9 février 2010

maître eolas


Article passionnant de maître eolas ici.

Dans notre bande de célibataires, une bonne nouvelle : A. a une amoureuse (après une histoire triste, aventure malheureuse suite à une relation née sur meetic, le lieu où semble-t-il les filles chassent les garçons romantiques pour profiter de leur corps- ah ah). Tout cela me rappelle ce film de Lubitsch : The Shop around the corner (et son quasi remake que j’aime beaucoup, réalisé par Norah Ephron). Certains réussissent leur vie professionnelle (enfin… dans la mesure où on peut considérer que réussir a du sens, ce dont je doute ; disons : ils font ce qu’ils aiment), d’autres ont une vie sentimentale.  Quelques rares spécimens ont les deux. Croit-on.

J’aime écouter des dizaines de fois la même chanson ; ce soir Where do the children play, de Cat Stevens, (34 fois) chanson associée dans mon esprit à Harold & Maude, sans doute mon film préféré (ce n’est pas très chic de dire ça, j’en suis conscient ; c’est drôle et idiot : je connais pas mal d’écrivains qui avouent des goûts et des dégoûts en privé mais qu’ils ne dévoileraient jamais en public ou à un journaliste -on a peur de ne pas être bien vu, cela donne une idée de la pression, de la coercition qui tient le milieu littéraire). J’étais allé le voir avec une amie ; elle avait pleuré. Il n’y a pas de film plus émouvant et plus profond. Ce soir la chanson suffit. Il y a des chansons qui peuplent, je veux dire qui doucement, peu à peu, remplissent toute la pièce, donnent leurs couleurs, leur sens. Elles règnent. Alors ce soir Where do the children play règne et c’est le seul régime politique auquel je désire prêter allégeance.

Brunch d’anniversaire avec un ami (Lionel) dimanche matin. Nous nous retrouvons dans un café du boulevard Montparnasse, nous parlons et nous ratons la séance prévue. Nous avons raté les séances de très bons films ; nous ne ratons pas au hasard. Puis nous avons marché. Le temps était doux. Nous avons parlé amour, entre autres choses.

Encore un idiot qui a trouvé mon dernier roman très drôle alors qu’il est mélancolique. Je crois que pour tout un tas de gens la mélancolie est risible. Tant pis pour eux. Certes toutes les lectures sont possibles et ce n’est pas parce qu’on manque de sensibilité qu’on n’a pas le droit de porter un jugement.

Pour l’émission de télé à laquelle j’ai participé, nous avions rendez vous dans un café, La Cl. des L. Étrange. Cela avait un côté Mort à Venise. Triste, maladif, en voie de putréfaction. Ce café est le symbole d’un monde qui n’existe plus, un musée de cire qui vit sur son héritage. C’est un symptôme que de rester attacher à ces cafés littéraires parisiens. Les écrivains ne vivent plus dans ces quartiers, ils n’ont pas les moyens de se payer un verre dans ces endroits, et puis ils ne le voudraient pour rien au monde. Cages de verre où s’exhibent des personnages sérieux et ridicules, parfois jeunes maréchaux d’Empire de la littérature, ambitieux, ils sont comme les catholiques à Lourdes ou les traders à la City. La vie n’est pas là. Tant mieux, elle se passe très bien d’eux.

6 février 2010

un bref voyage de deux cent jours


Deux jours dans le Morvan où Gérard Oberlé m’avait invité à venir le voir. Il s’est remis (et continue à se remettre) d’une opération du coeur, de deux avc, de cinq semaines de coma et d’infections multiples attrapées à l’hôpital. Comme il le dit c’est un miracle qu’il soit là. Aude m’a accompagné (elle avait beaucoup aimé son Mémoires de Marc-Antoine Muret). Départ de Paris, changement à Nevers : nous en avons profité pour voir toute la ville en traînant nos bagages, la cathédrale, la palais ducal, la rue du faux-pas, la petite boulangerie, la charcuterie et sa porte en cuillères, je crois que nous sommes devenus des spécialistes de Nevers. Nous avons couru pour ne pas rater le train en direction de Cergy la Tour, notre destination. Deux belles journées. Gérard est un excellent cuisinier (et son assistant Tristan n’est pas moins doué, et il est de très bonne compagnie et passionnant) ; surtout il habite une maison de livres. Il y en a partout. Plusieurs salles de bibliothèques, oeuvres de toutes les époques. Cette maison s’écroulerait sans ces livres. Pour les lire, les feuilleter, en discuter, il faudrait y bivouaquer des mois. Parfois une journée en vaut cent. Nous avons beaucoup parlé ; Gérard surtout évidemment, qui avait mille histoires, qui semble fait lui-même de livres. Aude et moi avons noté les noms d’auteurs, de compositeurs qui nous étaient inconnus : Norge et Marcel Thiry sont les deux que j’ai retenu en particulier ; deux poètes dont Gérard nous a lu des passages. C’est magnifique. Il est injuste qu’ils ne soient pas plus connus.

