15 avril 2021

Purée la vie et wouhou la revue Déferlante


Beaucoup de choses ces derniers mois. Le succès de Au-delà de la pénétration, l’édition (avec Coline) et la sortie de Moi les hommes je les déteste, de la très douée Pauline Harmange. Et donc le scandale, nous éditeurices dépassés par les ventes, les droits vendus au Seuil et à mille éditeurs étrangers, la presse internationale, quelques insultes reçues. Et purée l’avalanche de boulot administratif et financier pour gérer ce succès, sachant que Coline et moi sommes bénévoles, ça nous a bien plombé (mais aucun regrets), moins de travail pour nous, des tensions. Monstrograph, c’est une maison au départ pour des livres dont personne ne veut, d’abord nos propres livres dont personne ne veut (c’était le cas de Au-delà, et de Eloge des fins heureuses, de Coline, chef d’oeuvre mais que nous n’arrivons toujours pas à placer chez un éditeur pro -nous sommes juste un laboratoire). Parce que en fait ces livres dont personne ne veut, plein de gens les lisent et les désirent en fait, mais ceux qui ne les veulent pas ce sont plein de gens en poste en fait. Mais le public est là. Mais là on est crevés, on a juste envie d’arrêter (on aurait aimé qu’une grosse maison d’édition nous propose de reprendre Monstrograph, on n’aurait plus à gérer le comptable et financier, le stock, les envois -car oui on envoie tout nous-même, on s’occuperait que de l’éditorial et on serait un peu payées pour ça. Mais jamais aucune maison ne nous laissera totale liberté pour faire ce qu’on veut, ne rêvons pas, on est trop incontrôlables. Ce qui n’empêche pas qu’on bossera peut être avec des maisons pros parfois jsp.). On en a marre on veut juste bosser pour nous et écrire. C’est le piège que le monde nous tend : nous pourrions devenir éditeurices pro peut être. Mais alors adios nos créations. Donc non, on ne sera jamais éditeurices pro, mais toujours des expérimentateurs. Mais quand même on prépare le sortie de deux livres fabuleux pour Monstro (dont un recueil de textes de Zig Blaquer sur le validisme). Ça vaut le coup, c’est tellement important de faire exister des livres qui vont contribuer à mettre le bordel et à changer les représentations. Mais après ça, on fera pause sans doute, un temps. On va arrêter un bon moment.

J’ai écrit un texte pour la revue La Déferlante, une nouvelle revue féministe, géniale. J’avais peur que ce soit bizarre pour moi de participer à cette revue parce que je ne suis pas une femme (sur ce que je suis c’est compliqué). J’ai proposé que ce soit une femme plutôt, j’ai parlé de mon malaise (dès que je suis invité quelque part pour parler de quelque chose lié à la lutte contre le patriarcat, je propose de me désister). Mais les fondatrices ont dit que c’était ok que je sois dans la revue, donc voilà, et merci à elles. J’ai écrit ce texte : Pourquoi je ne suis pas féministe, un texte à destination des hommes qui vont lire la revue, je n’ai rien à apprendre aux meufs. J’y raconte qu’un mec ça sera toujours décevant (je serai aussi décevant hein). Et je dis combien c’est important de se taire et bien sûr c’est paradoxal : je parle pour dire il faut se taire (mais pas se taire concernant la critique de la domination masculine et de l’hétéronormativité : se taire quand des femmes parlent). Je suis bien conscient de ce presque paradoxe. Ce n’est pas mal l’inconfort. C’est ce qu’on peut souhaiter pour les hommes : qu’ils soient moins confortables. Et qu’ils agissent quand même peut être. Je ne dis rien de très original dans cet article. Ce truc de dire « Les hommes ne peuvent pas être féministes » est une idée ancienne et largement diffusée. Je la passe à travers mon expérience et mes mots, et je l’agence à ma manière. Je l’ai écrit pour être clair, pour moi, et pour qu’un homme le dise aussi et parle de son chemin. J’ai essayé de citer des féministes qui m’ont inspirées et qui comptent dans ma réflexion et j’en ai oublié plein. Mon deuxième texte pour la Déferlante s’intitule Pourquoi je n’aime pas les femmes. Un truc c’est que je voudrais pas être vu comme un spécialiste de questions sexuelles, de la lutte contre le patriarcat, car je suis un padawan (je ne comprends jamais pourquoi on fait appel à moi), je profite de ce système (note : mais je suis sceptique sur cette idée que des mecs gagneraient argent et réputation en critiquant le patriarcat : on s’attire surtout du dédain et de la haine, des portes se ferment, les mecs qui s’en sortent bien ne sont pas ceux qui critiquent la domination masculine). Ce n’est pas ma lutte, je ne suis un spécialiste de rien, à part peut être de la contradiction. Là où je peux apporter des trucs c’est dans la critique de la masculinité, peut être ? Mon sujet, là où je suis dans le combat c’est la lutte contre l’oppression, contre les oppressions, pas celle-ci en particulier. Ne surtout pas être vu et considéré comme un spécialiste ici, car ce sont des femmes qui ont tout pensé et pensent tout. Là où est ma place c’est dans mes fictions et mes poésies et quand des militantes, des féministes me demandent d’intervenir et je le fais sous leur contrôle. Mais je ne sais pas en fait, tout ça est tellement compliqué. Je suis un peu perdu et perdu à plein de niveaux. En tout cas, je lis, j’écris, je dessine, et c’est ma manière de donner la main et de participer à chavirer le monde.