30 octobre 2011

peut-être un jour


vagues dessins à la plume et à l'encre de Chine (moi et C*)Une amie vient de se faire virer de son stage, car elle n’était pas assez efficace. Évidemment elle était encore étudiante. Quelle société de merde. Les stagiaires sont pas, ou à peine payés, ils sont censés être formés, mais on attend d’eux qu’ils occupent le poste d’un véritable professionnel. L’édition aussi a recours aux stagiaires, rarement dans des conditions décentes. Qu’on ne vienne pas me dire qu’il n’y a pas assez d’argent pour payer un salarié en plus, c’est de la connerie, je vois quelques postes budgétaires qui pourraient perdre du gras. On profite de la fragilité économique des gens, jeunes ou pas jeunes peu importe, on se sert d’eux, pourquoi pas ? ils sont là, polis, compétents, rêvant d’un boulot. On profite d’un marché du travail en lambeaux, et on instaure un rapport défavorable aux stagiaires et aux précaires en tout genre. On s’invente des justifications bien sûr, car parfois des patrons s’imaginent de gauche c’est plus chic. Peut-être un jour on en aura assez de se laisser traiter ainsi.

  • 1. C*  |  30 octobre 2011 à 16h39

    Oui, c’est honteux !
    Et en plus, les universités et écoles sont complices de ça, en instaurant des périodes de stage obligatoires (sans quoi pas de validation du diplôme) de 3 mois, 6 mois, alors qu’elles connaissant parfaitement les conditions des stages (elles relaient même les offres).

    Ceci dit, on a le choix. Si au moins les étudiants cessaient d’accepter de faire des des stages non payés et aux conditions indécentes (disponibilité, tâches), ça serait déjà un pas.

  • 2. constance93  |  30 octobre 2011 à 17h12

    à C* : je ne sais pas si on a le choix de refuser des stages non payés et aux conditions indécentes : un moment, on fait des stages dans l’espoir de trouver mieux plus tard, en se disant que de ce stage, non rémunéré et qui abuse totalement de notre personne, en sortira peut-être un vrai boulot, dans l’entreprise même ou ailleurs, parce que le stage nous apportera une reconnaissance supplémentaire. dans les faits, c’est très différent, mais a-t-on quand même le choix ?

    mais je crois qu’en effet on arrive à saturation. un moment, bientôt, on finira par se soulever et dire “stop”. je ne sais pas comment, l’opposition est très bien réprimée dans ce système de m*** où rien d’autre ne compte que l’amassement d’argent au profit de quelques-uns et où la précarité nous enferme dans l’invisibilité. tant que l’on amasse toujours plus d’argent, quelle importance que certains (beaucoup) vivent et travaillent dans des situations inacceptables ? à force de ne pas nous prendre en compte, ils vont se faire surprendre par la force que nous pouvons représenter. mais encore faut-il s’unir…

  • 3. C*  |  30 octobre 2011 à 18h22

    Croire qu’un vrai boulot résultera d’un stage non payé est un peu naïf. Malheureusement, c’est le cas de nombreux étudiants, parents… Une entreprise à l’éthique suffisamment flexible pour exiger des stagiaires formés tout en refusant de les payer n’a aucun intérêt à changer son mode de fonctionnent. Des étudiants doués, motivés, intelligents et prêts à faire des heures supplémentaires en échange d’aucune reconnaissance, il y en a plein. Ils sont remplaçables.

    Un stage, ce n’est qu’une ligne dans le CV. Les expériences, on les construit aussi bien ailleurs, et les CV, on les rédige soi-même. J’ai appris mille fois plus sur l’entreprise, l’humain, la responsabilité, la gestion du stress, de l’imprévu, l’autonomie, le travail en équipe… (et tous ces termes d’entreprise), dans mes petits boulots (qui eux, me payaient au moins décemment, me proposaient d’évoluer, m’offraient des conditions de travail adaptées à mes horaires…) qu’en stage.

    Sans même demander aux étudiants de se mettre en marge, de cesser de faire des stages, d’obtenir des diplômes, (et pourtant…) il y a toujours la possibilité de trouver des stages au moins intéressants, au moins mal payés plutôt que pas payés. Bien sûr ça reste honteux, il faudrait changer l’ensemble de ce système, se révolter… Mais cesser de se dire que l’on n’a pas le choix, c’est une manière de lutter, un début de soulèvement.

  • 4. C*  |  30 octobre 2011 à 18h25

    Et puis refuser ce genre de stages, c’est aussi dire à soi-même (et aux entreprises auprès de qui on postule) “je vaux mieux que ça”.

  • 5. Gaël  |  30 octobre 2011 à 19h32

    Je suis plutôt en accord avec C*. Un point a ne pas négliger c’est lors du mouvement contre les contres réformes des retraites, des lycéens se sont joint au mouvement de façon bien plus massive que les dernières mobilisations concernant la lutte pour la sauvegarde des retraites bien mérités. Pourquoi ces lycéens se sont joint au mouvement se demandaient les journalistes: car ils avaient compris que le systeme des stages participaient a la disparition de la retraite tel qu’elle était pensée au départ. Et cette nouvelle génération n’avait pas du tout l’intention de se satisfaire du néo esclavagisme que supportaient leurs grands frères ou grandes soeurs. Les trentenaires se sont fait souvent avoir lorsqu’ils étaient étudiants, mais il me semble que le vent tourne. Personnellement des stages j’aurais pu en faire plein. Mais je ne pouvais pas me permettre de travailler sans être payé et lorsque je le pouvais, je trouvais ce systeme idéologiquement puant. Et j’ai donc refusé les stages. Ce qui ne m’a pas empêcher de trouver du boulot dans ce que j’aimais faire. Bref, il faut refuser ce systeme des stages. Mais lorsqu’un patron embauche une personne qui a auparavant cumulé les stages; il saura également qu’il aura quelqu’un de soumis et de malléable. en plus d’être efficace. Quelqu’un qui cherchera pas forcement a se syndiquer ou a monter un syndicat, qui n’ira pas voir les prud’hommes, qui acceptera les nombreuses entorses au code du travail que pratique son entreprise, car ma petite dame, c’est la crise, et les patrons ils font ce qu’ils peuvent. Quelque part, les stagiaires participent à ce systeme.

