9 novembre 2011

à mon bureau

Une pétition circule pour protester contre la hausse de la tva sur le livre (celle-ci passant de 5,5% à 7). Rappel : le taux normal de tva est de 19,6 %, la tva sur le livre reste réduite. Pas assez réduite : en Angleterre, elle est à 0%. Mais cela ne devrait pas concerner que le livre : il faut que tous les produits de nécessité ne soient pas du tout taxés par la tva, c’est-à-dire l’eau, le gaz, la nourriture, les livres les disques, les films… Le combat à mener est contre l’existence même de la tva, car c’est l’impôt le plus injuste. Le reste est un combat à court terme (note du 10 novembre : j’ai supprimé les mots « corporatistes » et « égoïstes », inappropriés et qui font perdre de vue le sens de mon propos, et que j’adressais aux auteurs, chers amis libraires, cf. suite du texte). Les auteurs sont des précaires, alors rejoignons le combat des précaires, d’une société entièrement en voie de précarisation (et quand je dis « rejoignons » je ne parle pas de choses éclatantes, mais déjà ayons un discours clair sur ces sujets-là, un propos qui englobe toute la société). Je viens de lire le texte de la pétition (ici). Le discours sur « le livre n’est pas un objet comme les autres » me gêne profondément. Une table fabriquée par un ébéniste non plus n’est pas un objet comme un autre, un violon non plus. Plus que l’objet, c’est la manière de le faire qui compte. Battons-nous pour que tout le monde soit traité et payé convenablement (ajout du 10 novembre : ce qui veut dire : pour que les libraires, les éditeurs et les auteurs, parmi les autres, puissent faire leur métier dans de bonnes conditions). L’inaction sous la bannière « moi je ne fais pas de politique » me pose problème. Les auteurs qui ne défendent que leurs droits me posent problème. Tant que chacun restera dans son coin, rien ne changera. Profitons de cette hausse de la tva pour défendre les autres aussi, pour parler d’une même voix.

Pour me calmer, j’ai fouillé dans mes boîtes de thé et j’ai redécouvert un si ji chun de Zhu Shan (Taïwan), récolté fin décembre 2008. Trois ans ! et il est parfait. Frais et confit. Waou, c’est bon.

Et bordel : je veux que les livres restent des objets comme les autres, si les autres objets sont bien faits : des objets extraordinaires. Qu’ils soient familiers, doux, tendres, pleins de surprises et de chaos. Qu’ils ne fassent pas peur. Qu’ils soient accessibles. La sacralisation de l’art est une blessure faite à l’art. Que tous les objets « comme les autres » soient le fruit d’un artisanat, le résultat d’une passion ça me semble une belle ambition.

  • 1. saga  |  9 novembre 2011 à 17h27

    Martin président! Martin tu as l’âme d’un syndicaliste.

  • 2. constance  |  9 novembre 2011 à 18h20

    joli discours :)
    je suis d’accord avec toi, mais notre société semble tellement cloisonnée que je ne sais pas si c’est encore possible de s’unir pour s’opposer à un système global (car je suis d’accord avec toi : ce ne sont pas des secteurs qui sont en difficulté, mais tout le système qui régit la société). mais il faudrait au moins essayer.

  • 3. Grégoire  |  9 novembre 2011 à 19h56

    Bonjour,

    Je suis libraire, je suis un égoïste, je penses qu’à ma gueule, j’ai pas envie que ma librairie ferme. Si la TVA sur les livres passe à 19,6% comme vous le préconisez, moi je ferme…et je ne vends plus vos livres! Beaucoup de librairie seraient dans mon cas. J’espère donc juste que les GSS (grandes surfaces spécialisées FNAC etc.)vous aient bien référencé…Je vais donc mettre vos ouvrages au retour et je conseillerai désormais à mes clients d’aller chez Ikéa pour les trouver : ce sont des objets comme les autres….

  • 4. saga  |  9 novembre 2011 à 22h55

    Je viens de lire la pétition. C’est surtout affreusemment mal écrit. On dirait du Tristane Banon!

