15 novembre 2010

Réédition (il me semble) d’un beau court texte de Jean Genet, Le funanbule. J’aime les petits textes sous forme de livre, les essais de quelques pages, et néanmoins profonds et riches. Je pense à L’ordre du discours de Foucault (et Le Corps Utopique -et les Hétérotopies), Leçon sur la Leçon de Bourdieu (et Sur la télévision), Vie et mort de Jean Cavaillés, de Georges Canguilhem. La forme brève me plaît, me semble parfaite, quand souvent les auteurs tirent à la ligne, diluent, noient, pour paraître gros (une auteure me disait qu’elle voudrait tellement écrire un « gros roman », pour impressionner je crois, parce qu’il y a une morale d’acteurs pornos dans le monde intellectuel on dirait, il faut que ce soit gros -ou une comparaison possible avec la Bible, mais c’est la même chose).

Bizarre comme certaines écrivaines ne supportent que l’on dise écrivaine, comme si c’était une insulte, elles tiennent à écrivain. Alors allons plus loin, masculinisons toutes les professions : la boulangère deviendra un boulanger etc. Masculinisons aussi les objets (un casserole, un chaise), les parties du corps (ton langue, ton lèvre). Bizarre, bizarre. Je suis en retard, je vais prendre la métro.

  • 1. gilda, blogueuse  |  15 novembre 2010 à 23h58

    Le mot écrivaine ressemble de fait à une insulte et à une immédiate dévalorisation de la profession dès lors qu’on la féminise, c’est sans doute pourquoi.
    (mais romancière est très bien du moins pour qui écrit des romans et essayiste est d’autant plus sympathique qu’il va pour tout le monde).

    Certains textes courts sont stupéfiants : si denses que lorsqu’on tente d’en parler à quelqu’un pour lui donner envie de lire à son tour, on a tant à dire qu’on semble parler d’un gros grand long bouquin. Alors que.

  • 2. pv  |  16 novembre 2010 à 02h34

    Bien vu, la « morale d’acteurs pornos » ! D’autant plus piquant que c’est une auteure qui parle. Mais pour partager aussi de temps en temps ce rêve d’en avoir une grosse (liasse de feuillets) je crois qu’il y a aussi au fond quelque chose de très simple : écrire un livre qu’on ne puisse pas lire en un jour, ou d’un seul jet. Un livre lu en deux, trois, quatre fois, c’est comme si chacune des pauses du lecteur faisait une blessure dans le corps clos du livre pour le répandre sur le réel (le lecteur y pense en prenant sa douche, dans le train, au travail, avant de s’endormir – non seulement y pense mais le fait travailler, imagine ce qu’il va se passer, bref le fait vivre) alors qu’un petit livre lu en une fois est un système fermé qui ne se fait pas respirer par (sic) le réel. On l’ouvre, on le lit, on le ferme. Il n’a pas besoin de nous, il est déjà fini. Mais c’est quand les pages sont fermées qu’un livre vit : comme un virus dans la tête du lecteur.

  • 3. Martin  |  16 novembre 2010 à 03h19

    @ gilda : ah et pourquoi « écrivaine » ressemble à une insulte ?

    @ Pierre :
    oui tu as raison, pour un livre long ;
    néanmoins, un texte court, peut produire les mêmes effets : ça fait des jours que j’ai commencé un livre très bref, quelques pages, qui aurait pu être lu en une demi-heure. Mais je le lis à petite dose, à cause, grâce à sa densité. Je reviens en arrière, relis le début. Un petit livre est un livre que je vais lire longtemps, en plusieurs fois, je vais y revenir.
    jolie image pour le virus.

  • 4. thoams  |  16 novembre 2010 à 10h55

    à propos de court, Brautigan disait du haiku que c’est « de l’acier trempé dans une goutte de rosée ». Militants du minuscule, on se serrent les coudes !

  • 5. gilda  |  17 novembre 2010 à 13h33

    C’est que les mots en « vaine » tout comme les mots en « asse » ou « aste » on les imagine mal, à l’oreille francophone, comme des compliments.

  • 6. Martin  |  17 novembre 2010 à 14h58

    @ gilda : « veine » , « verveine »…
    je ne vois pas ce qu’il y a de terrible à rimer avec « vaine »
    les mots en « vain » ne sonnent pas plus comme des compliments.

    Que des femmes rejettent le mot « écrivaine » m’est toujours incompréhensible.

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