6 décembre 2016

Vivre à la campagne c’est découvrir le fioul.
Avant, quand on vivait en ville, le chauffage c’était ce truc magique qui sortait des radiateurs.
Pendant longtemps, tant que j’ai été célibataire à Paris, je ne mettais pas de chauffage chez moi en hiver, je bossais en atelier, j’étais peu dans mon studio, donc dormir avec 12 degrés n’était pas un problème. L’amour a changé tout ça et j’ai commencé à chauffer.
À Nantes, on habitait un immeuble surchauffé (23 degrés en hiver), pour une raison que j’ignore (nous faire mijoter). C’était absurde. Mais bon le chauffage était collectif et les boutons des radiateurs ne fonctionnaient plus. Hey, dîtes donc les législateurs, si on régulait la température des immeubles, on ferait de sacrées économies.
Depuis que nous vivons à la campagne, nous avons fait connaissance avec la chaudière au fioul. C’est un gros machin carré rouge passé qui donne des allures de bateau à la maison, ça a un côté antique, industriel, j’aime bien ça, ça fait Jules Verne. Elle marchait bien, ronflait comme un tororo bienveillant, et bam, dimanche elle nous a lâché. J’ai regardé les prix des chaudières et j’ai prié prié de ne pas avoir besoin de la changer (on passera au gaz quand on changera je pense). Lundi matin, Coline et moi sommes allés acheter un radiateur bain d’huile pour mettre dans la chambre de Cyrus (dimanche nuit on a dormi dans sa chambre pour lui faire de la chaleur humaine, et Coline avait mis cinq pulls).
Finalement, un réparateur est passé, très rapidement, ce matin, diagnostic : pas assez de fioul dans la cuve à fioul sous le garage. Pourtant le niveau indiquait qu’il en restait. Mais, expliqua-t-il : le truc qui aspire le fioul ne va pas au fond de la cuve pour ne pas attraper des impuretés. Il faut donc remplir la cuve même si elle n’est pas vide, c’est la loi de la nature des cuves à fioul. On a signé un contrat d’entretien (gling gling 150 euros par an). Quelques heures plus tard, une autre société envoyait un camion citerne pour mettre un tuyau dans la cuve (gling gling 700 euros). Tout est rentré dans l’ordre. Ça sent un peu le fioul dans le garage, ce qui donne un air d’aventure à toute la maison. On est en voyage. Ah autre bonne nouvelle : le réparateur pense que notre chaudière de 20 ans d’âge pourra durer encore autant.
Une pensée pour toutes celles et tout ceux qui ne peuvent pas chauffer chez eux, et il y en a pleins avec des enfants. Il y a des enfants, dans notre riche pays, qui ont froid, et je ne comprends pas que ça ne provoque pas une révolte, qu’on accepte, qu’on accepte des partis politiques qui acceptent ça et que certains votent pour eux. Que le chauffage ne soit pas un droit humain est scandaleux. Non ce n’est pas scandaleux, c’est juste déguelasse.
Et je me dis qu’avec nos vies précaires pas salariées, Coline, Cyrus et moi ne sommes pas à l’abri d’hiver passés sous cinq pulls et sans chauffage.

2 décembre 2016

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Je serai ce samedi à Lille à 16h30 (festival Escales Hivernales) pour une lecture un peu musicale autour de La folle rencontre de Flora et Max, avec Coline Pierré.

Je serai dimanche au salon du livre jeunesse de Montreuil de 11h30 à 13h30 pour dédicacer l’album créé avec Quentin Faucompré aux éditions du Rouergue : La recette des parents.

24 novembre 2016

Je suis à Morlaix ce week end pour le festival du livre jeunesse.

24 novembre 2016

Époque des rhumes et gastro : être parent, sport olympique. Être enfant aussi.

16 novembre 2016

La vie littéraire :
Encore des discussions orageuses avec un éditeur qui n’aime pas le titre de mon prochain livre mais qui est incapable de me proposer autre chose.
Je déteste cette partie du boulot.