  • 5. Martin  |  9 novembre 2011 à 23h03

    Bonjour,
    j’aime beaucoup les mesures de rétorsion :-)
    Alors 1. On ne se comprend pas. Je dis qu’il faut se battre contre l’idée même de tva et que le texte de la pétition tel qu’il est rédigé me pose des problèmes, on peut en faire une analyse phrase par phrase si vous voulez (hamburger, pizza ? Les livres, c’est la gomme abstractive de toutes les inégalités ?). C’est l’impôt injuste par excellence. Et j’aurais aimé que la pétition ouvre le champ et parle de l’injustice d’une tva à 19,6 pour la consommation électrique par exemple. Lisez-moi. Je ne vois pas comment vous avez pu comprendre que je demandais une tva à 19,6 pour le livre… Je disais : il serait temps qu’on soit solidaire.
    On devrait être solidaire de tous ceux qui sont touchés par la précarisation. Un mot pour en parler aurait été bienvenu. J’aurais aimé que ce texte soit vraiment politique.
    Bordel, vous n’avez rien de mieux à faire que de me menacer ? On en est là ?
    Alors oui je pense qu’on devrait traiter les gens qui font (et vendent) des tables, du pain, des hamburger avec passion ou sans passion de la même façon. C’est à dire très bien, avec des égards, du respect. Et je déteste l’idée de hiérarchie entre les gens ou les objets. Vous pouvez ne pas être d’accord avec moi. Des représailles ? Tant pis pour vous. On pourrait pu discuter. On peut discuter.

  • 6. Bertie  |  9 novembre 2011 à 23h13

    Je ne crois pas une seconde que le type qui écrit « je suis libraire… » est libraire, puisqu’il fait une faute à presque tous les mots. Ou alors c’est le moment de passer la tva sur le livre à 80%, qu’on soit enfin débarrassé des illettrés.

  • 7. frédéric  |  9 novembre 2011 à 23h28

    Martin, pour beaucoup d’entre nous la revendication d’une TVA réduite pour le livre n’a rien à voir avec un discours corporatiste visant à sacraliser l’objet livre. Certains font peut-être l’amalgame, ils ont tort. Il s’agit d’une question de survie, pas seulement pour les libraires (j’en suis et s’il faut crever parce qu’on ne veut plus de nous ou parce qu’on a plus besoin de nous je le prends pour moi, là n’est pas la question) mais aussi pour le marché du livre en général, les éditeurs comme les auteurs. Car avec une TVA plus élevée les livres vont augmenter et risquent d’encore moins se vendre. Mais le plus grave c’est qu’en touchant à la TVA c’est le début du grand n’importe quoi. Demain ce sera le prix unique soyez-en sûr. C’est le franchissement du Rubicon.
    Après que la TVA soit un impôt injuste ou pas, sincèrement je n’en sais rien. Faut-il la supprimer ou la lisser pour qu’elle soit la même partout ? Je n’en sais rien. Mais en tout cas s’attaquer à la TVA du livre actuellement est une décision profondément débile, irréfléchie, qui va rapporter des broutilles et qui risque de faire beaucoup de mal.

