, les Silver Jews) ont vu plusieurs de leurs chansons atteindre le degré d’intensité maximum. Quand les aiguilles s’affolent et tracent des pics qui ressemblent à des montagnes sur le papier jauni. Tout ceci pour dire : soirée passée à écouter les Kinks, puis poursuite des Conservations de Goethe avec Eckermann. La neige s’est posée tout autour du château, elle est assez épaisse, il ne manque plus que des skis, j’espère quand même pouvoir rejoindre Paris mardi. Combat du froid et du chauffage ; le froid frappe aux fenêtres comme une vague qui revient sans cesse, des courants glacés se faufilent et entament la douceur. Alors bonnet et pull. Bu ce soir le vrac 22 de 1996 de la m3t ; temps idéal pour un pu er. Belle journée de travail. Mon dieu, c’est un beau métier.

19 décembre 2009

les domestiques de la souffrance et l’allégeance au malheur


Jeudi soir, rapide passage à un cocktail donné pour le lancement du livre 100 monuments/100 écrivains. Cela se passait à la Conciergerie et j’y suis arrivé sans alliés. Heureusement Marc Molk m’a rejoint (il en parle sur son blog), puis Thierry Illouz et Marie Nimier. Ouf, je n’étais pas tout seul. C’était impressionnant, si impressionnant que je suis parti très vite. Ce genre de cocktail obéit à une chorégraphie bien réglée. On flâne, puis on nous invite (il y a des vigiles et il me semble qu’ils étaient occupés de tazers) à écouter les discours. Le premier (d’une conservatrice) était très bien, elle a fait allusion à l’article 52 de la loi de finance 2010 (scandaleux dit Marc) (concernant la cession par l’Etat de ses monuments historiques), à mots feutrés elle marquait son opposition. Puis Adrien Goetz (écrivain, et éditeur de ce livre) a lu le nom des cent auteurs (ajoutant une petite phrase -c’était gentil et élégant). Enfin le ministre de la culture de Nicolas Sarkozy a commencer son speech, et c’est là que je suis parti. Alors que je prenais mon manteau au vestiaire (débattant intérieurement pour savoir si je devais laisser un pourboire, et si oui de combien) un jeune homme est venu se présenter : il va publier son premier roman au Dilettante en septembre 2010. Je regarderai ça. Il parait que la soirée a été sympa. Mais je n’ai aucun talent pour ce genre de rassemblements, j’étouffe, je me sens mal, impression d’être dans une salle d’attente géante chez le dentiste. Thierry (qui travaille au Palais de Justice attenant) nous dit que la Conciergerie était une prison, il nous dit aussi que les geôles actuelles du Palais de Justice sont terrifiantes et bien loin de la beauté de la Conciergerie. Pendant la Révolution Française on y amenait les condamnés à mort. On avait surnommé le lieu : « l’antichambre de la mort ». Je ne sais pas qui a eu l’idée d’organiser un cocktail dans une ancienne prison et d’attirer des écrivains (dont la plupart sont des opposants à ce gouvernement) dans « l’antichambre de la mort », mais je trouve ça bien vu. Puis je suis allé dans le 11° arrondissement pour  assister à la fin de la rencontre des Filles du Loir. Thomas Reverdy et sa petite famille m’ont hébergé pour la nuit.