Une seule fois on m’a imposé un titre. Un titre qui n’est pas de moi. C’est Le banc de touche, ma bd co-créée avec Clément C. Fabre. Je déteste ce titre.

14 novembre 2016

Image du tournage de l’adaptation de mon roman (enfin celui de Pit Agarmen).

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30 octobre 2016

Sur le chemin de retour de la crèche. Trélazé, ça ressemble au Québec (et d’ailleurs, dans le nouveau numéro de Versus, magazine végane québécois, j’ai écrit un texte : Ne pas manger d’animaux ni laisser les humains se manger entre eux- on peut acheter le magazine sur la boutique en ligne de la L214).

La nouvelle vie s’organise, déjà les premières récoltes du jardin, salades, radis, pommes, et bientôt : choux.

trelaze automne page pierré

 

23 septembre 2016

Véganisme

Un texte signé par quelques artistes, philosophes et politiques, et moi donc. Publié dans Le Monde de mercredi dernier.

A la suite d’enquêtes menées dans plusieurs abattoirs français et diffusées par l’association L214, la question de l’abattage des animaux a suscité un débat d’ordre national. Devant l’implacable réalité des images, les Françaises et Français commencent à prendre conscience des souffrances endurées par les animaux d’élevage. Après la tenue de débats à l’Assemblée nationale et au Sénat portant sur la sensibilité animale, une commission d’enquête parlementaire a même été créée au printemps dernier afin d’étudier les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français. 

Nous avons été profondément bouleversés par ces images d’êtres vivants et sensibles luttant pour leur vie dans les abattoirs. Quelles que soient la méthode d’abattage et la taille de l’abattoir, toutes les enquêtes montrent des animaux en détresse et en grande souffrance, conscients du sort qui leur est réservé. Certains tentent de fuir, de se débattre, de résister à une mise à mort programmée. En vain.

Les lapins, vaches, cochons, moutons, poules, poissons et autres animaux sont des êtres sentients, doués de sensibilité et qui ressentent des émotions telles que la peur ou la joie. En 2012, lors d’une déclaration signée à Cambridge (Royaume-Uni), un groupe d’experts internationaux en neuroscience et cognition animale a affirmé que ses recherches démontraient la réalité de la conscience animale.

La viande n’est pas un simple produit de consommation, mais provient d’un animal qui a été mis au monde et élevé, souvent dans d’épouvantables conditions carcérales, dans le seul but d’être vendu et tué. Ainsi, chaque jour en France, 3 millions d’animaux sont mis à mort dans les abattoirs terrestres, sans oublier les dizaines de millions d’animaux marins victimes de la pêche. 

Au-delà de cette incommensurable souffrance destinée à nous nourrir, les conséquences environnementales de l’élevage sont dramatiques. L’élevage est en effet responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre (soit davantage que l’ensemble des transports, aériens compris) et de 50% des émissions de méthane et de protoxyde d’azote. De plus, nous ne pouvons ignorer plus longtemps que l’élevage est la cause de 70% de la déforestation mondiale. Ainsi, à l’heure où plus d’un milliard de personnes dans le monde n’a pas d’accès à l’eau potable, il faut en moyenne 15 000 litres d’eau pour produire un seul kilo de viande de bœuf.

Pour ces raisons, nous décidons de prendre parti et d’être solidaires des animaux. Nous ne pouvons être complices plus longtemps d’un massacre quotidien et institutionnalisé. Les techniques en elles-mêmes d’abattage rendent impossible toute amélioration concrète du sort des animaux d’élevage ; l’industrialisation de la mort est une condition de la survie économique de la filière de l’élevage, soumise aux lois du marché et de la concurrence, et elle se paye au prix de la grande souffrance des animaux. Les solutions proposées par la commission d’enquête parlementaire n’y changeront rien et ne rendront pas moins nécessaire un changement profond de nos modes de consommation et à une transition vers un modèle agricole durable et respectueux de la vie des animaux et de notre environnement.

