rescapés de retour dans la cour d’école
cigarette from Martin Page on Vimeo.
Avec Jakuta, dans la cour de l’école d’un village, Wallers-en-Fagne, près de la frontière belge, on s’est pas mal perdu avant d’y arriver, heureusement le gps était là. Je ne fume pas, mais de temps en temps je crapotte, plaisir de tenir une cigarette, biberon toxique, radiateur portable, étoile qui brille quand on la respire. C’est une chance de parcourir les routes et d’aller dans des endroits auxquelles on ne s’attendait pas. Il n’y a pas grand monde, et ce n’est pas grave. Ce ne sont pas des salons, pas des endroits chics, mais voilà des grand-mères, des gens modestes, quand la simplicité est belle, des gens qui viennent par hasard, pour voir, d’autres car ils aiment lire, pas forcément les livres que je lis, mais encore une fois on s’en fout, c’est la chance des rencontres inespérés, avec des êtres différents, on est loin de Paris, géographiquement, psychologiquement, éthiquement, on discute de notre travail pendant une heure et demie, même s’il y a encore cette satanée table qui fait une idiote séparation. En six jours, nous avons fait une quinzaine de rencontres, alors forcément les questions sont parfois, souvent, les mêmes, mais la voix n’est pas la même, la tonalité, l’intention, et puis nos réponses évoluent aussi, elles s’enrichissent, elles prennent d’autres voies, on comprend ce que l’on pense en s’écoutant répondre à des questions que l’on se serait pas posé, on parle aux autres, mais tout autant à soi-même, on se révèle des choses grâce à ces quelques personnes assises en face, car la rencontre, la présence de l’autre a des effets, on pense mieux, plus justement, des idées viennent, l’inspiration est là. Je suis solitaire et j’ai peur des autres, mais j’aime parler dans ces occasions, sans doute parce que je suis protégé, je suis écrivain alors on me considère avec bienveillance, ce job est un passeport pour moi l’inadapté, le moyen qui m’a permis de rencontrer d’autres gens, de parler, car sans ça cela m’est presque impossible. C’était chouette cette cour d’école, alors qu’on n’est plus un élève, qu’on en a réchappé, le lieu des anciennes batailles. Nous sommes au moins sauvés de ça.
1. constance93 | 16 octobre 2011 à 23h50
sympa ces petites vidéos de voyage, même si je perçois la magie de l’instant plus par tes quelques mots dessus que par ces images. j’ai parfois l’impression que ces choses là ne sont belles que sur l’instant, puis racontées par la suite par celui qui les vit, qui prend la décision de les partager. on a beau les filmer, les photographier, les graver sous tous les angles, ça ne marche pas de la même manière.
toujours une dent contre l’école, n’est-ce-pas ? il faudrait que ça devienne un lieu plus accueillant, plus humain. je suis assez d’accord avec le propos de Jakuta Alikavazovic quand elle dit que l’architecture de l’école ressemble à celle de la prison. son organisation aussi, un peu, parfois.
(j’ai fini par relire sous tes conseils Le Londres Louxor, avec lequel je n’avais pas croché : sans regrets, mes dispositions ont changé et j’en ai ressenti ce roman différemment, les ‘défauts’ que j’y avais vu (difficulté d’accès, univers onirique, écriture ample et complexe, etc) sont devenus des ‘qualités’ à la deuxième lecture. je te dois des remerciements)
2. Martin | 17 octobre 2011 à 22h15
@ constance 93 :
une dent contre l’école, non, plutôt toute une mâchoire
mais l’école ne se termine jamais, elle est le modèle de la vie en société, la cour de récréation règne
cool que tu aimes les livre de Jakuta :-)
3. Claudette | 29 octobre 2011 à 12h45
Bonjour, cher monsieur Page ! (Ma sympathie m’inspire “Martin” mais c’est peut-être un peu familier !)
J’étais, moi aussi dans la cour (hélas je ne suis pas des “crapoteurs”, je suis une véritable accro ;-)) Une belle soirée dans notre petit village, un souffle nouveau à travers vos mots et plus encore envie de lire et d’écrire. J’ai terminé, comme toujours à regret - je n’aime pas voir venir la fin d’un voyage - “La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique” et j’ai beaucoup aimé le chemin de vie de votre héros, bouleversé pour un mieux par un terrible événement. Merci pour ces belles heures en votre présence et dans votre roman !
Amicalement,
Claudette
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