15 mars 2010

Un nouveau livre de Geneviève Brisac vient de sortir : Une année avec mon père, aux éditions de l’Olivier.

Texte sur Dostoïeski terminé. Je pense à cette phrase de Nieztsche (admirateur de D.) : « Le corps est un médium des forces supérieures. »

Il y a quelque chose d’énervant dans cette figure de Socrate désignée comme modèle de sagesse, comme exemple intellectuel. Je ne sais plus si Pierre Hadot en parle dans son Eloge de Socrate (il donne une interprétation originale de « je dois un coq à Esculape », différente de celle de Nietzsche -super bouquin, court et pas cher). C’est un homme qui a accepté une sentence injuste, qui a refusé de s’échapper et de se révolter. Que l’école encense un tel exemple de soumission, que l’on en ai fait le maître philosophe, nous renseigne bien sur les valeurs que l’on cherche à nous inculquer. On peut choisir de lire Thoreau (ou Howard Zinn qui consacre un texte au sujet).

  • 1. pv  |  18 mars 2010 à 02h59

    Est-ce que ce n’est pas un peu comme si vous disiez : « il y a quelque chose d’un peu énervant à que cette figure de Jésus soit désignée comme exemple de sagesse. C’est un homme qui pardonne à ses ennemis et qui tend la joue gauche tout de même. » ? C’est vrai que ces figures un peu maso de la sagesse comme négation de sa volonté de puissance ne sont pas très nietzschéennes (mais, même sans être de la secte de Jésus ou de celle de Socrate, ne sommes-nous pas, que nous le voulions ou non, les fils de leurs morales ?) ; quoiqu’il en soit rassurez-vous, cher Martin, l’école n’encense pas spécialement Socrate dont elle ignore à peu près l’existence et la pensée (sauf en cours de philo, où l’on n’est pas censé encenser qui que ce soit mais discuter). Par contre elle encense 1. les écrivains et 2. les droits de l’homme, autres figures peut-être d’une moraline masochiste, qui tendent la joue gauche et donnent, par principe, quelque soit ce qu’il y a à recevoir en échange.

  • 2. Martin  |  18 mars 2010 à 08h57

    Bonjour pv,
    Vous avez raison, nous faisons partie de cet héritage, difficile de s’en défaire ; mais cela n’empêche pas de l’interroger et de le critiquer. Je ne connais pas bien l’histoire de Jésus, mais est-ce qu’il a eu l’occasion d’échapper à la mort, et a refusé cette possibilité ? C’est ce point qui m’intéressait chez Socrate (j’imagine qu’entre Jésus et le christianisme il y a un monde, je parlais de la religion doloriste plutôt que du personnage qui m’est à peu près inconnu). Je ne le jette pas aux oubliettes. On n’encense pas beaucoup Socrate à l’école c’est vrai, mais c’est le cas partout ailleurs, et il m’a fallut attendre de découvrir Zinn pour lire quelque chose de critique sur la soumission dans cette mort injuste. Socrate reste un modèle, on peut travailler à en avoir d’autres (au moins sur ce point) (et en classe de philo le choix des auteurs donne une inflexion morale, encenser n’est pas nécessaire).
    Hm les droits de l’homme, les écrivains, à l’école ? Vraiment ?
    Je n’ai pas fréquenté les bonnes alors, car on y enseignait les rapports de force et souvent on nous y dégoûtait de la littérature (sauf une prof). Quand la souffrance et l’ennui sont érigés en pédagogie.
    Mais c’est mon expérience. Ces derniers temps j’ai rencontré plusieurs instituteurs passionnés et passionnants, qui estiment les enfants, réfléchissent à leur pratique. Oui dans ce cas, il y a défense d’un humanisme, et c’est magnifique. Mais ce sont des comportements individuels qui sont en contradiction (en opposition) avec le système, le rectorat et les directives. (je sais que rien n’est fait pour faciliter le travail des profs, qu’ils se retrouvent face à des situations parfois difficiles, aux problèmes de notre société, sans aucune aide).
    bonne journée

  • 3. pv  |  18 mars 2010 à 11h42

    Je ne voulais pas dire qu’on les défend bien, à l’école, les droits de l’homme et les écrivains, mais disons que ce sont les valeurs dont on gave les élèves, quitte à les en dégoûter (les cours de langue ne sont souvent que des laïus (laïa ? laïum ? laii ? bref) contre la peine de mort, le racisme ou l’esclavage ; regardez aussi les cours d’éducation civique ; je ne sais pas si c’est bien ou mal, mais c’est indéniable que les droits de l’homme, au moins sous la forme d’un droit-de-l’hommisme moralisant, y sont très présents ; quant aux écrivains, encore une fois, sans vouloir dire qu’on les défend bien, c’est incontestable qu’ils sont des exemples que les professeurs essaient souvent de faire intégrer aux élèves, à coup de marteau s’il le faut).