La rencontre avec les bibliothécaires s’est très bien passée. Cela a duré près de trois heures. Question sur la différence entre écrire pour les enfants et pour les adultes. Une bibliothécaire dit : « On écrit autrement pour les enfants, même sans le vouloir, de la même façon qu’on parle différemment aux enfants ». Cela me semble juste. En tout cas, je ne fais aucun effort, je ne simplifie pas mon vocabulaire, je ne gomme pas les aspects existentiels. Questions, questions, questions, réponses, réponses, réponses. C’était chaleureux et vivant. J’ai dit que je pensais que les auteurs qui écrivaient des livres durs et sombres sans une note d’espoir (sans leur offrir d’armes pour réagir) pour les enfants exerçaient leur tendance au sadisme. Souvent ce sont ceux qui n’ont pas vécu de tragédie qui écrivent les tragédies les plus dénuées de nuance. C’est une pose. Une pose payante, car ces auteurs ont leurs adeptes, les domestiques de la souffrance ; il me semble que notre société (en particulier le champs littéraire) en est pleine, et souvent ils ont des positions de pouvoir. Comme si la plus grande dureté était le signe de la plus grande vérité. Je dis qu’il est condescendant de considérer les enfants comme des êtres à qui il faut servir une littérature de pacotille dénuée de tragique, comme il est sadique de faire comme si les enfants avaient les mêmes défenses que les adultes. Les enfants ne sont pas des adultes, les adultes non plus d’ailleurs ne sont pas des adultes mais au moins ne sont-ils plus des enfants. Les questions esthétiques posent des questions éthiques ; impossible de séparer les deux, personne n’y échappe. Ma position esthétique/éthique : l’oxymore ; j’aime les oeuvres tragiques et drôles, désespérées et d’espérance. Mais passons. Je crois que mes livres pour les enfants et les romans pour adultes se ressemblent. Ils partent de quelque chose de sombre, mais les personnages rusent, ils changent et s’inventent une vie possible, je veux dire : ils résistent et imaginent. Le malheur est là, mais aucune allégeance ne lui est juré. Pour caricaturer, mes livres sont de deux sortes : les comédies (Stupide, Peut-être une histoire d’amour), les tragédies (La libellule de ses huit ans, On s’habitue aux fins du monde, La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique). Bien sûr les comédies sont tragiques et les tragédies possèdent des artères d’ironie et de fantaisie. Les différences ne sont pas si importantes, mais c’est souvent ainsi que des lecteurs voient les choses. Quand un lecteur me parle d’un de mes livres j’en apprends bien plus sur le lecteur que sur mon livre. Pour en revenir à la littérature jeunesse: Poser la question de l’éventuelle difficulté de l’écriture pour les enfants, c’est faire comme si la littérature adulte était plus naturelle. Je ne crois pas. Il n’y a rien de naturel dans l’écriture. Et puis ce qui me sépare des enfants, me sépare aussi de la plupart des adultes. Ce n’est pas plus simple de leur parler (c’est une expérience quotidienne ! et je me rappelle -pour me rassurer- que Kipling était mal à l’aise en société, qu’il préférait parler aux enfants, comme Chesterton). Si on considère qu’un écrivain écrit pour le lecteur qu’il est, alors encore une fois cette écriture n’est pas simple, on n’est jamais simple pour soi-même. En tout cas, matinée passionnante. C’est une belle époque pour la littérature jeunesse, il y a des merveilles, et des gens biens et gentils (un jour j’écrirai une défense de la gentillesse) qui s’y intéressent.

Lu dans Le Monde d’hier (page 5, du supplément 65 ans en question) : Une courte interview de (je cite) « Jean-Claude Trichet, prix Nobel de Littérature 2008″. Trichet est le président de banque centrale européenne. Les lapsus sont passionnants, ils éclairent, ils dévoilent. C’est tout simplement merveilleux, en quelques mots échappés tant de choses sont dites.

17 décembre 2009

éclair


Je prends le train pour Paris ce midi. Un voyage éclair, je rentre demain en fin de journée. Demain matin une rencontre est organisée avec des bibliothécaires pour parler de mes livres pour enfants. Cela se passe dans un quartier où j’ai habité, Château d’eau. C’est toujours intéressant de discuter travail ; c’est le moment où je découvre ce je pense et que je ne m’étais pas formulé.

