22 avril 2010

un jour le tofu sera un animal, je te le promets


Ma cousine a passé cinq jours ici. C’était chouette et remuant de vivre avec une adolescente (qui voulait principalement faire la fête et manger de la viande -le tofu n’est pas son truc), cela m’a fait des vacances. Nous avons fait des trucs de jeune c’était super : nous nous sommes baladés en forêt, chaque soir nous avons bu de la tisane, nous nous sommes (un peu) socialisés.

Kate Donnelly m’a demandé une photo de mon bureau.

Je rentre à Paris samedi pour quelques jours. Rendez-vous etc, je dois terminer une nouvelle, je retrouve le club des inadaptés, je vais rattraper mon retard cinéphilique et je vais féliciter une amie qui vient de se marier, une amie que je connais depuis au moins une vingtaine d’années et qui se marie sans prévenir personne. C’était drôle, surprenant. Peut être que dans une semaine elle m’annoncera qu’elle a trois enfants de deux, sept et douze ans, qu’elle est professeur de viet vo dao pour les services secrets et qu’elle est hindoue.

16 avril 2010

le chasseur de journées


Ce matin j’ai eu droit à la plus étrange et la plus poétique phrase depuis longtemps. Une fellow à qui je demandais le nom de son parfum (les filles s’étaient parfumées pour le cours d’allemand, c’est un peu le moment -trois heures!- social de la semaine ici) m’a répondu (avec son accent roumain, en relevant un peu le menton) : « C’est le meilleur parfum soviétique. » Il s’appelle Dzingars et il vient de Riga. Il y a des phrases qui sont belles comme des paysages. On aimerait les prendre en photo, les mettre dans des albums, les accrocher aux murs. Ou les planter dans la forêt au milieu des arbres.

A part ça je traîne aujourd’hui. Hm. Il y a des journées qui se cachent. J’ai eu beau chercher cette journée, elle se défilait, elle me glissait entre les mains. Une journée est un animal qu’il faut dompter, apprivoiser et parfois attraper avec un filet. Cela demande de la ruse, de la patience et de la détermination. Un moment inattention et elle s’échappe. Il faudra attendre le lendemain matin, quand la journée sera à nouveau jeune et endormie. Il faudra la saisir.

13 avril 2010

magie postale


Un livre est apparu dans ma boîte aux lettres, un petit livre d’une centaine de pages, un cadeau d’une amie. C’est un livre qui tombe bien ; la pluie de coïncidences continue. Cela commence ainsi : « Ces derniers temps, j’ai eu le sentiment qu’en moi s’accumulaient toutes sortes de choses qui ne peuvent pas trouver leur juste expression à travers une forme d’art objective comme le roman. » Yukio Mishima, Le soleil et l’acier.

Mon prochain livre ne sera pas un roman, mais une sorte de récit écrit à la première personne. Je voulais écrire un livre sur mon père, sur ce qui s’était passé dans les hôpitaux de ce pays, mais cela déborde (je suis donc bien doué pour les inondations), il sera question aussi de bien d’autres choses. J’ai terminé le magnifique livre de Geneviève Brisac (qui est mon éditrice à l’école des loisirs) sur son père, sur l’hôpital. Mon livre sera différent ; c’est nouveau pour moi d’écrire de la non-fiction, une histoire qui concerne ma famille.

13 avril 2010

retour


Bordeaux c’était très bien. Il y avait toute la panoplie, soleil, douceur, bonne compagnie, gentillesse. Retrouvailles avec des collègues, rencontres, débat avec Sérigne M Gueye.

La semaine dernière en voulant réparer quelque chose dans mon appartement, ici à Solitude, j’ai causé une inondation. C’est la dernière fois que je me risque à faire du bricolage. Je suis une catastrophe.

J’ai lu deux volumes des Notes de Boulet (Delcourt, Shampoing). Moments d’autobiographie imaginative, surtout il parle travail (la journée d’un dessinateur, les dédicaces, les salons, la paperasse, un rafraîchissant « détruisez vos livres »). C’est extra, drôle, intelligent, un vrai travail littéraire. Pas mal de belles découvertes ces derniers temps : Michael Ferrier (Tokyo, petits portraits de l’aube, éditions Arléa poche), Hannelore Cayre (une auteur de polar, c’est fabuleux, très bien écrit, chez Métailié).