Hier soir dîner chez Thomas Reverdy et Marine, qui m’ont hébergé pour la nuit. On connaît cette fameuse phrase “Qu’emporteriez-vous sur une île déserte?” C’est une question bête, car nous y sommes sur l’île déserte ; patiemment j’essaye d’y habiter pleinement et de mettre mon île en commun avec celle de mes amis. Thomas et Marine, les inadaptés magnifiques, J, A. et d’autres.

6 février 2010

le lycée Jean-Baptiste Corot de Savigny sur Orge


Enregistrement de l’émission Field dans la nuit. Je suis assis à côté de l’actrice Rachida Brakni. Nous bavardons sous le feu de dizaines de projecteurs ; il y a de l’interrogatoire à la télévision. Toute l’équipe a été charmante (ce n’est pas toujours le cas -une récente expérience malheureuse sera l’objet d’une nouvelle un jour, ainsi qu’une expérience tout aussi désagréable avec un libraire -je n’oublie rien, je note), les invités détendus et intéressants. Quant à moi j’ai été distrait et hésitant. Mais après-midi agréable. R. B. et moi avons été dans le même lycée à Savigny sur Orge, en banlieue sud, les mêmes années. Un grand lycée ; elle faisait partie de la troupe théâtrale (hello mr Albe) ; moi je ne faisais partie de rien du tout. Ce que je retiens de la télévision, d’une émission de télévision : la nourriture. Il y en a partout ; des petits fours, des fruits, des gâteaux, des bonbons, des fruits.

30 janvier 2010

against discouragment


Comme souvent article passionnant de Paul Jorion. Lui et Frédéric Lordon ne sont pas toujours exactement sur la même longueur d’onde, mais ils se retrouvent dans la critique du système comme il va. C’est passionnant et d’un autre niveau que ce qu’on lit dans la presse papier (surtout c’est d’une autre orientation). Malgré les événements, depuis septembre 2008, tout continue comme avant, on fait appelle aux mêmes chroniqueurs libéraux à la radio, dans les journaux, rien n’est remis en cause. La défense, par le peuple, des privilèges d’une minorité qui monopolise les richesses et le pouvoir est très touchante. Voilà un beau geste humanitaire. Il y a une certaine perfection à cette folie. Si vraiment on n’est pas trop déprimé, on peut lire Histoire secrète du patronat (un livre de journalistes comme il en reste quelques uns). On ne pourra pas dire “je ne savais pas”. Il y a cinq jours ma grand-mère a passé sept heures aux urgences dans les conditions des urgences d’aujourd’hui. L’hôpital comme il est, on l’a fait, on l’a décidé ainsi.

Mon frère me faisait remarquer qu’Howard Zinn n’est pas seulement l’auteur de Histoire populaire des Etats-Unis, il y d’autres livres à lire. Comme mise en bouche je vous conseille un texte de Zinn intitulé (c’est en anglais) Against discouragment. C’est justement parce qu’on n’a aucun espoir qu’on ne se décourage pas.

On peut écouter ici un entretien avec Howard Zinn.

29 janvier 2010

boussole


Sur le blog de Didier Jacob (Rebuts de presse), Javier Marias (écrivain que je n’ai pas encore lu) dit : “Il y a beaucoup d’écrivains qui écrivent avec une carte, et savent à l’avance ce qui va se passer. Ils connaissent le territoire qu’ils vont devoir traverser. D’autres, comme moi, préfèrent travailler avec une boussole, c’est-à-dire qu’ils ont une certaine idée de la direction - le nord - mais ils ne connaissent pas le trajet. Inventer vient du latin invenire, qui signifie découvrir.”

Mort d’Howard Zinn et de JD Salinger.

Je prends le train pour Paris ; faire sa valise c’est autant décider ce qu’on prendra que ce qu’on laissera. J’y passe du temps.

28 janvier 2010

le corps est à lire


Une fellow (de l’akademie schloss solitude) m’a lu les lignes de la main ; c’est une tradition dans la région dont elle est originaire, une tradition transmise de mère en fille. Il y a souvent une grande sagesse dans les sorcelleries populaires. Le corps est à lire.

