27 décembre 2010

heureusement les gens ne meurent pas tout le temps


Je poursuis l’écriture du livre sur mon père, et la confrontation avec les hôpitaux, et les médecins, arrive, j’espère que ça va réveiller ma colère, parce que ces jours-ci c’est la tristesse qui l’emporte, ça me met en petits morceaux, et avec ce froid ce n’est pas terrible, c’est une conspiration, sentiment d’une double lutte, peut-être que la lutte pour ce livre et contre le froid, c’est une sorte de lutte pour l’arrivée du printemps, de toutes sortes de printemps. On verra. D’autres fantômes reviennent, et ça réveille ma tristesse, ou disons que ça en fait un sentiment lattent, dur mais aussi agréable, car cette tristesse est aussi la preuve de la présence, et de l’importance, des fantômes. Ils sont là, ils ont été vivants, pleurons et réjouissons-nous. J’ai pensé à Edgardo Vega Yunqué, un écrivain d’origine portoricaine dont j’ai appris la mort il y a quelques semaines (il est mort en 2008). C’est Elizabeth Guyon qui m’en avait parlé, qui m’avait conseillé de le voir pendant mon séjour à New York il y a six ans. J’avais déjeuné avec lui, avec mon amie de l’époque, je me souviens c’était à Union Square, dans un restaurant sans spécialités, on pouvait y manger du chili, des steaks, des lasagnes. Je ne me souviens pas ce qu’on avait pris. Mais je me souviens que nous avions passé un bon moment, à parler travail, Paris, New York, influences, marche, bouffe, comment on s’en sortait. La mémoire est étrange je ne me souviens plus s’il nous avait parlé de Tim Vega, son fils (demi-frère de Suzanne V.), ou bien si c’est Elizabeth qui m’avait raconté cette histoire. Tim, artiste graphique, avait échappé aux attentats du 11 septembre parce qu’il était malade ce jour-là. Mais ses amis étaient morts, et depuis il ne vivait plus, il culpabilisait, il s’en voulait, c’était insupportable, et une nuit d’avril 2002, il est mort  lui aussi, dans son sommeil. C’est Elizabeth qui m’a dit que Edgardo était mort, après un chute, un séjour à l’hôpital. Cela m’a fait pensé aux dernières semaines de mon père. Nous sommes trop fragiles, notre chair manque de silex, notre peau de béton, nous manquons de fer et de blindage, nous sommes vraiment mal foutus. C’est une époque où les fantômes se manifestent, et ce n’est pas désagréable, c’est une présence qui me rend un peu absent aussi. Vivre avec les fantômes cela s’apprend, et je ne suis encore qu’un débutant. Élizabeth a failli mourir il y a quelques années, elle va bien aujourd’hui, de mieux en mieux, et c’est une bonne nouvelle, les gens ne meurent pas tout le temps. Edgardo m’avait offert son livre, je ne l’avais pas terminé (énorme et avec des idiomatiques porto-ricains), mais j’avais aimé ce que j’avais lu, et compris. Il avait un beau titre : No Matter How Much You Promise to Cook or Pay the Rent You Blew It Cause Bill Bailey Ain’t Never Coming Home Again. Une pensée pour Edgardo.

Je lis un manuscrit inédit d’un ami écrivain (C. C.), et c’est très bien, c’est un plaisir, un bonheur constant d’être entouré par des gens que j’admire. Jours d’écriture et de lecture (un nouveau Billeter est sorti, j’ai commencé le Rayon de la Mort, de Daniel Clowes, la bd Walking dead, le beau livre sur Gary, les poèmes de Jaccottet offerts par Karim : Paysages avec figures absentes). Quelques séries, In treatment, Freaks & Geeks (que j’adore, mais ça me rappelle à quel point j’ai détesté l’adolescence -j’étais un geek). Et j’ai beaucoup « rien fait », à vrai dire, mais pas de la manière la plus douce et la plus calme qui soit, parce qu’une certaine personne me manque.

26 décembre 2010

les rues sont à nous


Tiens, de mauvaises critiques de La mauvaise habitude d’être soi sur France Culture. C’était dans l’émission « La grande table » le 22 décembre. Michel Ciment : « les jeunes ont peur de donner l’impression qu’ils écrivent » (mon écriture lui rappelle celle de Houellebecq). Antoine Guillot (qui a plutôt aimé le livre, et qui défend les dessins de Quentin tout au long de l’émission) a dit une jolie (mais peut-être n’était-ce pas un compliment dans sa bouche) chose : « J’ai eu l’impression de lire un livre pour enfant mais destiné aux adultes. » (et il cite Glenn Baxter). Il ajoute qu’il aurait quand même préféré un livre de dessins sous lesquels il n’y aurait eu qu’une seule phrase, ce à quoi Michel Ciment répond que le livre aurait été meilleur avec un meilleur dessinateur. David Unger l’affirme : « Le livre aurait gagné à être un livre de bande dessinée plutôt que de littérature. » (les dessins de Quentin lui rappellent ceux de Pierre la police, « l’insolence en moins » dit-il). Finalement, ils n’ont pas parlé du livre que Quentin et moi avons fait, mais du livre qu’ils auraient aimé lire (c’est-à-dire avec moins de texte, un autre dessinateur et en bande dessinée). C’est l’époque : les critiques passent commande au père Noël. Dormez bien les enfants.