Reçu une petite théière de yixing en zhuni (Teamasters). Szuzsi (une fellow, spécialiste des tissus) lui a confectionné une cordelette qui relie son anse à son couvercle. Le baozhong reçu en même temps (un premier prix de compétition) est fabuleux. Je ne vais pas avoir le temps de passer à la maison des trois thés aujourd’hui ; ce n’est pas plus mal, je dois encore apprivoiser certains thés.

Trois fellows ont présenté leur travail hier soir. C’est un bonheur, très inspirant, de voir d’autres artistes, d’arts différents, de préoccupations différentes, de pays différents, heureux de créer, heureusement passionnés par leurs obsessions, animés, pleins d’énergie et en même temps ouverts, attentifs à ce qui les entoure.

16 décembre 2009

journal intime des affaires en cours


C’est un film de Philippe Harel et Denis Robert. Un policier suisse dit : « L’argent sale est utile car il permet au système capitaliste de retarder sa chute ». Denis Robert fait le lien, à un moment, entre la corruption et les « affaires » et les conséquences de ce système dans lequel nous vivons : les clochards ; la misère, les licenciements. Denis Robert est toujours harcelé judiciairement. Par ailleurs c’est un écrivain. Il était nécessaire, important, de soutenir Marie Ndiaye après l’attaque de Raoult ; ce qui arrive à Denis Robert n’est pas sans lien (idem pour La Rumeur). Constants assauts, qui paraissent microscopiques, contre la liberté et la justice, mais bientôt se formeront des crevasses, puis des précipices. Pour beaucoup les précipices sont déjà là.

15 décembre 2009

une machination


Guillaume Galienne citant Aragon dans son émission : « Je nomme roman une machinerie, une machination (…) ». Belle définition. Je connais mal Aragon, mais ce morceau de phrase (extrait de « Henri Matisse, roman ») me donne envie de mieux le connaître. En particulier ce recueil de poésies : « Il ne m’est Paris que d’Elsa », titre qui pourrait (j’aimerais) être ami avec mon nouveau roman (et avec le précédent) (les titres ont des amis).

Une amie a une affiche d’un spectacle de magie de Houdini dans son salon. Je suis jaloux.

Il neige à Solitude. Je me suis glissé à une table ronde sur l’esthétique. Un paysage de mots. J’ai pensé à des tas d’autres choses.

13 décembre 2009

service de presse 2


Mon service de presse s’est étalé sur trois jours. J’ai commencé mardi en milieu d’après-midi, poursuivi mercredi matin et après-midi et terminé jeudi matin. Il manquait des livres, certains seront donc envoyés sans un mot de ma main. Étrange tradition que le service de presse. Il s’agit de dédicacer et d’écrire un mot aux journalistes. Je reste sobre ; même quand je connais le journaliste je n’écris rien de personnel. Je fais le pari que les bons journalistes n’en ont rien à faire d’avoir un mot écrit par l’auteur. Peut être pas, je ne sais pas, l’usage étant si bien installé. Les dédicaces du service de presse est une tradition française je crois (comme le massacre des ortolans), le reste du monde s’en passe bien. Il faut être sobre, c’est un moyen de ne pas y accorder trop d’importance, de considérer cette coutume comme un simple exercice de style. Pourtant ces quelques mots sont symboliques. Symboliques de quoi ? Hum. Pas de choses très positives je crois.  Dans cette république des lettres hantée par l’école (beaucoup d’écrivains sont profs, ce n’est pas grave, ce qui l’est en revanche c’est que beaucoup d’écrivains se conduisent comme des élèves, attendant bons points et félicitations), signer ainsi, copier des lignes semblables sur du papier fait penser à des mauvais élèves punis copiant des lignes. D’ailleurs les écrivains prennent cet exercice comme une sorte de punition. Encore un signe du dolorisme qui règne dans les lettres françaises. Je me demande ce qu’en pensent les journalistes. Si ces quelques mots sont importants pour eux. Et si oui, pourquoi. Je n’ai peut être pas saisi exactement les subtilités de ce rituel.