  • 8. Martin  |  10 novembre 2011 à 00h15

    Bonjour Frédéric,
    Merci pour ton commentaire.
    Tu sais je vis de mes droits d’auteur, alors une tva plus élevée me met aussi en danger. Je veux dire : je ne suis pas rentier, je n’ai pas le point de vue de celui pour qui l’argent ne serait pas un problème, une angoisse quasi permanente.
    J’ai l’impression que mon post a été mal compris. Je n’ai jamais approuvé l’augmentation de la tva sur le livre (il faudra me montrer où…).
    Le franchissement du Rubicon est franchi depuis des années. C’est un temps difficile pour les auteurs aussi. Les auteurs et les libraires ne survivront pas dans une société entièrement précarisée.
    Tu parles du prix unique. Sans doute ça sera la prochaine cible. On se battra pour le défendre. Mais il y aurait des combats à mener, des lois à faire pour vraiment protéger la librairie : les remises plus importantes pour les grandes surfaces sont un problème non ? l’office ? Amazon qui n’est pas imposé en France ?
    Ce que je reproche au texte de la pétition c’est sa courte vue et ses bons sentiments qui au final ne mènent à rien. Que les libraires, les auteurs, les agriculteurs continuent à défendre leurs intérêts propres, ça me pose problème et ça nous fera aller dans le mur. On peut en discuter. Je crois que chaque métier en danger gagnerait à avoir un champ plus large, une perspective plus politique de la situation. C’est uniquement ce que je dis. On partage j’imagine à peu près les mêmes conditions de vie, celles équivalentes à des salariés modestes. On se ressemble, on aime les livres, on devrait s’entendre et se comprendre.
    Je ne crois pas que les problématiques des libraires soient différentes de celles des autres salariés modestes : c’est dit quelque chose de la destruction politique d’une certaine civilisation humaniste hérité des lumières, de la révolution, de toutes les luttes politiques et sociales.
    Donc voir un texte mal rédigé (le mien l’était aussi manifestement si personne ne comprend), ça me met hors de moi. Une pétition c’est une occasion pour faire entendre une voix forte. Alors ne le faisons pas seulement pour ces 1,5 % (qui sont important j’en conviens). Parlons politique. Disons que la tva en elle-même est l’impôt le plus injuste. Le risque ce n’est pas slt la tva à 7%, mais un saccage humain et social comme on en a jamais vu, la montée de l’extrême-droite, la fin de la sécurité sociale comme on la connaissait il y a encore vingt ans etc…
    Ma réaction tient à mon énervement vis à vis d’artistes (je ne pensais pas à la librairie quand je l’ai rédigé, je me le suis réapproprié, désolé), bien peu présents, bien peu critiques, et que j’ai vu monter au créneau il y a quelques années pour exiger que les usagers des bibliothèques payent des droits. J’étais contre. Mon coup de sang partait de mon expérience, d’un ras de bol vis à vis de l’égoïsme ambiant. Pensons et énervons nous de façon plus solidaire.
    bonne soirée,
    martin

  • 9. Martin  |  10 novembre 2011 à 00h24

    Frédéric,
    une note pour finir :
    quand tu dis :
    « Après que la TVA soit un impôt injuste ou pas, sincèrement je n’en sais rien. Faut-il la supprimer ou la lisser pour qu’elle soit la même partout ? Je n’en sais rien. »
    Excuse-moi mais ça me choque. On devrait travailler à avoir une certaine culture politique et économique. C’est notre responsabilité. Parce que la tva, le faux problème de la dette, etc ça nous concerne tous. On vote, on ne devrait pas le faire passivement, mais en se ressaisissant du politique. On nous prépare un monde très violent. Il serait de se préoccuper d’avoir une vision plus globale, car toutes nos visions individuelles vont nous mener à la victoire de la catastrophe. Bien sûr je suis contre la hausse de la tva à 7%, puisque que je suis contre le principe même de la tva. Mais ça ne suffit pas. Loin de là.
    C’est chouette en tout cas de discuter dans le calme :-)

  • 10. Martin  |  10 novembre 2011 à 00h31

    @ Bertie : je fais aussi des fautes :-)

  • 11. Martin  |  10 novembre 2011 à 00h31

    @ Constance : oui essayons !

  • 12. Caroline  |  10 novembre 2011 à 00h47

    Le texte me semble assez clair. Après, chacun peut le prendre diversement selon son degré d’implication dans la question.
    On l’a vu récemment, émettre quelques critiques face à l’engouement « Sauvons Charlie Hebdo », à coups d’indignations toute la journée sur internet, c’est tout de suite mal perçu. Une semaine après, on voit ce qu’il en reste.
    Sujet suivant… Poser des questions sur des pétitions qui circulent à tout va et ne mènent généralement à rien tellement il y en a, c’est pareil : tout de suite douteux.
    Sujet suivant… Chaque semaine tout le monde s’offusque dans son coin, de préférence sur le net, et il n’en reste rien le lendemain.
    Faut pas s’étonner de la direction qu’on prend : le mur.
    Alors des personnes qui réclament des actions communes, c’est plutôt salutaire.
    Merci Martin Page.