Les connaissances actuelles en nutrition ne laissent planer aucun doute. Une alimentation végétale équilibrée peut en effet parfaitement se substituer à une alimentation omnivore, comme l’ont démontré de grands spécialistes de la nutrition. L’Association Américaine de Diététique, par exemple, stipule qu’elle est appropriée à tous les âges de la vie et même souvent bénéfique pour la santé. De plus en plus répandues et faciles d’accès, les solutions alternatives végétales aux produits carnés offrent la possibilité d’une cuisine diversifiée, riche et savoureuse. 

Certains d’entre nous ont déjà franchi le pas et refusent depuis plusieurs années de consommer des produits issus de l’exploitation des animaux. Pour d’autres, cette décision est plus récente. D’autres encore ont fait le choix de réduire leur consommation de viande. Mais nous sommes tous portés par une même conviction : notre société doit s’orienter vers un idéal de justice et évoluer vers le véganisme.

11 juillet 2016

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Monstrograph devient une maison d’édition.
Dans un premier temps, réédition de textes introuvables, puis publication d’inédits, et j’espère textes d’écrivain.e.s ami.e.s, des traductions. L’aventure. Ça n’empêche pas de travailler avec mes autres éditeurs. Les livres seront dispo sur notre site et chez quelques libraires amis, les tirages seront microscopiques. Monstrograph publiera les textes impubliables ailleurs, les multi-refusés, les rejetés auxquels je tiens, et des textes trop barrés. Des livres pour les ami.e.s et les allié.e.s.
On (Coline et moi) est très heureux du résultat, le livre est beau, la qualité est là, il y a des rabats, on a fait le choix d’une belle police, et Coline a fait un chouette colophon en forme de monstre. Le format c’est du 11×18, papier crème 90g, dos carré cousu collé.
Après Tiers Livre Éditeur, la maison nouvelle-née de François Bon, les écrivains créent leur maison fait maison, leur petit atelier, leur laboratoire, leur Hogarth Press, et c’est bien excitant.
Pour en savoir plus, et commander De la pluie, c’est ici.

11 juillet 2016

Être pauvre tue.
Je suis père depuis à peine plus d’un an et je vis combien, en plus d’être magique, magnifique, surréaliste, être parent est épuisant, même quand on est deux, on est épuisés, inquiets, dépassés, maladroits, on se demande comment on va s’en sortir.
Émilie était une jeune mère de deux enfants, dont une handicapée, mère célibataire. La CAF venait de lui supprimer ses allocations. Elle s’est tuée. Elle a été tuée. Les suicides sont des assassinats.
Je ne peux pas imaginer à quel point son quotidien devait être éprouvant et désespérant.
Être pauvre tue. Ce n’est pas une fatalité, c’est un choix fait par une société riche de ne pas prendre soin, de ne pas aider, de ne pas soutenir, les plus pauvres. Le manque d’empathie tue, l’égoïsme tue, ces gens qui ne se sentent pas concernés, ces gens aussi qui considèrent que les pauvres sont fautifs, l’absence de redistribution des richesses tue.
Être pauvre tue. Être pauvre, c’est se faire tuer.
Je pense à Émilie.
(et je pense à mon père)

11 juillet 2016

Un taureau réplique et tue un matador. C’est arrivé il y a quelques jours.
Parfois, les animaux arrivent à rendre les coups. Les animaux ne sont jamais passifs.
Quand la bêtise et la violence habillées avec les habits bien trop pratiques de la tradition causent morts et souffrances pour les animaux et les humains.
La corrida est un loisir cruel qui doit être interdit.
Dernière nouvelle : la mère du taureau va être abattue pour « mettre fin à la lignée ». Si quelqu’un avait des doutes sur la misogynie du monde la tauromachie.