Le service de presse est aussi un moment de discussions. Avec les attachées de presse (Virginie, Camille, Marion), avec qui passe aux alentours de la salle où se déroule le rituel (salut Alix, salut Laurence, salut Olivier, salut…). Et c’est agréable. Il n’y a pas d’autres moments où l’on reste ainsi des heures et des heures durant dans une maison d’édition. Si on a de la chance on se retrouve à faire son service de presse avec un autre écrivain. J’ai ainsi discuté avec Valérie Zenatti (mercredi) et avec Jakuta  Alikavazovic (jeudi, en mangeant des macarons). Le service de presse devient un prétexte pour passer du temps avec des gens qu’on aime. Tout n’est pas perdu. Et puis, j’en profite pour signer des livres pour mes amis auteurs.

Je me souviens de Romain Gary parlant de sa rencontre avec un journaliste. Celui-ci lui expliquant qu’il avait cessé d’écrire des articles positifs sur son travail car Gary ne l’avait pas remercié pour un article élogieux. Gary n’a pas suivi les usages de ce monde, on lui a fait payer. Hélène Bessette aussi. C’est un monde très violent.

Le milieu littéraire est un pays étranger pour tous les écrivains qui se respectent. La langue n’est pas exactement la notre, les coutumes en sont étranges, les lois ne nous semblent pas toujours justes. Nous ne sommes pas chez nous, alors suivons les usages. Tout ça n’est pas grave, notre vie est ailleurs.

Thé cette semaine avec Sandrine Bonini, une illustratrice très talentueuse  (livre en projet) ; puis deux jours plus tard avec Nathalie Kuperman, une écrivaine dont j’admire le travail. Elle m’a fait découvrir un livre de Gertrude Stein : Ida. Déroutant au départ, et passionnant.

13 décembre 2009

Cocktail


Cocktail aux éditions de l’Olivier pour les deux prix obtenus par Véronique Ovaldé. Cela n’arrive pas souvent qu’un si bon roman obtienne un prix, alors deux… Je suis arrivé le premier (j’ai discuté avec le serveur habillé en blanc), mais bientôt il y a eu foule (modeste, une vingtaine de personnes), j’ai embrassé Véronique et je me suis échappé. Toujours cette incapacité à être en groupe (Sylvia Plath : « Mais comment font les gens pour être en groupe ? »), et à discuter de choses et d’autres dans ce cadre là. C’était un cadre familier pourtant avec des gens que j’aime (je n’en connaissais qu’un quart disons), Jakuta Alikavazovic, Nathalie Kuperman, Valérie Zenatti, Olivier de Solminihac… Mais non, ce n’est décidément pas mon élément. Retour à mon atelier, mon cocon de travail. Plus tard j’ai rejoint les inadaptés magnifiques, mon club secret.

13 décembre 2009

oolongs


Mes découvertes à la m3t cette semaine : tie guan yin 8 (un taïwanais torréfié qui est parfait pour cette saison froide, chaleureux, gourmand), wuyi Rou Gui 6 (un rocher de 1994, j’aime les oolongs vieillis), Bai Rui Xiang (Rocher très très torréfié, je l’ai préparé une fois -rapidement- et il est trop fort à mon goût ; Gilles de la m3t m’a conseillé de pousser les infusions, le thé devient plus doux au fur et à mesure) et enfin un bijou : Rou Gui 2 de Taïwan (très peu torréfié, sublime, belle découverte après le Shui Xian de Taïwan ; même si je préfère en général les oolongs un peu plus torréfiés). Je suis passé à Thés de Chine aussi (20 boulevard Saint Germain). Au départ je pensais prendre un Tie Guan Yin torréfié (j’ai depuis opté pour le tgy n°8 de la m3t, en attendant le 9, plus fin), mais Vivien (Messavant) a ouvert une grande boîte de Anxi Tie Guan Yin (donc de Chine Continentale) (le moins cher je crois, le 415 -en tous cas moins cher que le Anxi Tie Guan Yin n°8 de base de la Maison des Trois Thés – le moins cher des thés dont je parle ici, dont certains ne sont pas spécialement abordables) de cet automne (vert, fleuri ; l’opposé d’un torréfié), le parfum en était merveilleux. J’ai donc pris celui là (je le conseille à qui veut découvrir les oolongs, c’est le thé infaillible, car si évidemment délicieux, pour en tomber amoureux) et depuis c’est mon thé du matin (j’alterne avec un des  géniaux baozhongs de teamasters). La journée commence forcément bien. Quelques boîtes de plus sur l’étagère du salon de mon appartement à Schloss Solitude, comme une bibliothèque de thés. La littérature, le thé, c’est toujours une affaire de plaisir.