  • 13. Martin  |  10 novembre 2011 à 08h32

    @ saga : je crois que c’est écrit par quelqu’un qui est en colère
    ça m’arrive aussi…

  • 14. Martin  |  10 novembre 2011 à 08h33

    @ Caroline :
    le problème de la succession des pétitions, oui

  • 15. Martin  |  10 novembre 2011 à 08h37

    @ Frédéric : même si la pétition permet d’empêcher cette tva de passer à 7%, les libraires, les auteurs et certains éditeurs seront toujours menacés. Parce qu’Amazon arrive (et les éditeurs ont joyeusement signé avec), parce que les gens ont de moins en moins d’argent pour acheter des livres (et se chauffer) etc, parce que les problèmes structurels seront toujours là.

  • 16. Jean-Marc  |  10 novembre 2011 à 12h34

    Le refus de l’élitisme passerait donc par le refus d’établir la moindre distinction entre une table, un livre ou un kilowatt heure ?

    Si le livre est un objet comme un autre, alors tout se vaut, tout peut s’échanger et se vendre sans qu’il soit nécessaire de se poser la moindre question éthique ou philosophique ; alors il devient inutile de réfléchir, de rêver, d’imaginer ; alors il suffit d’acheter ; alors vous pouvez sans problème lire votre table et (vous) débarasser (de) votre livre. S’éclairer à la bougie ou au nucléaire ? Qu’importe ! Tout se vaut puisque tous les objets sont des marchandises…
    Il suffirait de supprimer la TVA et la société deviendrait d’elle-même meilleure ? On attend avec gourmandise le développement de ce beau projet social…

    Au nom d’une prétendue lutte contre l’élitisme, nous assistons sur certains blogs à la disparition de l’imaginaire et de la pensée politique alternative. C’est en défendant le livre – et le droit du plus grand nombre à y accéder – que nous pouvons espérer sa…renaissance.

    Je signe avec conviction et sans réserve la pétition qui vous énerve tant !

  • 17. Martin  |  10 novembre 2011 à 13h03

    Bonjour,
    Pour moi, il est clair il y a moins de différence entre certains artisans ébénistes (qui font des tables) et certains auteurs qu’entre ikea et tel auteur qui fait écrire son livre par un « nègre » (ghost writer).
    Je comprends que tout le monde ne partage pas ce point de vue. Mais respectez-le.
    Si je parlais de l’électricité, c’est que je trouve honteux le taux d’imposition de la consommation électrique. En France, des millions de gens se chauffent peu ou pas en hiver à cause du coût de l’électricité. Cette électricité devrait avoir une tva à 7%, plus bas encore, pas de tva. Comme le livre. Car avoir chaud et de l’éclairage permet aussi de lire ;-) C’est ce à quoi je fais référence. Ces combats sont liés.

    Non, je n’ai pas dit qu’il suffisait de supprimer la tva pour avoir une société meilleure. Mais se battre contre les injustices, oui ça peut aider (la tva, sur le livre comme sur tout, en étant une).

    « Si le livre est un objet comme un autre, alors tout se vaut. »
    Pas d’accord. Si le livre est un objet comme un autre, et que tous les objets sont le fruit d’une pensée, d’un artisanat, alors le « comme un autre » n’est pas gênant. Ce qui pose problème c’est l’industrialisation. Du livre comme des tables. Et certains livres ne sont pas mieux faits et écrits que certaines tables de grande distribution. En soi, le livre ne protège de rien et n’est pas le signe d’une plus grande sensibilité, culture, intelligence.

    Je suis bien d’accord pour que les objets cessent d’être marchandises et que l’argent ne soit plus la valeur cardinale de la société. Cela veut dire sortir du capitalisme. Ok luttons pour ça. Pour sortir du nucléaire aussi. Votons et battons-nous à notre manière, comme on peut. Mais élargissons le combat au delà d’une histoire de tva.

    J’ai peu de temps et mieux à faire, je ne lutte pas contre l’élitisme, même s’il me pose problème, et pourquoi pas comme disait Vitez un « élitisme pour tous ? » ça me semble une belle ambition.

    Si vous voulez défendre les livres (et le cinéma, les arts en général), alors se contenter de défendre le livre c’est se raconter des belles histoires. Si vous voulez vraiment défendre les livres et les valeurs humanistes qui y sont attachées, défendez aussi la justice sociale dans son ensemble. Mais je crois que la plupart s’en moque.

