30 janvier 2011

pff


Ouais, bon, super la plénitude. Résultat je viens de m’apercevoir que j’ai oublié de faire mon courrier urgent et de corriger des textes du comic-strips que doit dessiner Clément demain. Damned. La plénitude rend distrait. :-)

30 janvier 2011

coudre un mot sur chaque journée


J’aimerais coudre sur chaque journée un mot, un petit mot qui dirait quelque chose de sa couleur et de sa tonalité, de sa teneur, de ce que j’en ai ressenti. Aujourd’hui j’aurais cousu le mot « plénitude » (avec du fil doublé vert sombre parce que ça va bien avec l’hiver). Je m’étire comme un chat, et tout l’univers me semble bien en place, j’ai bien travaillé, les choses qui doivent aller vont, et le reste il suffit de joyeusement, avec confiance, l’affronter. Un jour je finirai par ronronner.

30 janvier 2011

Sarah Bernhardt


Sarah Bernhardt avait un chapeau surmonté d’une chauve-souris empaillée. Je note des choses vraiment bizarres dans mes carnets. En tout cas, ça devait être superbe.

30 janvier 2011

des fleurs pour les hommes, les tissus liquides et les tissus gazeux


Je suis en train de lire Si peu d’endroits confortables, de Fanny Salmeron, un premier roman publié chez Stéphane Million Editeur. Le genre de roman dont on devient l’ami, que l’on lit d’une traite, sentimental et inventif. Un plaisir.

Ce soir, cinéma avec A. : La Rose Pourpre du Caire, de Woody Allen. Un de mes films préférés. J’aime tout. La musique, l’élégance, le propos. C’est un film profond dans lequel on est bien, et qui fait flancher notre cœur, qui excite nos pensées aussi. Cinq secondes avant la fin, une tache est apparue sur le visage de Mia Farrow (qui se trouve dans une salle de cinéma, face à l’écran), rouge, jaune, brune. La pellicule brûlait. C’était très étrange et beau ce petit incendie à la fin de ce film sur le cinéma, c’était magique (la photo a été prise à la fin de l’incendie, qui a bien duré six-sept minutes). (drôle de séance à l’action écoles ce soir : le film a commencé flou).

La Rose Pourpre du Caire, à l'action école, 28 janvier 2011

Avec A., nous avons discuté fleurs. J’aime bien que les filles m’offrent des fleurs (mais ça reste rare), et ce matin une amie me disait que c’était un truc d’hommes, et qu’il valait mieux respecter les codes, la coutume a son charme. J’ai acquiescé parce que l’avis des autres est intéressant et juste, il exprime une intimité, et comme j’ai tendance à avoir l’esprit de contradiction j’ai peur d’être trop bizarre et à la marge et de me couper d’une certaine norme censée être protectrice et rassurante et de sombrer dans l’asocialité, la solitude totale à la crazy snake man (je dramatise un peu …). Mais ce soir, A. avait un tout autre avis, elle trouvait que c’est bien d’inverser les rôles, de mettre un peu de folie dans les rapports. Elle a toujours offert des fleurs aux hommes avec qui elle a été, mais a-t-elle précisé : égoïstement, parce qu’elle trouvait que ça faisait joli dans un vase (et quand même aussi pour leur faire plaisir). Mon avis sur la question « les filles doivent-elles aussi nous offrir des fleurs ? » fluctue. Je crois que c’est agréable quand ça arrive comme une surprise, quand c’est un geste inattendu, rare et fantaisiste (ce que me disait C. en fin d’après-midi :-) ).

Parfois je tends des pièges, et comme je ne suis pas très malin je m’y enferme aussi dedans. J’avais invité C. au théâtre du Vieux-Colombier pour assister à une rencontre avec un tapissier et une tapissière de la Comédie Française (c’était une surprise, et elle a été très surprise en effet). C’était particulier. Une heure et demie à écouter parler de ressorts, de tissus et rideaux, de coussins, de crin végétal (de l’Atlas, au Maroc). Souvent passionnant, très souvent surréaliste -un peu long. Drôle d’expérience. Pendant la présentation, C. m’a glissé à l’oreille qu’il existait des tissus liquides, et même des tissus gazeux -mais j’ai peut être mal compris.

27 janvier 2011

les marionnettes montrent les dents


Il faudra se souvenir de cette époque où des intellectuels qui se disent de gauche soutiennent la raison d’Etat avec empressement, contre Wikileaks. Il faudra se souvenir de l’importance de ce même Wikileaks dans le soulèvement tunisien. Et j’espère des prochains un peu partout. Il faudra se souvenir des Anonymous, épars combattants de la liberté, qui agissent tandis que les chancelleries se taisent. On ne peut pas savoir ce qui se passera, mais déjà de vieilles marionnettes sont en train, non pas de mourir, mais d’être dépassée, abandonnée, et dans un geste de dépit, montrent les dents et tentent de mordre. C’est l’époque où les gouvernements et les grandes entreprises travaillent de concert pour le contrôle d’internet, et enrôlent artistes et intellectuels, souvent bien obéissants. Il va y avoir de l’action.

