23 janvier 2010

Il paraît que le livre est en danger. On apprend la nouvelle en lisant les journaux, en écoutant la radio. L’origine de ce danger serait internet ; souvent on identifie même le criminel  en chef : google. Mm… On verra, on verra, mais je ne crois pas. En tout cas ce n’est pas google qui m’inquiète. Je crois que ce qui met réellement en danger les livres c’est la violence du milieu littéraire. Ce n’est pas nouveau. Je crois que des écrivains, des éditeurs, des journalistes, des libraires, malmènent bien davantage la littérature que tous les moteurs de recherche du monde. Il y a une violence dont on parle peu, ou alors en petit comité. Ce qui met en danger le livre c’est le népotisme, les amitiés intéressées, les réseaux, les libraires désagréables, les articles écrits sans avoir lu le livre, les écrivains mondains et arrivistes ; la bêtise, la violence, le manque de professionnalisme, l’esprit de sérieux et la prétention. Pas google. Les bons livres ont de tout temps été en danger. Rien de nouveau à ça ; c’est leur nature, ils sont fragiles et différents. Je ne suis pas si pessimiste : on peut compter sur d’autres écrivains, éditeurs, journalistes, libraires, en face, ou à côté, qui ne collaborent pas à ce système et qui agissent décemment et élégamment.

En tout état de cause, le livre ne meurt pas plus que d’habitude. S’approchent de la mort par contre les écrivains qui croient incarner le roman. Philip Roth disait qu’il n’y avait plus de lecteurs pour le genre de livres qu’il écrivait, ce à quoi une de mes amies a très justement dit que Roth voulait emporter la littérature dans son tombeau. Dans le même genre de prédiction d’apocalypse je ne sais plus qui parlait de la mort du cinéma. Quand la fin d’un homme signifie pour lui la fin d’un art pour l’humanité entière. Il y aurait un roman à écrire sur ce thème.

  • 1. toxicavengeresse  |  25 janvier 2010 à 12h52

    C’est drôle que tu parles de ça, je viens de finir le dernier livre de Philip Roth. On me l’a offert à Noël, je ne l’aurai jamais acheté parce que ces derniers livres m’ont beaucoup déçu. Sa haine et sa colère ont gâché une bonne partie de son talent,il me semble (une certaine complaisance que l’on retrouve chez Desplechin/Forest, que j’aime pourtant). Et bien, à mon grand étonnement, j’ai vraiment été intéressée. Certes, c’est un vieux radoteur qui n’aime pas les jeunes écrivains, mais ce n’est pas un combat de valeurs comme font jouer dans ce débat les hypocrites. C’est la jeunesse elle-même qu’il déteste, la perte qu’il a subi en vieillisant. Il m’a fait pensé au Gary de « Au-delà… »!

  • 2. Martin  |  25 janvier 2010 à 13h36

    Je lis en ce moment Pastorale américaine et j’aime. J’ai lu Les Faits (autobiographie) il y a peu et il figure désormais dans ma liste mentale de mes livres préférés. J’ai l’impression que je préfère ses livres du milieu (c’est aussi ce que m’avais dit une amie je crois-qui connait mieux le travail de roth que moi), je veux dire, ni les premiers, ni les derniers. Je vais lire Patrimoine bientôt.
    Je vois ce que tu veux dire sur ses derniers livres et son côté vieux ronchon, et la complaisance.
    J’aime « Au delà de cette limite… ». Je vais m’acheter « exit le fantôme ».

  • 3. toxicavengeresse  |  26 janvier 2010 à 14h53

    Ah oui, ces premiers livres sont affreux, je n’aime pas du tout « Portnoy » et « Quand elle était gentille »(qui ressemble beaucoup au film de desplechin « Rois et reine », qui fait froid dans le dos)… Après, c’est un peu à l’avenant, j’adore Tromperie/La bête qui meurt, j’aime bien Pastorale, moins La tâche. Mais sa misogynie pose quand même pas mal de problèmes… Il doit être insupportable ce mec!

  • 4. Martin  |  26 janvier 2010 à 15h15

    Despleschin est fan de Roth, j’imagine qu’il a été influencé. Et quand on compare les deux histoires (quand elle était gentille et rois et reine ; difficile de ne pas faire le rapprochement…).
    ah oui « tromperie » ?
    la bête qui meurt, mh mh… ça a l’air d’être encore un livre testamentaire d’un vieil homme qui juge sévèrement le monde, à la mode finkelkraut.
    je te conseille vraiment Les Faits. C’est une autobiographie mais qui s’ouvre et se termine par deux chapitres « écrits » par nathan zuckerman, le personnage alter ego de roth. Et Zuckerman s’en prend très vivement très intelligemment à Roth. Je peux te le prêter.
    Roth est-il misogyne ou les femmes de sa vie ont-elles été misophiliprothine ?
    je plaisante.

  • 5. Benoit  |  29 mars 2010 à 22h43

    Bonjour,

    Roth misogyne? Ça ne me semble pas du tout évident.
    Exit le fantôme – ok pour le rapprochement avec le Ticket de Gary, mais le chef-d’oeuvre de Roth est pour moi La tache (qui pour le coup, me semble encore plus proche de Gary) – extraordinaire livre sur l’Amérique de la fin des années 90, sur l’identité.
    Le complot contre l’Amérique était un excellent roman politique.
    Non, vraiment, le Roth dernière manière me semble aussi fort que celui d’American Pastoral ou Operation Shylock..