    Je suis entouré de livres, j’en achète sans cesse, j’en offre. Et j’en écris. Il est évident qu’ils sont importants pour moi. Mais se battre pour leur diffusion et leur pérennité, c’est aussi porter le combat à une échelle plus globale.
    Manifestement on se comprend pas. C’est dommage car au fond nos positions ne sont sans doute pas éloignées. Gardons des forces pour nos vrais adversaires. Ou pas. C’est un choix.
    Quand un libraire me dit qu’il va censurer mes livres, et que personne n’est choqué, je trouve qu’il y a là quelque chose de désespérant. Où sont les questions éthiques et philosophiques dont vous vous réclamez dans ce cas ?

    m.

  • 18. Martin  |  10 novembre 2011 à 13h04

    une expression me vient :
    « guerre picrocholine »
    :-)
    m.

  • 19. frédéric  |  10 novembre 2011 à 14h28

    @Martin : Je m’intéresse peu à la politique pour des raisons personnelles, je l’assume et je ne suis pas économiste, c’est pourquoi sincèrement je ne sais pas si la TVA est plus injuste qu’un autre impôt comme l’impôt sur le revenu tel que nous le connaissons aujourd’hui.
    Pour le franchissement du Rubicon, il n’avait pas été franchi mais bien-sûr abordés de tous les côtés. C’est un combat de tous les jours, comme les frais de port gratuits sur amazon par exemple, et j’en passe des vertes et des pas mûres… Mais dans l’ensemble le législatif a tenu bon pendant 30 ans : prix unique, tva intouchable, pas d’amendement visant à assouplir la Loi Lang (que je sache, malgré des tentatives bien malheureuses de certains députés). Et on a même eu des pare-feux supplémentaires : remises maximales pour les collectivités par exemple (avec en contrepartie ensuite des contraintes de marchés publics mais passons). Là, notre gouvernement est en panique, du coup on s’attaque à la culture en se disant que ça passera plus inaperçu,que la pilule sera moins dure à avaler. Et surtout pour trois fois rien en retour. En un peu plus de 15 ans de librairie j’ai vu la montée puis la suprématie d’Amazon s’installer, mais en vérité cette augmentation de TVA me fait plus peur que n’importe quoi d’autre, bien plus que le livre numérique, même si les conséquences à court terme peuvent être relativisées. De mon point de vue c’est la boîte de Pandore qu’on ouvre. Et on ne sait vraiment pas ce qu’on va trouver dedans au bout du compte. Ce n’est que le début.
    Sinon je n’ai pas lue la pétition en question, et je pense qu’il vaut mieux se concerter un tout petit peu avant au lieu d’en faire une ou plusieurs dans l’urgence.
    Et heureusement qu’on peut en discuter dans le calme :)

  • 20. Martin  |  10 novembre 2011 à 16h25

    Frédéric,
    d’ici quelques jours je vais écrire un texte sur la tva pour expliquer ça :-)
    mais disons : la tva est un impôt indirect payé par tous, alors que l’impôt sur le revenu est progressif et dépend de ce qu’on gagne.

    Je soutiens tout ce que tu dis. Tu sais, je ne suis pas économiste non plus, je m’intéresse vaguement à la politique. Mais il s’agit de voir quel genre de société nous désirons.

    Je pense qu’on se trompe à mener uniquement des luttes catégorielles. Et qu’il serait temps de s’allier, car au final la lutte des auteurs et libraires n’est pas différente de celle de certains agriculteurs, de précaires, de salariés…

    A une époque la Charte des auteurs jeunesse (le syndicat des auteurs et illustrateurs jeunesse donc) avait fait un communiqué pour soutenir les sans-papiers. Certains avaient protesté disant que ce n’était pas le boulot des auteurs, que c’était de la politique etc. Je ne suis pas d’accord. On devrait se mêler de ce qui ne nous regarde pas a priori.
    Les victoires que les libraires et les auteurs pourraient remporter seraient de courte durée, car c’est toute la société qui est en train d’être détricotée.

    Si on se réclame du livre, de son héritage humaniste, on est en devoir de se battre aussi pour les autres, et si on trouve choquante la tva sur la livre à 7%, alors se battre pour qu’elle baisse partout ailleurs. Au détour d’une phrase le dire.

