25 janvier 2015

François Bon propose une nouvelle traduction de l’œuvre de Lovecraft, et bien plus encore, ici. Déjà plusieurs textes disponibles en numérique, en audio (par exemple ici), à venir en papier chez Points Seuil, des essais et lettres. Cette ouverture des coffres et des sépultures, cette passion pour Lovecraft ça fait du bien. Je me rappelle au collège, Lovecraft était entré en douce au CDI du collège Charles Péguy de Morsang-sur-Orge (Mort Sang, voilà un bon nom de ville pour un livre d’horreur) grâce à une documentaliste géniale qui plaçait des volumes de fantastique et de science-fiction dans les rayons (elle avait créé le club science fiction dont j’étais un des piliers souffreteux). Autant dire qu’à l’époque, personne ne parlait de Lovecraft, et en parler c’était risquer de lire le mépris dans l’œil des autorités (comme Stephen King d’ailleurs : on aurait aimé que la reconnaissance sérieuse des journaux vienne il y a trente ans, aujourd’hui c’est un peu facile, mais c’est déjà ça et là saluer le superbe livre d’Eric Pessan, Ôtez les masques). Lovecraft c’est important de le retrouver dans de nouvelles traductions, c’est important la place qu’il prend aujourd’hui, de mon point de vue ça rejoint une préoccupation : démonter les frontières entre l’art exigeant et l’art populaire, regarder ce qu’il se passe dans les Weird Tales d’hier et d’aujourd’hui, casser les murs élevés par les clercs. L’art est constamment kidnappé, c’est notre travail de le délivrer sans cesse. Cette séparation entre highbrow et lowbrow ça ne devrait pas exister dans le pays de Rabelais. Mais le drame est là : le pays de Rabelais parle peu de Rabelais, ne le revendique pas (les Espagnols eux célèbrent Cervantès). Cet angle mort fait des dégâts (souvenir de mon premier livre de Bon lu justement : La folie Rabelais).

Pour Bon, la littérature se trouve aussi sur les ronds-points. À voir, à écouter, à lire ici et à suivre. Une proposition folle, joyeuse, stimulante, rock n roll, politique. Grand plaisir de constater que la littérature est aussi là, dans nos villes et alentours, à l’air libre.

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