Le premier long métrage de Xabi Molia sort et évidemment je ne suis pas là. Flûte. Je rentre à Paris dans onze jours, il devrait être encore à l’affiche, ça a l’air super.

9 avril 2010

une soirée à naturaliser


Ce soir au Catacombs cinema club j’ai montré deux films (double feature!). D’abord Seasons (je n’ai pas le titre russe sous la main), de Ivan Ivanov-Vano et de son disciple (il me semble) Yuri Norstein (1969). Le film dure 9 minutes ; vous pouvez le voir (regardez le sur le plus grand écran possible, dans l’obscurité et branchez des hauts parleurs -musique de Tchaïkovski). Ce film est une merveille, virtuosité au service de l’émotion. Quand la beauté nous donne les larmes aux yeux. Un homme et une femme qui font de la balançoire, le soleil qui fait le lien entre eux, des oiseaux qui se transforment en neige. Deuxième film de la soirée, The shop around the corner, de Ernst Lubitsch, avec James Stewart et Margaret Sullavan, un film qui devient plus riche à chaque vision. Un de mes films préférés. Deux de mes films préférés.

Je prends le train pour Paris demain midi, puis samedi pour Bordeaux (je suis invité à l’Escale du Livre -avec Jakuta Alikavazovic). Je vais me coucher, c’est le temps de poursuivre la lecture de David Boring de Daniel Clowes et du Maître ignorant de Jacques Rancière. Article terminé, j’ai avancé quelques travaux en cours, thé avec une fellow (Lan Tuazon -nous avons parlé de regular despair et de chasse aux dragons bien sûr ; en buvant un puerh de vingt ans d’âge), et après le film brève discussion (je suis fatigué et la soirée n’est pas terminée) avec Jia Lyng Tang, François Joly, Vipul Rikhi et quelques autres fellows. Une sacrée belle journée.

7 avril 2010

vents contraires


Vents contraires est un roman d’Olivier Adam, un disque, un téléfilm ; c’est avant tout une expression. Sa nouvelle incarnation est un site internet lancé par le Théâtre du Rond-Point. J’y publierai des chroniques. Une première est déjà en ligne. J’ai toujours rêvé d’écrire des chroniques. C’est drôle, le dessin censé me représenter me donne un air grave, je ressemble à un hippie paysan ardéchois. Laure Albernhe est la rédactrice en chef de ce magazine internet.

6 avril 2010

serendipity


Sur le blog de Liza, Laura Marling. Genre d’alignement des planètes, coïncidence cosmique : j’apprends que Laura Marling passe chez Lenoir sur France Inter ce soir (on peut réécouter ou podcaster j’imagine) -là j’écoute et ça ne ressemble pas à Mlle Marling, c’est peut être après, ou je viens de la rater flûte, merde on est le 6 avril, je croyais qu’on était le 5, donc c’était hier, bon revenons à la coïncidence cosmique : sur la page de l’émission de Lenoir : Daniel Johnston est annoncé en concert à Paris. Les Anglais ont un mot pour ça serendipity. Cela ne sert pas à grand chose, mais j’ai toujours été doué pour les coïncidences (je mettrais ça sur mon cv si un jour je dois chercher du travail). Cela faisait longtemps que je n’avais pas écouté Lenoir. C’était mon émission préférée quand j’avais vingt ans. Je vais réécouter. C’est trop cool. Une émission le 7 peut être avec des morceaux de Daniel Johnston (? ce n’est pas très clair sur la page) (en tout cas le 12, Get Well Soon). Laura Marling a fait partie d’un groupe nommé Noah and the whale, dont le nom est fabriqué à partir du Squid and the whale, de Noah Baumach (ce qui nous appelle à Wes Anderson, ce qui nous amène à… et ainsi tout de suite la vie durant).

6 avril 2010

the story of an artist


Grâce à Frédéric Roux (auteur de L’été Indien, Grasset), à son blog, j’ai découvert cette chanson : Story of an artist, de Daniel Johnston. Qui est maintenant ma chanson préférée (pour mille raisons très précises).