    Ce qui nous mine, ce qui détruit notre société c’est le combat du chacun pour soi, aussi légitime que soit le combat. Ce qui arrive au livre, aux auteurs et aux libraires, ça fait longtemps que ça arrive aux hôpitaux publics, aux hôpitaux psychiatriques, aux ouvriers dont on a délocalisé les usines. Et comme ça n’intéressait personne, comme peu de monde se sentait concerné, on a laissé les gouvernements successifs tout casser.

  • 21. Jean-Marc  |  10 novembre 2011 à 16h54

    Vous écrivez : « …je m’intéresse vaguement à la politique ».
    Refuser le combat du chacun pour soi, n’est-ce pas précisément s’intéresser à la politique ?

    Vous écrivez : « Et comme ça n’intéressait personne, comme peu de monde se sentait concerné, on a laissé les gouvernements successifs tout casser. »

    Vous justifiez sans le vouloir la nécessaire mobilisation politique face à une attaque contre le livre qui concerne tout le monde : si l’on attendait aujourd’hui un peu trop pour se sentir concerné par la hausse de la tva sur le livre, le Martin Page de demain sera

  • 22. Jean-Marc  |  10 novembre 2011 à 16h56

    (Fin du commentaire, erreur de manipulation) :

    …serait fondé à en faire durement le reproche au Martin Page d’aujourd’hui !

  • 23. saga  |  10 novembre 2011 à 16h57

    La vérité, c’est qu’on va tous mourir. Je le tiens de source sure.

  • 24. Franck Lambert  |  10 novembre 2011 à 17h06

    Etant également libraire et totalement d’avis avec cette pétition, je me vois contraint en ma qualité « d’égoiste » de retourner dans un gros carton ce jour tous les ouvrages de Martin Page… Ce monsieur s’appercevra en quittant sa tour d’ivoire et en vendant lui-même ses ouvrages ce que sont les livres et le métier de libraires… (Je ne manque pas non plus de passer le message à mes autres collègues libraires qui je pense apprécieront toutes les remarques de Monsieur Page…

  • 25. Martin  |  10 novembre 2011 à 17h08

    Cher Jean-Marc,
    Bien sûr qu’il est nécessaire de se mobiliser contre la hausse de la tva sur le livre, mais pas seulement. Cela ne suffit pas. Je suis même pour une tva à 0%. Je ne vois pas quel reproche un moi-même du futur pourrait me faire à ce sujet (il pourrait par contre se moquer de certaines de mes chaussettes). Je me mobilise comme vous dites, sauf que cela m’énerve que l’on n’aille pas plus loin.
    Comme vous pouvez le voir j’ai une manière paradoxale de peu m’intéresser à la politique :-) Ou disons :
    je ne m’intéresse pas à la politique telle qu’elle nous est présentée, je ne me passionne pas pour les primaires etc. Tout ça c’est de la fumée. Mais la tva, la redistribution, c’est de la politique autrement plus importante.
    Je suis membre du conseil d’administration de la Charte (association représentant et défendant les auteurs et illustrateurs jeunesse), mon quotidien c’est de modestement contribuer à soutenir ceux qui font les livres. Et ça c’est politique.

  • 26. Martin  |  10 novembre 2011 à 17h42

    Si personne ne comprend ce que je veux dire, manifestement je m’exprime mal…
    Ce qui est clair pour moi ne semble pas l’être pour beaucoup.
    Alors : j’ai précisé le titre, supprimé les mots corporatiste, égoïste (et je pensais aux auteurs…). Et si on profitait de cette affaire pour porter une lutte collective ?
    Si on en vient à se déchirer entre nous aujourd’hui, à ne pas se comprendre, à se menacer… c’est du temps gâché, de l’énergie perdue, et mon texte manque son coup. C’est rageant. J’imagine qu’en ces temps difficiles, tout le monde est à cran.
    Pour ceux qui sont intéressés, il y a des précisions dans les commentaires.