    Première visite chez vous, juste vous dire le plaisir de vous lire, de recommander (je suis libraire) vos livres aux lecteurs qui en redemandent.

    La disparition de Paris fait un jolie succès ici présentement.

    Benoit
    Montréal

  • 6. Martin  |  30 mars 2010 à 18h08

    Bonjour Benoît,
    Je ne connais pas assez bien le travail de Roth pour me prononcer. J’aime beaucoup les Faits, c’est sûr, et pastorale. Je vais continuer à le lire. Il y a une unanimité autour de Roth, tout le monde semble s’accorder à le déclarer génial etc, alors le point de vue de Toxica est intéressant je trouve. Mais comme je le connais mal… reste que son côté « c’était mieux avant » « le roman est mort » est navrant.
    Merci pour votre mot :-)
    Je suis heureux d’avoir des nouvelles du Québec !
    bonne soirée,
    Martin

  • 7. Benoit  |  31 mars 2010 à 04h34

    Unanimité et succès: qui disait déjà que le succès est toujours un malentendu ?
    Comme pour ces gens qui ne trouvent vos livres que drôle ?

    Peut-être avez-vous raison pour Google, et d’accord, Roth est scrogneugneu, mais ce que Zuckerman dit dans Exit, c’est que le lectorat pour son genre de littérature semble diminuer. Qui prend encore une heure, ou trois, ou toute une nuit pour lire un roman ?
    En tant que libraire, je ne peux pas ne pas constater aussi qu’il y a de moins en moins de place pour les livres qui ne sont pas des « blockbusters », comme au cinéma. Tout le monde semble lire les mêmes dix bouquins. Ce qu’on appelle la « mid-list » tend à disparaître.
    D’ailleurs, les films français sont devenus rares sur nos écrans québécois, précisément pour cette raison: s’ils ne font pas tout de suite un box office à tout casser, ils disparaissent, les distributeurs ne prennent plus de risques. Les livres, pareil: ils ont, au max, trois mois pour trouver leur public et l’espace média qui leur est dédié diminue comme une peau de chagrin.
    Bref, désolé de me transformer moi-même en pessimiste scrogneugneu, mais je trouve que Roth n’a pas complètement tort.
    Ce doit être un reflet du fait que je sois, en âge, quelque part entre lui et vous. Il y a encore plein de bons écrivains mais ça me semble devenir de plus en plus difficile pour eux de trouver des lecteurs.
    Il y a quelques semaines, une dame voulait acheter des polars pour son fils de 15 ans, en me posant cette condition: je devais lui en recommander qui ne contenaient aucunes références historiques, tout devait être contemporain. Sinon, le pauvre n’allait rien comprendre. « Que voulez-vous, ils n’apprennent plus l’Histoire. »
    Eh non.
    Des parents, venus acheter les livres pour leurs collégiens, m’ont aussi dit que lire Camus à 16 ans, c’était trop exigeant, ou que L’ombre du vent, de Ruiz Zafon, c’était trop gros comme bouquin.
    Quand j’ai commencé dans ce métier, je n’entendais pas ce genre de conneries aussi souvent. La seule chose qui pouvait poser problème, c’était la sexualité.
    Aujourd’hui, la sexualité est encore problématique (on peut lire Twilight à 16 ans mais pas Le grand cahier d’Agota Kristof…) mais s’y ajoute tout le reste.

    Non, ça n’était pas mieux avant, c’est juste… pire maintenant !
    Bon, o.k., j’arrête ici ma scrogneugneuserie.
    Scusez-là!

    Benoit

  • 8. Martin  |  31 mars 2010 à 09h17

    Benoit,
    hé ça ne fait pas de mal de râler un peu
    ce que je sais c’est que Si c’est un homme de Primo Levi c’est à peine vendu lorsqu’il est sorti la première fois, que quelques années avant sa mort les livres de Fitzgerald étaient introuvables en librairie, il y aurait beaucoup d’exemples. Ce qui éloigne les gens de la littérature tient aux structures du monde littéraire, à sa corruption et à son atmosphère religieuse. Les gens qui prennent leur pied autrement qu’en regardant la télé existent, ils ne disparaissent pas j’aurais même tendance à penser le contraire. Alors peut être que maintenant ils lisent aussi des bd de qualité, peut être qu’ils tiennent des blogs.
    C’est peut être pire aujourd’hui je ne sais pas (je ne le crois pas en fait), je ne suis pas libraire, mais c’est tout le renoncement que je n’aime dans les propos de Roth, toute l’aigreur, la tristesse et le mépris pour la jeunesse (je n’ose même pas imaginer ce qu’il pense de la bande dessinée). Il faudrait dire : ok la situation n’est pas terrible mais il y a encore des gens pour qui l’art est chose importante, on peut se battre, être joyeux bon dieu. Hemingway disait que l’élégance c’est la grâce sous pression. Je trouve que confronté à cette pression d’un monde qu’il n’aime pas, Roth manque de grâce et donc d’élégance.
    Je vais relire la tache. Je suis peut être passé à côté.

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