11 juillet 2016

C’est assez étonnant de voir le nombre de gens de gauche qui soutiennent la violence gratuite, qui défendent la douleur, les coups et les blessures. On pensait que c’était réservé à la droite et à l’extrême-droite, toute cette virilisation conne, ce goût du sang, cette justification de la douleur. Mais non, trop de gens à gauche, trop de progressistes défendent le fort contre le fragile, au nom de traditions, de l’art, au nom de ce qui les arrange. Le problème ce n’est pas la droite, le problème c’est que si peu de gens de gauche sont réellement de gauche, et laissent les fragiles, les différents, les opprimés, les sans défense, crever.

(à propos de la corrida, mais aussi à propos de tellement d’autres choses, tellement d’oppressions qui sont socialement acceptées, oppressions toujours virulentes contre les personnes atteintes de maladies psychiques, contre les réfugiés, contre les femmes, contre les minorités sexuelles et religieuses, contre les écrivains et artistes, contre les précaires, contre les animaux, contre les enfants).

11 juillet 2016

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Sortie de mon petit essai politique paradoxal. L’ami Quentin Faucompré a fait les dessins. C’est un livre façonné à la main, et imprimé en risographie. Le résultat est très beau. Il est publié par la formidable équipe des éditions Les éclairs.

 

«La logique voudrait que les riches remercient les pauvres. Mais les riches croient que leur fortune vient de leurs efforts et de leurs ambitions. Ils croient qu’ils l’ont méritée par leur intelligence et leur travail. Quelle touchante naïveté. C’est la suprême élégance des pauvres que de ne jamais dire aux riches la vérité sur l’origine de leur patrimoine. Pour les pauvres, il y a un plaisir attendri à écouter les contes à dormir debout que les riches se racontent sur leur génial individualisme.»

 

On peut commander le livre ici ou l’acheter dans une des librairies suivantes, la liste est ici.

21 mai 2016

Je suis invité lundi soir 20h, à Paris, au théâtre de la Loge, par Yves Heck. Je serai sur scène pour parler travail, et Yves lira trois textes choisis par moi.

Présentation :

« Tête de lecture, rendez-vous littéraire d’un nouveau genre, est un moment d’échange unique et éclectique, où le hasard et les goûts du public font le programme. Apportez une à deux page(s) de littérature vous tenant à coeur. Lors de votre arrivée, vous recevrez un billet de tombola. S’il est tiré au sort, le texte apporté sera lu au débotté par Yves Heck, comédien créateur du concept. Chaque mois un invité de marque se voit confier trois moments. »

Tarifs : 8 euros pour les spectateurs avec un texte // 12 euros pour les spectateurs aux mains vides.

77 rue de Charonne
Paris 11e

info@lalogeparis.fr
Tel. 01 40 09 70 40

Plus d’infos ici.

22 avril 2016

Ce soir, librairie Durance à Nantes, 18h30, rencontre autour de L’art de revenir à la vie.

19 avril 2016

Les amies, les amis,

Aujourd’hui sort mon nouveau roman, L’art de revenir à la vie, aux éditions du Seuil. Un livre dans lequel je me mets en scène, entre autofiction et science-fiction.

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Présentation de l’éditeur :

Martin, le narrateur, vient d’avoir quarante ans. Il se rend à Paris pour rencontrer une productrice qui souhaite adapter un de ses romans au cinéma. Il loge chez un ami artiste qui lui prête son appartement. Il y découvre la dernière oeuvre de celui-ci : un sarcophage de métal curieusement titré :  » Machine à remonter le temps « . Il s’y glisse et s’y endort. Le voilà revenu, 29 ans plus tôt, dans la ville de sa jeunesse, face à un double de lui-même alors âgé de 12 ans. Le lendemain, il retrouve la productrice pour discuter de l’adaptation de son roman. Mais très vite, tout déraille. Le projet de film est annulé et les exigences de la cinéaste deviennent pour le moins surprenantes. Chaque nuit que compte ce séjour parisien où rien ne se passe comme prévu, Martin et son jeune moi poursuivent l’échange. Le quadragénaire cherche à donner des conseils au jeune ado, en échange de nouvelles sur son propre avenir. Mais la relation se complique : décidément, ce double-là a l’esprit de contradiction, au point de mettre Martin, qui ne désire que l’aider, en difficulté, dans sa vie réelle comme dans l’autre, la vie rêvée. Que faire du passé ? Comment être fidèle à l’enfant que l’on a été ? Sous des dehors volontiers humoristiques et fantasques, L’art de revenir à la vie met en scène les concessions, les négociations et le bricolage qui président à notre existence.