Ma copine m’a envoyé une chanson sur le mec qui a mis enceinte la fille de Sarah Palin (Levi Johnston’s blues). Je ne sais pas comment interpréter le message. Les filles sont vraiment bizarres.

26 janvier 2011

être heureux par sauvagerie


Une amie est hospitalisée depuis une semaine, en psychiatrie. C’était nécessaire, cela a été difficile. Tout le monde est soulagé depuis qu’elle est à « l’abri ». Et je suis rassuré, je pense moins à elle, et je ne devrais pas, ou alors uniquement pour souffler, pour vivre moi aussi, égoïstement, pour moi, c’est important, d’être léger. Parfois on ne devrait pas continuer à vivre normalement, par moments, accorder des instants dans nos journées à penser à ceux qui vont mal, dont la vie est proche de l’enfer, sans se laisser déborder par la tristesse, sans se laisser emporter, mais penser à eux, leur dire en pensée qu’on est là, et envoyer des ondes douces dans leur direction. Être optimiste pour eux, pour nous, être joyeux et continuer à penser à eux, les blottir dans des moments, prendre soin d’eux microscopiquement. Ne pas pleurer, empêcher les larmes quitte à se faire mal en se plantant les ongles dans la main, il y a déjà trop de larmes, les détester ces larmes, ce malheur. Penser que ça va aller mieux. Ne pas en douter, et offrir cette certitude pour quand on pourra venir te voir. Être grave et léger, être heureux comme quelque chose qu’on arrache avec les dents, de sanglant, par esprit de contradiction, par sauvagerie. Je pense à toi, Manon.

26 janvier 2011

avec un peu de chance


Avec un peu de chance on a moins besoin de sommeil en vieillissant. J’aime dormir, et en même temps j’aime cette ivresse donnée par les nuits trop courtes, quand l’impatience de se lever dissipe les rêves. Beaucoup de choses à faire ces temps-ci, de nouvelles choses, d’importantes ; et toujours se battre avec le temps, la distraction, l’organisation. Mais remplir les journées d’impératifs sauve, on n’a pas le choix de ne pas avoir le temps. Ce matin, rendez-vous au restaurant Vins et Marée pour établir la liste des romans sélectionnés dans le cadre du prix Ouest-France/Étonnants Voyageurs. Drôle de position. Mais je crois que c’est le propre de la vie, ces situations étranges, sur lesquels je porte un regard qui change à chaque seconde, comme si rien n’était stable, et ce n’est pas grave, il y a même une grâce, une poésie, à cette incertitude, comment se comporter, quoi ressentir je ne sais pas vraiment, je crois savoir et je change d’avis, tout est flottant.

20 janvier 2011

Lieu Unique, Nantes


Quentin Faucompré et moi serons au Lieu Unique à Nantes pour une rencontre autour de La mauvaise habitude d’être soi. C’est à 18h30 aujourd’hui.

17 janvier 2011

La bataille contre mon lit


Les amis,
Vous pouvez nous retrouver, Sandrine Bonini et moi, à la librairie Le Monte-en-l’air pour fêter la sortie de La bataille contre mon lit (éditions du Baron Perché), le 19 janvier à partir de 18h30 (et jusqu’à tard tard tard), au 71 rue de Ménilmontant. Et pour boire un verre, discuter et manger des cookies !Fête au Monte en l'air pour la sortie de La bataille contre mon lit, janvier 2010

12 janvier 2011

Dorothy Parker en Bourgogne


Je suis en Bourgogne depuis lundi et jusqu’à demain. Certains élèves m’ont demandé mes influences, les auteurs qui comptent pour moi, et j’ai parlé entre autres de Dorothy Parker, pour ses nouvelles et sa poésie, j’ai dit combien son désespoir sans complaisance, son humour élégant, me touchent, et j’ai promis de laisser un poème sur mon blog. Le voici.

Résumé

Razors pain you; Rivers are damp;
Acids stain you; And drugs cause cramp.
Guns aren’t lawful; Nooses give;
Gas smells awful. You might as well live.

Dorothy Parker

(Les rasoirs font mal ; les rivières sont humides;
Les acides tachent; et les médicaments donnent des crampes.
Les revolvers ne sont pas légaux ; les noeuds coulants se défont ;
Le gaz sent trop mauvais. Alors autant continuer à vivre.)