Journée passée à écrire et à réécrire un article sur une des rares choses non-maudites dans les maudites années 80, à reprendre un texte pour le livre d’histoires illustrées de novembre, courrier aussi, j’ai reçu une lettre de Jean-Claude P. (joie & émotion), j’ai écrit deux lettres et quantités d’emails. Après-midi à la bibliothèque. J’ai rencontré quelques fellows de la résidence, j’ai essayé d’aller rejoindre des gens pour m’amuser, mais je ne sais pas être naturel, je n’ai pas le mode d’emploi pour participer aux groupes, je ne suis jamais à l’aise et j’ai peur. Il y avait du soleil. Ce n’est pas grave j’ai tellement de choses à lire et à écrire. J’ai fait des courses aussi. Je pensais avoir acheté du sel, en fait c’est du Würzmischung.

5 avril 2010

un texte


Le texte écrit pour le (beau) livre 100 monuments/100 écrivains, éditions du Patrimoine, décembre 2009, édité par Adrien Goetz (merci à Gauthier Morax et à Denis Picard) est lisible ici (rubrique textes de ce site). Chaque écrivain embarqué dans l’aventure devait choisir un monument et écrire un texte personnel (on ne nous a pas demandé, heureusement, de jouer aux historiens d’art). J’aime quand on me sollicite pour écrire sur quelque chose que je n’avais pas envisagé, car cela me force à emprunter des chemins que je n’aurais pas emprunté, ou, disons, pas comme ça. C’est toujours fertile, surprenant et troublant, émouvant. Ces propositions sont des cadeaux : on nous offre l’occasion de nous quitter un peu pour trouver quelque chose de nous-même que nous ne savions pas. J’avais passé quelques heures à Carnac, aller-retour dans la journée. C’était le vendredi 20 février 2009.

5 avril 2010

deux livres


Mercredi dernier rendez-vous chez une éditrice de livres pour enfant. Cela se passait dans le terrifiant 15° arrondissement (l’arrondissement sans métro, l’arrondissement petite ville de province). Sandrine Bonini et moi avons présenté notre album (le texte est là et Sandrine a déjà fait des dessins et un « chemin de fer », c’est à dire un story board). Cela s’est bien passé -il faut dire que les dessins de Sandrine sont magnifiques. Nous faisons donc le livre dans cette maison. Il sort en janvier.

Mon nouveau livre pour l’école des loisirs sortira en septembre (suite à Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons). Mon titre de travail était La machine égalisatrice. Mais personne ne l’aimait, et il ne me convainquait pas non plus. J’en avais proposé d’autres (j’avais pensé aussi à Des oies sauvages qui seraient des rapaces), parmi lesquels Le club des inadaptés, qui sera donc le titre définitif.

Projection hier au Catacombs Cinema Club de Porco Rosso, de Hayao Miyazaki. Le revoir sur grand écran était magique. J’aime tellement ce film.

1 avril 2010

ce bon vieux XXI° siècle


Journée passée à déposer des contrats, à passer dans des boutiques, à répondre à des emails, à changer des billets de train, une journée à ne pas travailler. A la banque, je remplis des papiers pour un livret d’épargne solidaire, et je tombe sur cette petite liste de choix : Madame, Mademoiselle, Monsieur et Autre (évidemment Mademoiselle est en trop, ou alors il faudrait trouver un équivalent masculin). J’imagine que cet « Autre » est pour les transsexuels et les distraits. Bon je suis dans une banque assez particulière, coopérative et tout ça, mais le XXI ° siècle n’est pas si mal parfois. (je viens de me rappeler la date, alors je précise : ce n’est pas un poisson d’avril).

Je suis passé à Super-héros, la librairie. Discussion avec le vendeur (il m’a conseillé BitterComix et donc j’ai pu me vanter de connaître la traductrice, Jakuta). Je suis reparti avec Gipi (S), Seth (La vie est belle malgré tout), Trondheim (Approximativement), Ludovic Debeurme (Ludologie), Daniel Clowes (David Boring). Je repars demain midi pour l’Allemagne, je suis heureux de retrouver le calme, les fellows, le catacombs cinema club et le travail intensif.