Je serai à la Librairie Durance le vendredi 22 avril à 18h30 pour présenter mon livre.

15 avril 2016

parisnuitdebout

De passage à Paris, donc place de la République.
Et je me rappelle que si je déteste la foule, j’aime les rassemblements politiques, joyeusement militants. Il y avait même un coin pour les enfants. C’était sérieux, désordonné, musical, beau. Nuit Debout

15 avril 2016

Quand je prends le train, j’achète des magazines au Relay, parfois c’est Modes et Travaux ou Tondeuse à gazons Hebdo ou Karaté Bushido. Ce matin c’était un magazine cool (Les Inrockuptibles), si cool que la kiosquière a d’abord refusé de me le vendre. J’ai insisté et, en essayant de prendre un ton sarcastique/cynique/désabusé/nonchalant, je l’ai convaincue en disant que je connaissais quelqu’un qui a des Stan Smith dans une vitrine chez lui. Dans ce numéro, il y a une interview de Katerine, un chanteur que j’aime beaucoup, un très bon éditorial critique sur les propos de Laurence Rossignol, et un beau portrait de Garry Shandling.
Et surtout, sur quelques pages, un journaliste s’insurge contre les abattoirs. Ce qui est bien. Mais la suite est triste : il nous raconte que la solution c’est l’abattage à la ferme. Parce qu’une action violente devient moins violente dès lors qu’on la pratique chez soi, c’est bien connu.
Cet article est à conserver pour les générations futures, pour montrer la perversité habillée d’humanisme de ceux qui pensent qu’on peut tuer avec respect.
Extraits de phrases qui donnent envie de crier et de pleurer :
« Pour Stéphane, cette mort sans stress, sans transport, cette mort que l’animal n’aura pas vu venir est plus qu’impérative, c’est une question d’humanité. (…)
Il est 8 heures quand arrive celui qui va tuer, Pierrot. Boucher reconverti dans le service à la personne, l’air un peu rustre, la dignité en plus. Tuer des animaux comme ça, à la ferme, il l’a presque toujours fait. La première fois, c’était un agneau. Pierrot tremblait, il avait 11 ans. Depuis, il a pris de l’assurance et ne tardera pas à le montrer. (…)
Stéphane résume sa cause en quelques mots « Qu’on respecte enfin nos animaux. »
Pierrot a armé son pistolet, il pointe le canon sur la tête de l’animal à bout portant. Détonation sèche.
Etait-ce violent ? C’était silencieux et rapide.
Il faut évacuer rapidement le condamné pour le saigner dehors.
Que s’est-il est passé dans la tête de Pierrot au moment de tirer ?
« Je lui ai demandé pardon. Je l’ai remercié pour la viande qu’il va nous donner. »
C’est respectueux, tout à son honneur.
« C’était le premier, dit Stéphane. Les prochains, ils tourneront la tête lorsqu’ils verront Pierrot arriver, ils sont pas cons. »
La viande sera bonne. »

L’intention qui absout l’acte. Notre civilisation est battie sur cette conception. Ça donne mal au coeur.