Les rencontres se passent bien, parfois même très bien, surtout quand je ne suis pas face à quatre-vingts élèves à la fois, mais en petit comité. C’est l’occasion de me poser des questions sur mon roman (La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique), et d’y répondre, d’émettre des hypothèses et de découvrir des choses sur mon travail. C’est l’occasion de discuter aussi, d’écouter les lycéens et de partager, et de se demander avec lesquels je me serais entendu vingt ans plus tôt, c’est émouvant. Et puis, je fais une expérience du lycée qui n’est plus douloureuse, qui n’est plus une punition, un lieu où je me sentais mal à l’aise et seul. Cela doit être bien d’être prof, en fait. Cela devrait être bien d’être élève.

12 janvier 2011

uncool / un père à son fils


– Un dialogue de Almost Famous (Cameron Crowe) (William est joué par Philip Seymour Hoffman et William par Patrick Fugit)

William: I’m glad you were home.
Lester Bangs: I’m always home. I’m uncool.
William: Me, too.
Lester Bangs: The only true currency in this bankrupt world is what you share with someone else when you’re uncool.

– Sylverster Stallone, dans Rocky Balboa :

Let me tell you something you already know. The world ain’t all sunshine and rainbows. It is a very mean and nasty place, and I don’t care how tough you are, it will beat you to your knees and keep you there permanently if you let it. You, me or nobody is going to hit as hard as life. But it ain’t about how hard you hit. It’s about how hard you can get hit and keep moving forward; how much you can take and keep moving forward. That’s how winning is done! Now, if you know what you’re worth, then go out and get what you’re worth. But you gotta be willing to take the hit, and not pointing fingers saying you ain’t where you are because of him, or her, or anybody. Cowards do that and that ain’t you. You’re better than that! I’m always gonna love you, no matter what. No matter what happens. You’re my son, you’re my blood. You’re the best thing in my life. But until you start believing in yourself, you ain’t gonna have a life.

7 janvier 2011

livres


Mercredi, je suis passé aux éditions Le Baron Perché pour prendre mes exemplaires de La bataille contre mon lit, l’album fait avec Sandrine Bonini. Je le trouve très beau.

Je viens de recevoir un email de François Dürkheim : La Libellule de ses huit ans sous sa nouvelle couverture vient d’être réimprimé. J’ai hâte de le recevoir (je n’aimais pas la précédente).

Dans ma boîte aux lettres : le deuxième livre de Bertrand Guillot, B.a.-ba, la vie sans savoir lire. Un non-fiction novel sur les cours d’alphabétisation. Je ne l’ai pas encore terminé, j’en parle dans quelques jours. Il sort la semaine prochaine.

6 janvier 2011

un texte


La Villa-Gillet m’avait demandé d’écrire un petit texte, en raison de ma participation aux Assises du Roman (pour mes livres jeunesse), texte publié (avec ceux de nombreux camarades) par les éditions Christian Bourgois (dans leur collection poche). A peu près à la même époque, l’Akademie Schloss Solitude a demandé aux fellows et anciens fellows d’écrire un texte sur un mot que nous jugerions encombrant, dans le cadre de l’édition d’un Lexique de Mots Encombrants (Lexikons der sperrigen Wörter). Ces deux textes sont très proches l’un de l’autre (excepté la fin, texte plus court en allemand), ils portent sur le même mot : artiste. En français, la version Villa-Gillet, en allemand, la version Akademie Schoss Solitude.

5 janvier 2011

la violence des délinquants institutionnels


Message de mon frère. Le Pôle emploi a « oublié » d’envoyer un papier là où il travaillait avant. Il aura donc ses premières allocs fin février. Il est au chômage depuis le 15 octobre. C’est un système qui pousse les gens à bout. Il est pensé pour ça, pour les décourager, les faire craquer. La violence est là, davantage que dans les vitrines brisées des banques. Les casseurs sont dans des bureaux et des ministères, ils ont fait des études, ils n’habitent pas en banlieue. Il serait temps de les arrêter.

5 janvier 2011

un anniversaire accidentel


Une amie vient de laisser un message sur mon répondeur pour me souhaiter un bon anniversaire. Ce n’est pas le bon jour (ni le bon mois), mais maintenant je me sens tout ému, plus que si c’était vraiment mon anniversaire : c’est un anniversaire accidentel. On devrait se souhaiter nos anniversaires, de temps en temps, quand nous en avons l’intuition.

4 janvier 2011

Le nouvel an dans un appartement hanté par les années 60


Thé vert aux amandes et crumble au fruits rouges à l’Ébouillanté, 6, rue des Barres. Quiche aux légumes, mais surtout : roulé aux noix et gâteau amandes pistaches à la Pâtisserie Viennoise, 8, rue de L’École de Médecine (deux des meilleurs gâteaux goûtés depuis des années). Panic in Needle Park, rue des Écoles, à côté de Breakfast in America où je vais, peut-être, me rendre prochainement. Ces derniers temps : Rouleau de Printemps rue de Tourtille, Lao Siam rue de Belleville.