13 décembre 2009

service de presse


Mardi après-midi La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique est arrivé aux éditions de l’Olivier. Emballés par seize, paquets posés les uns sur les autres, sur la table de la grande pièce du deuxième étage ; des dizaines et des dizaines d’exemplaires (je crois qu’il y a deux cent livres envoyés à la presse, journaux, radio, internet -et un nombre équivalent envoyé aux libraires). J’ai ouvert un paquet et j’ai pris un exemplaire. Le livre, au départ une idée vague en tête, mais entêtante, début d’obsession ; fruit de milliers de décisions, de mois de travail, de corrections, de discussions sur sa couverture, sur la quatrième. J’étais assez ému. C’est de la magie.

4 décembre 2009

naissance


Mon roman sort le 7 janvier aux éditions de l’Olivier ; son titre : La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique.

Il sera en bonne compagnie : chez le même éditeur, Jakuta Alikavazovic et Valérie Zenatti sortent également leur nouveau roman.

4 décembre 2009

l’opium : une éthique littéraire


J’ai été opéré vendredi dernier, un truc de dents, passons les détails. Etonnant ce que les chirurgiens dentistes arrivent à faire, leur dextérité et tout ça. Le mien est génial. En cadeau j’ai eu droit à des antalgiques. Cocktail tramadol (un opiacée) et paracétamol. C’est trop chouette. Il faudrait pulvériser du tramadol un peu partout, dans les stades, les parlements, les entreprises, les boutiques. Hum, non ce n’est sans doute pas la solution, et puis il y a des risques de dépendance (cf. Stephen King), mais ça serait drôle. Certains livres, certains disques sont du tramadol ; j’essaye d’en mettre dans tous mes romans, pas trop, pas partout, c’est à user avec doigté. J’aime être intoxiqué par les romans, j’aime l’ivresse qu’ils procurent, le plaisir qu’ils me donnent.

A Solitude, temps superbe ; j’ai bien travaillé ce matin, il est temps de se promener dans les alentours du château, au bord de la forêt.