15 avril 2016

Je suis seul avec Cyrus toute la semaine, Coline est invité à un salon dans le sud dans un endroit qui a l’air paradisiaque (sauf quand il s’agit de manger végé, « Quoi vous ne mangez pas de poisson ? mais les végétariens mangent du poisson. » Argh. Petit rappel : les poissons sont des animaux).
Les journées sont donc bien remplies.
Cyrus a une passion pour l’ouverture des tiroirs, par le vidage des tiroirs, il part en quête des fils électriques aussi (super mauvaise idée). Ah et méthodiquement il arrache toutes les protections posées sur le meuble pour ne pas qu’il se fasse mal. Il déchiquète les magazines. Les écrans l’intéressent aussi, mon téléphone, l’ordi, il tente sa chance, essaye de les attraper, sans succès. Pour Cyrus ça sera pas d’écrans avant bien bien longtemps (nous sommes des parents antismartphones, antitablettes, antiordi).
Je peux donc écrire par tranche de quinze secondes (sauf pendant ses deux siestes de la journée, où j’avance un peu plus).
Cyrus joue seul (grande capacité de concentration sur un objet qu’il étudie sous toutes les coutures), on joue aussi ensemble, il vient vers moi, me tape sur le genoux et dit Gagagagaga et là c’est course poursuite, affrontement des Godzillas, frappage dans les mains et chatouilles, on joue du ukulélé. Lecture de livres (enfin tentatives car très vite Cyrus joue avec le livre). C’est trop bien. C’est le paradis.
Parfois il tombe (on a couvert le salon de tapis de yoga épais), pleure, et donc gros calin dans mes bras. Cet enfant est téméraire et aventureux.
On sort prendre des cafés (enfin lui a sa gourde avec de l’eau), il fait beau, ça nous permet de respirer, et Cyrus est fasciné par les feuilles des arbres.
Il nous ressemble par bien des aspects : il est très actif et émotionnel, mais bizarrement il ne semble pas asocial (hier c’était la deuxième demi heure à la halte garderie, période d’acclimatation, et ça lui plaît, il est tout souriant et va vers les autres, mais quand un enfant pleure : ça le fait pleurer automatiquement).
Ces quelques jours me permettent de me rendre compte que les mères célibataires (ou pères, plus rares) méritent tous les égards et encouragements (et un financement massif). S’occuper d’un enfant à deux c’est du boulot, seul c’est… une attention constance puissance 10, ça demande une énergie et une agilité colossale. Et bien sûr, il y a les trucs relous à faire en même temps : prendre des rendez-vous, faire des lessives, étendre le linge, préparer les repas. J’ai renoncé à ranger, on a l’impression que le salon a été cambriolé. C’est un beau bazar émoticône smile

15 avril 2016

Avoir un enfant, c’est découvrir que le monde entier est là pour vous faire la leçon. Avoir un enfant, c’est découvrir qu’en tant que parent, pas mal de gens cherchent à vous infantiliser. C’est très très très irritant et je n’ai pas l’intention de garder mon calme. Entre les vieilles dames dans la rue qui disent « la tétine c’est pas bien » ou « il va prendre froid  » ou « il est habillé en fille », entre les autres parents qui ont des enfants un peu plus âgés qui font des remarques sur absolument tout sur un ton sentencieux, au final on trouve peu de bienveillance, mais des personnes imbues d’elles-mêmes, de leurs expériences, de leurs échecs, de leurs renoncements, de leurs incapacités, de leurs névroses, de leur méchanceté, de leur morale, de leur choix, et qui tentent de vous faire incorporer que leur parcours est la règle, et que « vous verrez quand il aura 1 an, 2 ans, 5 ans, 10 ans, 18 ans ». Ça me fait penser à ceux qui nous disaient qu’on n’aurait plus un instant pour écrire après la naissance de Cyrus, qu’on renoncerait à tout activité personnelle, que notre couple serait entre paranthèse, qu’on n’aurait plus le temps pour rien, qu’on serait tout le temps fatigué… Que les gens nous lâchent avec leurs conseils dépressifs et avec la projection de leurs problèmes, bordel, on découvre la vie de jeunes parents, c’est magnifiquement chaotique, on s’en sort, ce n’est pas toujours simple, ce n’est pas parfait, mais ça va, ça va très bien même. On veut bien des conseils bienveillants, encourageants, des idées de recettes, des informations nutritionnelles, on veut de la douceur et de la joie :-)