    Pour le reste, je ne sais pas si Jésus a eu la possibilité d’échapper à la mort mais j’imagine que oui, ne serait-ce parce qu’en tant que fils de dieu il est doté de super-pouvoirs ; ou que s’il n’a pas eu cette possibilité, il aurait choisi de mourir quand même si ça avait été le cas, ne serait-ce que pour pouvoir ressusciter. Mais je n’y connais rien.

    Cela n’empêche pas que vous avez raison quand vous dîtes que les hommes qu’on nous incite à prendre en exemple sont des hommes qui acceptent de se soumettre. Mais je crois que je préfère quand même ça aux mythes du self-made man, de l’homo economicus ou aux épopées télé-réalitiennes, l’anthropologie cynique et assez dominante selon laquelle il vaudrait d’abord mieux écraser l’autre. Au fond, Socrate n’est pas quelqu’un qui s’écrase et qui se laisse marcher dessus, c’est quelqu’un qui comprend ou croit comprendre que la justice est plus importante que la domination, autrement dit qu’il a gagné, que c’est lui qui gagne, que c’est lui qui domine, en se laissant mourir, malgré la domination apparente de ses bourreaux. Il domine sur le plan de la vertu. Et c’est vrai qu’on ne croit plus beaucoup à la vertu (mais ne vaut-il pas mieux un type vertueux qui se soumet, qu’un salaud qui jouit au détriment des autres ? Sans doute faut-il imaginer une tierce position..)

    Bien à vous,
    Pierre.

    PS : vous me trouverez dans le dernier Décapage, où je vous ai vu aussi..

  • 4. Martin  |  18 mars 2010 à 15h22

    Pierre,
    Je comprends ton explication de la mort volontaire de Socrate. Mais je trouve ça toujours problématique.
    Voici le texte de Zinn (en anglais désolé ; il est aussi disponible dans un petit recueil en français)
    http://www.ecn.cz/temelin/textonly/state_zin.htm
    Je suis d’accord pour la tierce position, et là nous avons quelques modèles Thoreau, Montaigne, Marek Edelman…
    (et puis ce Socrate, c’est le Socrate de Platon-cet homme qui désirait brûler les livres de Démocrite, non ? http://ugo.bratelli.free.fr/Laerce/IsolesSceptiques/Democrite.htm).
    Ah super le nouveau décapage est sorti. Je vais le trouver chez moi à mon retour la semaine prochaine. Belle revue.

  • 5. m*m  |  18 mars 2010 à 23h26

    Moi je suis le descendant d’Esculape, et je peux vous dire que toutes ces discussions me paraissent oublier l’essentiel ! Avec les intérêts, la famille de Socrate (les philosophes) me doit au moment où je vous parle environ 3 milliards 247 millions 543 mille 432 poulets, ce qui n’est pas rien vous me le concèderez. Alors Thoreau, Démocrite, BHL, pouf pouf ! Je veux mes poulets !

  • 6. Martin  |  20 mars 2010 à 20h22

    @ salut m*m : je te conseille de demander à la federal reserve américaine, c’est une grande association humanitaire pour les causes les plus justes.

  • 7. pv  |  20 mars 2010 à 23h50

    Oui, très intéressant le texte de Zinn, merci pour le lien. J’avais lu son Histoire populaire des USA l’année dernière, passionnante.

  • 8. m*m  |  26 mars 2010 à 14h44

    Réponse de la federal reserve américaine :

    « Dear M*M,

    You’re a Mother F***** ! Little Bast*** ! We never give you all our wonderfull KFC Chickens without a huge payment ! We keep Louisiana too. So stop boring us with your letters. My advice : read Nietzsche and eat icecreams. Forgot chickens, forgot Socrate, think Pizza Hut ! Bye Dummy french boy

    Bill Clinton

    ### This anwser from your administration was sponsorised by Pizza Hut ### »

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