Nouvel an tranquille et agréable, chouette soirée, malgré la division des inadaptés magnifiques. Les inadaptés parmi les inadaptés (nous étions le noyau originel en quelque sorte) se sont retrouvés dans un appartement hanté (surtout par la déco des années 60) à deux pas du métro Parmentier.

4 janvier 2011

la transformation du pessimisme


Lundi après-midi, j’étais l’invité de Toufik Akem dans l’émission A plus d’un titre. C’est ici. Quand une question arrive, j’ai toujours l’impression d’un précipice que l’on place devant moi, je dois alors trouver une manière de survivre, de construire un pont assez solide, des ailes pas trop fragiles. Je n’avais pas de réponse à certaines questions, j’ai parlé du pessimisme et de sa transformation, de l’absurde et de la promesse de sens qu’il offre (l’absurde n’est pas absurde), de ces histoires qui s’ancrent dans ma vie quotidienne, et dans la dureté de cette société, je ne l’ai pas fait, mais j’aurais du prononcer le mot « politique ».

4 janvier 2011

au fait


Bonne année, les amis.

4 janvier 2011

étranger professionnel


Quelques petites choses trouvées dans le numéro de décembre de Philosophie-Magazine.

Bruce Albert, un anthropologue, se décrit comme un étranger professionnel, et ça me plaît bien cette expression.

« Tout goût esthétique se forge, comme une conscience politique, comme un sentiment amoureux, au contact de la question de la fidélité formalisée par Badiou, au-delà de ses propres choix politiques (soutien indéfectible au maoïsme aujourd’hui et, aujourd’hui, à « l’hypothèse communiste« ) : quelles conséquences d’un événement lui sont fidèles, lesquelles le trahissent ? Tout ce qui est subjectif tient à l’élaboration de ce choix. La réponse de Badiou est la suivante : est toujours fidèle à un événement, quel qu’il soit, celui qui fait des conséquences reconnues de cet événement un événement… » Tristan Garcia.

« J’aime le thé, j’aime rapiécer ma cigarette (là où le papier s’est déchiré). J’aime ma femme, mon jardin (à la campagne). Vassili Rozanov.

« Le langage nous asservit tant que nous ne prenons pas conscience du rôle qu’il joue dans notre vie. » Jean-François Billeter.

« Je parle du corps comme de l’ensemble des facultés, des ressources et des forces, connues et inconnues de nous, que nous avons à notre disposition ou qui nous déterminent. » Jean-François Billeter.

Tchouang-tseu considère la subjectivité comme un va-et-vient entre le virtuel et l’actuel. Le virtuel, c’est la réserve d’où sortent nos pensées et nos actes. L’actuel, c’est le domaine dans lequel nos pensées et nos actes prennent forme et deviennent conscients. Dans le Tchouang-tseu, le virtuel est présenté tantôt comme un grand vide, tantôt comme une confusion obscure et féconde, ce qui est conforme à l’expérience que nous en avons. Je pense à ces états de distraction profonde dans lesquels je m’installe lorsque je dois prendre une décision : je fais le vide afin que l’acte se fasse. Tchouang-tseu attache une importance primordiale à ce va-et-vient. Qui sait régresser et retourner à l’indéfini, dit-il, se ressource et se renouvelle. Celui qui en est incapable et s’enferme dans l’actuel, au contraire, meurt. » Jean-François Billeter.

« C’est l’une des idées les plus précieuses que j’aie trouvée chez les calligraphes : notre activité est perfectible. Et son perfectionnement modifie notre rapport au monde. » Jean-François Billeter.

Le numéro de janvier de Philosophie-Magazine est peut-être déjà en kiosque.

Sinon :

Le petit livre d’entretien avec Apatow est très bien.

Matinée à parler avec Christophe Carpentier. On a parlé de violence donnée, et rarement rendue (sauf contre soi), et de travail. A chaque fois que je discute avec Christophe j’ai l’idée d’un nouveau livre. Ce matin on s’est dit qu’on aimerait faire un livre ensemble, créer une association aussi, donner la parole à ceux dont on ne se préoccupe pas.

J’ai très envie de lire La Dystopie, d’Eugene Zamiatine (apparemment une influence d’Orwell pour 1984) et les bd de John Porcellino, leur tendresse, leur douceur, me bouleversent. Envie de lire Histoire d’un allemand. Souvenirs (1914-1933), sur la lente et sûre montée du nazisme à la faveur de la crise économique (tiens, tiens).

J’ai reçu en cadeau une boîte d’aquarelle de voyage. Même sans être doué, on arrive à faire de jolies choses, par hasard, par accident.

Au cours de la dernière émission d’Arnaud La Porte, Place de la Toile, un invité dit : « Il est coûteux d’être honnête sur internet. »