  • 27. frédéric  |  10 novembre 2011 à 19h01

    @Martin : je suis bien d’accord, chacun ne se préoccupe que de son morceau de pain. C’est sûr que je n’ai rien fait pour les ouvriers dont les usines ont été délocalisées et que je ne m’intéresse pas spécialement aux soucis des agriculteurs… Aussi je n’en veux pas à ses derniers d’en avoir rien à battre des problèmes des libraires et des éditeurs, c’est plus que compréhensible. Moi ça ne me choque pas que les gens qui font le même métier se regroupent pour se défendre. Après changer la société, marcher main dans la main tout ça tout ça, pourquoi pas mais je te laisse faire c’est pas mon truc. :)

  • 28. Martin  |  10 novembre 2011 à 19h11

    @ Frédéric :
    Alors nous ne sommes pas d’accord sur ce point.
    Et ce n’est pas grave, après tout :-)

    Mais j’ai cette satanée tendance à prendre les choses au tragique…

    C’était chouette de discuter avec toi, et d’entendre le point de vue d’un libraire.
    bonne soirée,
    m

  • 29. Erin  |  10 novembre 2011 à 20h16

    C’est étrange ces réactions d’hostilité si violentes (et ces menaces). Franck Lambert : Martin ne remettait pas en cause le métier de libraire, ni son importance, ni son péril. Il ne remet pas non plus en cause le combat contre l’augmentation de la TVA, il déplore simplement que chacun le fasse dans son coin, défendant sa profession plutôt que toutes les professions, plutôt qu’un combat général qui aurait davantage de portée, plutôt qu’une lutte contre le principe même de la TVA. (c’est évident que c’est l’impôt le plus injuste puisqu’il s’applique au même taux pour tous, quels ne soient nos revenus (ou absence de revenus !)

    La lutte contre l’élitisme, ce n’est pas mettre le livre au niveau d’un meuble, c’est plutôt mettre le meuble au niveau du livre, rappeler qu’il y a de l’art dans toutes les professions.

    Ce n’est pas remettre en question la valeur d’un livre que de s’interroger sur le fondement de la TVA à 19,6% sur l’électricité (besoin tout aussi fondamental que la lecture ;-)), il me semble.

    C’est mal connaître Martin (en tant qu’écrivain je veux dire, ses livres) que de voir dans son texte une hostilité à l’égard des libraires ou du livre (!). C’en est même absurde. Ces menaces sont d’autant plus étonnantes que libraires et auteurs êtes concernés de la même manière par cette question, qu’elle vous est aussi intime et menaçante. Mais c’est sans doute parce qu’elle est si intime qu’il est difficile de comprendre que plusieurs points de vue différents peuvent en fait défendre la même cause, les même valeurs, tout du moins. :-)

  • 30. emmyne  |  10 novembre 2011 à 23h13

    Bonsoir Martin,
    je suis avec intérêt la discussion qui s’est engagée suite à votre billet. Ma contribution n’apportera pas à ce débat mais je tenais à vous écrire que votre point de vue m’a permis de réfléchir à cette notion du livre comme  » un objet comme les autres « . Parce que je vous rejoins pleinement quant à cette notion de  » désacraliser  » l’art. Le livre jeunesse est mon credo, je suis convaincue par ce principe, un objet joyeux, quotidien, intime. Absolument pas à placer sur un piedestal. Non, sa valeur doit être personnel. Mais je reconnais que dans cette hausse de la TVA, ce fut ma première réaction pourtant, de penser le livre à part, de penser  » non, pas les livres « . Parce que j’ai d’abord pensé aux difficultés pour les diffuseurs du livre, pas aux auteurs ou aux lecteurs  » individuels  » pardonnez-moi, ni même corporation. Je ne devrais pas écrire diffuseurs d’ailleurs, mais plutôt médiateurs parce que j’ai pensé à la jeunesse, aux collectivités et associations qui découvrent la lecture et donc le livre aux enfants, à leur petits budgets qui servent aussi à donner vie et goût à ses livres en organisant des animations, des rencontres, tous ces acteurs  » intermédiaires  » du livre qui se mobilisent autant pour transmettre. Comment peut-on déclarer  » la guerre  » à l’illétrisme et taxer encore le livre ?
    Votre regard est plus large, plus ouvert.
    Quant au fait que des libraires menacent de pratiquer la censure pour divergence d’opinion, ça me paraît inquiétant.

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