Sinon, sinon… J’ai vu « Faîtes le mur » (« Exit through the gift shop ») de Banksy. Un film politique et drôle, quand l’art est subversif, et subversif vis-à-vis de l’art lui-même. Très troublant, et passionnant. La rue est à nous. Et tout ce qui s’y trouve. Nous ne sommes pas des invités, pas des salariés, pas des passagers, cette vie est à nous -si nous le voulons. Les murs couverts de publicités, l’effacement de l’art et de la pensée dans les rues, le contrôle de l’espace public par les entreprises et l’État, rien de cela n’est une fatalité. Il faut voir ce film.

17 décembre 2010

les clowns envahissent les hôpitaux (pour commencer)


Mon texte et la photo (de Cyril Weiner) exposés à la galerie La petite poule noire sont . La vente aux enchères d’hier soir s’est bien déroulée, moment très agréable, en bonne compagnie, mais évidemment il valait mieux être aisé pour se sentir autorisé à lever la main et à enchérir, et donc je ne me suis pas senti très à l’aise. C’est une belle cause : l’argent ira à une association de clowns pour les enfants hospitalisés. La charité est un problème, et pourtant je la pratique ; c’est l’État qui devrait prendre en charge le bien-être des malades, non pas la bourgeoisie. La charité ne règle rien, elle soulage, temporairement ; seul le combat politique, la volonté d’inventer une autre société, changeront les choses durablement. La charité devrait être couplée avec un engagement pour plus de justice, pour une réelle répartition des richesses (du travail, une réforme de l’héritage), sinon on est dans le registre de la bonne conscience et de l’hypocrisie. En tout cas, hier soir quelques milliers d’euros ont été donné, cela permettra à des clowns d’envahir les hôpitaux, et c’est une bonne nouvelle.

16 décembre 2010

petite poule


Treize histoires : treize photographies, treize récits inédits à la galerie La petite poule noire.

« Treize photographes ont offert une image au regard d’un écrivain ; des nouvelles, chansons,
ou haïku ont ainsi vu le jour.

Jakuta Alikavazovic et Lionel Charrier, Jérôme Barbosa et Grégoire Eloy, Alex Beaupain et Frédéric Stucin, Laurent Binet et Olivier Culmann, Kéthévane Davrichewy et Guillaume Binet, Laurent Gaudé et Oan Kim, Pauline Guéna et Michael Kenna, Eddy Harris et Stéphane Lagoutte, Alexandre Kauffmann et Ulrich Lebeuf, Nathalie Kuperman et Stéphanie Lacombe, Stéphane Michaka et Nadine de Koenigswarter, Martin Page et Cyrille Weiner, et enfin Polo et Raphaël Dautigny.

L’exposition s’ouvrira le 16 décembre à 19:30 par une vente aux enchères orchestrée par Nicolas Joly, vice-président de Sotheby’s France. Tous les bénéfices seront reversés à l’association Théodora, dont la vocation est de soutenir par le rire et par le jeu les enfants hospitalisés. »

7 décembre 2010

La perte


J’ai écrit un texte sur la perte, suite à la demande de Catherine Grive qui voulait faire paraître un livre collectif (projet qui est tombé à l’eau), suite aussi au décès de Peter Luik, notre prof d’allemand à l’Akademie Schloss Solitude. J’ai donné une lecture du texte à Solitude le 5 mars dernier, et Hamed Taheri l’a lu dans sa version allemande, dans la chapelle du cimetière Römerschanze, à Reutlingen, le mercredi 10 mars 2010 (après-midi). Mais j’avais aussi, surtout, à l’esprit la mort récente de mon père.

Vous pouvez le lire en français, english, deutsch.

7 décembre 2010

sur les droits numériques


une tribune

et un article de commentaire

Cela fait du bien.

5 décembre 2010

retour à Solitude


Vendredi soir, à Ludwigsburg, j’ai assisté à la première du documentaire de Marcel Wehn, sur l’Akademie Schloss Solitude. Marcel a suivi quatre fellows pendant un an, Hamed Taheri, Damien Bern, Lan Tuazon et moi. C’était émouvant de revoir les artistes avec qui j’ai passé mon année, et les autres fellows, notre vie quotidienne, l’équipe. Nous étions assez nombreux de la précédente promotion à assister à la projection (et il y avait Mr Joly, Silke, Viola, Julia…). J’ai passé la nuit au Schloss. Le matin petit déjeuner à la cafétéria, balade avec Lan dans la neige, puis thé avec Micholaj et son amie. Je me sens bien là-bas, comme un autre chez moi. Le film va passer sur des chaînes régionales allemandes. Une projection devrait avoir lieu au Goethe-Institut à Paris, en janvier ou février.

Je viens de terminer Le plafond de verre, un essai d’Olivier Bleys, sur les inégalités sociales. C’est un essai passionnant, très personnel, et touchant pour cela. Je ne partage pas toutes ses conclusions, mais cela fait du bien de lire enfin un livre qui parle des classes sociales, et des invisibles frontières qui y sont associées, de cette violence structurelle qui nous blesse sans cesse quand on n’a pas eu la chance d’être né dans le bon milieu. Il parle des humiliations aussi, ce sont des choses que l’on ne dit pas, et pour cela je le remercie.