18 septembre 2010

C’est drôle cette histoire de fautes d’orthographe. Il y a quelque temps j’ai fait remarquer à une amie qu’elle faisait une faute, systématiquement. Cela m’a mis mal à l’aise, d’être dans la posture du prof, du correcteur. Je me suis excusé. J’étais vraiment embarrassé. Les fautes d’orthographe ont une histoire, c’est parfois de inattention, la marque d’une inaptitude sociale (me souffle une amie), c’est souvent aussi les blessures d’une scolarité difficile, un reste d’ancien mauvais élève. On a été mauvais élève pour des raisons sociales, parfois pour des raisons psychologiques liées à l’histoire familiale. Alors bien sûr l’orthographe est une chose importante, d’abord parce que ça classe les gens, c’est un marqueur social, un moyen de discriminer. Rien que pour éviter cela, l’orthographe et la correction sont importantes, il faut travailler à maîtriser cette langue. Mais on ne part pas avec les mêmes chances, les mêmes facilités. On garde des marques de son passé de mauvais élève, j’en sais quelque chose. Et il y aura toujours des gens pour vous le rappeler. La discrimination sociale est la règle, ce sont des choses fines, des codes, qui échappent, que n’arrivent pas à maîtriser ceux qui ne viennent pas des bons milieux. Mauvais élève c’est un maquillage pour dire un enfant de pauvre ou un enfant d’une famille où ça ne va pas. Et c’est monstrueux. Je n’en ai pas fini de régler mes comptes avec l’école :-).

  • 1. Ardalia  |  18 septembre 2010 à 16h43

    Avez-vous lu chagrin d’école, de Pennac ?

    Je résiste de mieux en mieux à ma manie de corriger les fautes, cela m’échappe rarement, mais parfois, dans les dialogues en direct. Cependant j’ai dû renoncer à la lecture de certains blogs : mon regard est trop attiré, trop perturbé, trop agressé pour m’attacher au fond sans plus penser à la forme.
    Il est bien normal d’être sensible aux critiques, surtout si elles ne sont pas élogieuses, mais il est normal aussi d’être sensible parce qu’on a une mémoire photographique ou parce que l’on a appris sous la force de la morale adulte… Cela dit, vous avez entièrement raison, je crois, quant à la forme à donner aux remarques éventuelles : la douceur amusée fait mille fois plus que la raide sécheresse.

  • 2. katch  |  19 septembre 2010 à 08h43

    J’ai découvert l’autre jour une dédicace d’Alexandre Romanès, elle était remplie de fautes, mais cela donnait une couleur, un souffle et une vie qui font souvent défaut à la rigueur des pas cloisonnés dans les bureaux. Il n’est pas allé à l’école, mais les mots qu’il cueille dans le bleu n’en sont pas moins, parfois, lumineux.

    Je ne suis pas un lecteur inconditionnel de Tahar Ben Jeloun, mais nombreux sont ceux qui ne sont pas insensibles à ses histoires. Le fait est que, l’année où il avait remporté le Goncourt, il avait été invité à participer à la dictée de Pivot. Son nombre de fautes était tel qu’il n’a jamais été divulgué.

    Je ne sais pas pourquoi j’écris cela, peut-être en écho aux mots d’un Broyard que j’ai vu chanté du Brel avec éclat, il disait aimer davantage les paysans que les ingénieurs agronomes.

    Je préfère aussi l’élan des mots à la rigidité parfois cadavérique des défenseurs de l’Orthographe. Peut-être écoutent-ils avec plaisir Radio Courtoisie, ce n’est pas mon cas.

    Bon dimanche.

  • 3. thoams  |  19 septembre 2010 à 10h04

    Nos maladresses, nos blessures, nos clémences, nos exigences, nos fautes parlent pour nous, elles sont notre sincérité…

  • 4. Martin  |  19 septembre 2010 à 14h37

    @ Ardalia : non, je n’ai pas lu chagrin d’école, mais je vais l’acheter en rentrant. Et vive la douceur

    @ katch : je vous comprends ;)
    les défenseurs de langue française opposée à toute réforme ne la maîtrisent souvent pas, c’est dire l’hypocrisie de la chose : personne n’échappe aux fautes ; je suis pour une réforme, c’est sûr.

    @ thoams : je n’aurais pas mieux dit

  • 5. Laurence  |  20 septembre 2010 à 11h30

    Quelques citations pour soulager ceux qui n’ont pas le sens de l’orthographe (comme d’autres n’ont pas celui de l’orientation !):

    Pour Paul Valéry, “L’absurdité de notre orthographe, qui est en vérité une des fabrications les plus cocasses du monde, est bien connue. Elle est un recueil impérieux ou impératif d’erreurs d’étymologie artificiellement fixées par des décisions inexplicables.” Il écrivait aussi “On a trop réduit la connaissance de la langue à la simple mémoire. Faire de l’orthographe le signe de la culture, signe des temps et de sottise.”

    Et un clin d’œil de Pierre Dac : “Maison de correction recherche fautes d’orthographe”

    Je confirme, Chagrin d’Ecole est une petite merveille réconfortante. Pennac, qui a longtemps eu des élèves en difficulté (dans des classes “aménagées”), leur apprenait à jouer aux échecs, activité bien plus intéressante que de faire des réussites. Voir ses élèves battre les latinistes (= les bons élèves) aux échecs était évidemment jubilatoire.

  • 6. Martin  |  21 septembre 2010 à 00h55

    Laurence,
    merci pour ces citations
    il faut des images positives pour les mauvais élèves
    le monde est aux mains des bons, et ce n’est pas une réussite (ok on peut devenir bon élève par asocialité, pour se protéger, pour mille raisons différentes, je ne voudrais pas être injuste avec eux et les mettre tous dans le même sac :-) )

  • 7. SYL20  |  27 septembre 2010 à 23h18

    Martin moi je suis nul en orthographe,
    mais, oui il y a toujours un mais…
    quant on y pense juge t on la forme ou le fond d un ecris, d une expression ecrite..
    alors à ce qui juge la forme je vous dit quelle dommage que vous vous arretiez a ce qui est superficiel.. car l’orthographe n est qu une regle à suivre..
    si je suis nul en orthogaphe c est peut etre parceque je suis un esprit libre oui c est cela les mauvais eleves sont tres tot des esprit libre!!!!!!!!!!!!!!!!(oui je sais tu n aime pas les points d exclamation mais moi je trouve sympa )

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