  • 6. Martin  |  30 octobre 2011 à 19h44

    @ Constance
    @ C*
    pas facile en tout cas, et on est parfois naïf… ça ne dure pas j’espère, quoi que pour certains, si, mais là ça devient une règle de vie, un choix politique, une manière de collaborer avec ce qui nous oppresse

  • 7. toxicavengeresse  |  3 novembre 2011 à 18h14

    Je vous signale que grâce à Génération Précaire, qui a mené et mène toujours un combat intelligent, le cadre des stages a tout de même changé : on ne peut plus engager un stagiaire sans convention et l’employeur est obligé de le payer 300€ net minimum lorsque le stage dépasse les deux mois. Et cela même pour les institutions publiques, qui,comme d’habitude, furent les dernières à se conformer à la loi. on pourrait se dire que 300e, ce n’est pas beaucoup, et on aurait raison, mais c’est fou comme le simple fait d’être obligé de dégager un budget, même minime, a contraint les consommateurs de stagiaires à y regarder à deux fois. Les universités sont également plus regardantes. Comme quoi, l’action concerté et la négociation + une utilisation intelligente des medias, ca peut faire la différence. Ce n’est pas assez, et il faut aller plus loin, mais il faut bien se dire également, ayant moi même été stagiaire, que quelque soit la compétence et l’intelligence des étudiants, l’université ou les écoles ne préparent pas au travail et que l’insertion professionnelle a besoin d’un cadre temporaire qui ne peut pas être celui du salariat. Franchement, pour ma part, fraichement émoulue de l’université française, je vois mal comment je me serais passé de la formation efficace et bienveillante qui fut celle que j’ai reçue par les gens qui m’ont donné du travail par la suite!
    Mais je suis probablement une social-traitre…

  • 8. C*  |  3 novembre 2011 à 21h59

    Oui, c’est un premier pas, mais débourser 300 € (exempt de charges, qui plus est) pour payer un stagiaire, c’est véritablement pas grand chose pour une entreprise. Même en tant qu’indépendante, si j’avais besoin d’embaucher un stagiaire cela signifierait que j’aurais largement les moyens de le payer 300€. Quand j’ai du faire un stage à l’université, je ne postulais qu’aux annonces qui proposaient au moins 300 €/mois de rémunération (la loi n’existait pas encore) et pourtant il s’agissait ou d’un stage consécutif à un précédent (qui remplaçait donc un poste), ou d’une mission temporaire, qui aurait du être confiée à un employé en CDD.

    En l’occurrence tu as eu de la chance : un stage qui offre à la fois une formation efficace et bienveillante et un travail par la suite, c’est d’une grande rareté.

  • 9. Martin  |  6 novembre 2011 à 15h44

    @ toxica : tu n’es pas une sociale-traître, tu n’as simplement pas vécu les expériences qui pourraient te faire penser autrement que ce tu penses ; c’est la malheur des discussions politiques : on parle à travers le prisme de notre milieu social, et on est bien aveugle à la réalité des autres.
    Tu sais, il n’y a des stagiaires que depuis les années 70 (aux Etats-Unis en tout cas, il y a un article sur le sujet dans Books de ce mois-ci), et avant les entreprises et institutions fonctionnaient quand même.
    Le problème des stages actuels payés 300 euros, c’est que ça les réserve aux étudiants qui viennent de milieu favorisés, qui sont aidés par leurs parents. Car comment fait-on pour vivre avec 300 euros par mois à Paris (ou ailleurs) ?
    Que l’école et l’université ne préparent pas au monde du travail, peut-être, mais la solution actuelle n’est tout simplement pas juste à l’égard des étudiants les plus pauvres. A une époque, on se formait en travaillant, et tiens toi bien : on était payé pour ça, véritablement payé, car c’était la fonction des entreprises et des institutions que d’achever la formation. Et ça marchait plutôt bien.
    Mais c’est un choix de société.

  • 10. toxicavengeresse  |  8 novembre 2011 à 07h54

    Je comprends ce que vous voulez dire (le prisme vaut pour tout le monde). Mais le stage n’est pas plus réservé aux étudiants favorisés que ce que le sont les études en général puisque le stage est intégré dans ton cursus (ce n’est pas une année en plus, deux à 6 mois dans une année de cours, pas toujours à temps plein). Par contre, qu’il y ait une vraie barrière géographique, du fait du coup des loyers parisiens, quand on n’en est pas originaire, c’est une réalité. Mais d’une certaine manière, je suis bien plus génée par la question que pose la non décentralisation et le manque de moyens des universités, consécutif à l’existence d’écoles de la reproducion sociale que sont les grandes écoles que par le stage en lui-même. Mais je vois ce que tu veux dire, Martin, par rapport à la valeur du travail. On est passé du travail comme moyen de s’élever socialement et de gagner sa vie au travail comme privilège social pour lequel il faudrait payer de sa poche (ou de celle de ses parents). Au fond, entre le prisme des études et de l’entrée sur le marché du travail, l’ascenseur social est totalement anéanti. Les années 70 sont bien loin.

Faire un commentaire


indispensable


indispensable, restera secret


S'abonner aux commentaires via le fils RSS