4 décembre 2009

les écrivains décourageants


On commence un livre (Une famille en voie de guérison), on découvre un écrivain (Kenzaburo Oé) et on se dit qu’on l’aime bien, on est heureux de cette rencontre, on sent que ses livres nous accompagneront, puis on tombe (page 27 seulement) sur : « il ne me semble nullement exagéré d’affirmer que ce qu’on subi les habitants de ces deux villes <Hiroshima et Nagasaki> soumises aux attaques nucléaires a été le plus grand malheur infligé à des êtres humains au cours du vingtième siècle ».  Je suis doué d’un esprit de contradiction particulièrement vif, souvent mes amis trouvent que j’exagère, mais tout de même une telle phrase venant d’un écrivain est inquiétante. Mais peut-être Oé ne sait rien de la solution finale hitlérienne. Il ne sait rien non plus de l’Arménie, de Dresde, des Khmers Rouges, du Timor Oriental, du Rwanda. Il est passé à côté. Il n’a pas vu. Il est distrait, et puis il ne lit pas les journaux, il n’écoute pas la radio et les livres d’histoire l’ennuient. Admettons. Ce qui est gênant c’est qu’il n’a pas vu non plus ce qu’il y a sous son nez : les massacres commis par l’armée japonaise, les six millions de Chinois, Indonésiens, Coréens, Philippins, Vietnamiens, des civils assassinés, enfants, femmes, hommes. Je n’imagine pas un écrivain Allemand dire que le plus grand malheur de ce siècle a été le bombardement de Dresde. Ce serait indécent, et pour tout dire, ce serait du négationnisme. Dernière chose. Ce sont les mots mêmes de la phrase de Oé qui me posent problème : il ne faudrait pas écrire « le plus grand malheur » ; en matière de massacre il ne faudrait pas employer le vocabulaire des concours agricoles. Dans ce triste monde de compétition, on se met à attribuer des médailles aux massacres. C’est le plus choquant. Quand on connaît la vie d’Oé, cette phrase est d’autant plus terrible. C’est un bon livre, je vais le poursuivre. Mais une distance s’est déjà installée.

Au chapitre « les écrivains idiots », je viens de lire l’entretien entre Philip Roth et Edna O’Brien (dans le recueil Parlons travail, les autres entretiens sont passionnants). Cette chère Edna nous apprend des tas de choses sur les hommes et l’amour : « Aujourd’hui encore l’homme a plus d’autorité, plus d’autonomie, c’est biologique. (…) L’homme a beau faire la vaisselle, son engagement sera toujours plus ambigu, et son oeil vagabond. (…) La femme, j’ose le dire, est capable d’attachements plus profonds, plus durables. » La bêtise d’Edna O’Brien n’a rien à voir avec la biologie, elle a uniquement pour origine son manque de sensibilité et de finesse d’esprit.

2 décembre 2009

Maison des Trois Thés


Comme à chacun de mes sauts à Paris je suis passé à la Maison des Trois Thés. Je n’ai pas sous les yeux le nom des oolongs goûtés (rochers et dan congs ; ah j’ai retrouvé la note de ma deuxième visite : un rocher, Jin Suo Chi, et un oolong de Taïwan, Tie Guan Yin 9). J’ai acheté le Shui Xian de Taïwan et un dan cong délicieux, Yu lan Xiang. En revenant à Solitude je me suis occupé du petit cube Fu Zi Zhuan de 1987 (pu er compressé, très bonne description ici). Je n’avais pas bu de pu er depuis des mois et c’est un plaisir de les retrouver. C’est le thé qui va bien avec l’automne et l’hiver. J’ai également goûté un morceau de la brique de pu er cuit Zhen Yuan Factory (début des années 90 -échantillon cadeau de Teamasters). Le pu er a sa théière dédiée, la terre de base de la Maison des Trois Thés, mais j’aimerais une théière un peu plus petite (9-10cl). On verra. Pour l’instant (je m’intéresse au thé seulement depuis un peu plus d’un an -date de ma découverte de la Maison des Trois Thés et un peu plus tard de Thés de Chine, puis Teamasters), les rochers sont mes oolongs préférés, ainsi que les dan congs, et les oolongs mielés de Taïwan (Beauté académique 1 et 2, Wu Yi)… d’accord ça fait du monde. Et bien sûr les pu er (mais rarement finalement). Le thé a cet avantage sur l’alcool qu’on peut boire une boisson complexe et délicieuse toute la journée (bon ok on peut aussi boire de l’alcool toute la journée, mais pfff c’est un peu fatigant). Je ne bois plus ni alcool, ni vin depuis trois ans et demi, et je pense que lorsque je boirai du vin à nouveau (un jour ou l’autre, dans deux ou cinquante ans, je ne suis pas pressé), ma manière de boire sera (heureusement) influencée par l’éducation que je me suis donné en découvrant le thé.