28 janvier 2010

hyperesthésie


Si l’on s’en sert bien, l’hypocondrie nous offre le précieux privilège de vivre pleinement chaque instant. Elle ne signifie pas tant une peur de la mort qu’une conscience de la fragilité de la vie. Nous ne sommes pas passifs face à elle : il est possible de se l’approprier ; on n’en guérit pas, mais on arrive alors à un mélange paradoxal d’angoisse et de sagesse. Les gens qui manquent suffisament d’imagination pour se croire (à raison) en bonne santé ne connaissent pas l’urgence à faire des choses, la nécessité de créer, d’opposer quelque chose au néant compagnon quotidien. Cet état était partagé il y a encore peut par toute la communauté quand la tuberculose était une maladie courante. Depuis les progrès de l’hygiène et de la médecine, depuis les vaccins et la pénycyline, ce n’est plus le cas. La majeur partie des gens que je connais ne va pas mourir subitement d’une coupure au doigt ou d’une crise d’appendicite. La maladie a été repoussé aux âges avancés et j’imagine que cela a changé bien des choses. Pour tous et en particulier pour les artistes la maladie était un tragique lien avec le monde et avec les autres. Je ne pense pas que nous ayons réussi à lui trouver un substitut (l’alcoolisme et les stupéfiants ont été une ruse pour compenser l’anomie nouvelle de la moindre léthalité des maladies : les artistes se sont mis à créer eux-mêmes leurs maladies, pour arriver à exprimer ce que les mots ne savent pas spontanément bien dire, et que l’on peut ensuite traduire sur une toile ou dans un livre). Aujourd’hui seuls les artistes hypocondriaques conservent cette proximité avec la mort (tout ce qui se passe en soi est réel), et donc une extrême sensibilité au monde. L’absence de/du corps dans certains romans contemporains est un symptôme de la bonne santé problématique de leurs auteurs (le texte lui-même est dépouillé, décharné, l’humour en est absent, les parfums et la nourriture également) (c’est frappant en ce qui concerne la triste architecture moderne sans ornements : les artistes contemporains ne sont pas malades en conséquence ils passent leur temps à construire des tombeaux). C’est un art de gens soignés et sérieux (je pense aussi à la haine de la peinture dans l’art contemporain, surtout si elle est figurative - ce que me dit Marc M.). Il y a un problème de vocabulaire ici. Ce que l’on appelle hypocondrie est, chez les artistes, de l’hyperesthésie. On écrit avec son corps ; notre corps est comme la peinture vivante où se dessine la complexité de notre rapport au monde.

Alors bien sûr j’aime les artistes qui parlent de la maladie et du corps, Nietzsche, Montaigne, Gary, Artaud, Woody Allen, Cronenberg, la liste est longue.

23 janvier 2010

pas plus que d’habitude


Il paraît que le livre est en danger. On apprend la nouvelle en lisant les journaux, en écoutant la radio. L’origine de ce danger serait internet ; souvent on identifie même le criminel  en chef : google. Mm… On verra, on verra, mais je ne crois pas. En tout cas ce n’est pas google qui m’inquiète. Je crois que ce qui met réellement en danger les livres c’est la violence du milieu littéraire. Ce n’est pas nouveau. Je crois que des écrivains, des éditeurs, des journalistes, des libraires, malmènent bien davantage la littérature que tous les moteurs de recherche du monde. Il y a une violence dont on parle peu, ou alors en petit comité. Ce qui met en danger le livre c’est le népotisme, les amitiés intéressées, les réseaux, les libraires désagréables, les articles écrits sans avoir lu le livre, les écrivains mondains et arrivistes ; la bêtise, la violence, le manque de professionnalisme, l’esprit de sérieux et la prétention. Pas google. Les bons livres ont de tout temps été en danger. Rien de nouveau à ça ; c’est leur nature, ils sont fragiles et différents. Je ne suis pas si pessimiste : on peut compter sur d’autres écrivains, éditeurs, journalistes, libraires, en face, ou à côté, qui ne collaborent pas à ce système et qui agissent décemment et élégamment.

En tout état de cause, le livre ne meurt pas plus que d’habitude. S’approchent de la mort par contre les écrivains qui croient incarner le roman. Philip Roth disait qu’il n’y avait plus de lecteurs pour le genre de livres qu’il écrivait, ce à quoi une de mes amies a très justement dit que Roth voulait emporter la littérature dans son tombeau. Dans le même genre de prédiction d’apocalypse je ne sais plus qui parlait de la mort du cinéma. Quand la fin d’un homme signifie pour lui la fin d’un art pour l’humanité entière. Il y aurait un roman à écrire sur ce thème.

20 janvier 2010

Lyon


Je suis à Lyon quelques jours dans le cadre des Assises Internationales du Roman. C’est en qualité d’auteur jeunesse que je suis là. Ateliers d’écriture avec des CM2 (et une classe de CM1). C’est la première fois que je parle de mes livres à des enfants si jeunes ; et pour l’instant c’est fantastique. J’ai rencontré quatre classes, quatre profs et des conseillers pédagogiques. C’était merveilleux de voir des adultes s’occupant d’enfants et toujours passionnés, toujours conscients de leur mission, de son importance, toujours frais et capables d’invention. Cela rassure, l’espèce humaine c’est ça aussi, ou plutôt elle est là. Jusqu’à ce jour je ne connaissais pas d’enfants, quasiment pas. Mes amis et moi-même avons un talent pour retarder tout engagement, ce n’est pas calculé, c’est ainsi, surtout les filles sont rares, donc nous sommes loin de commencer à fonder des familles. Mais qui sait, cela peut arriver vite. Les enfants (j’explique pour ceux qui ne connaissent pas) sont de petits êtres supérieurement intelligents, émouvants et imaginatifs. Leur enthousiasme est sans limite, ils rient, sont capable d’être du plus grand sérieux et ils sont curieux.  Ils sont si différents des adultes que je fais le pari que rien ne les relie d’un point de vue zoologique. Il n’ s’agit pas d’espèces différentes mais de classes différentes, aussi différentes que peuvent l’être les oiseaux et les mammifères. Je ne dis pas que les enfants sont des oiseaux, mais sans doute ils ont comme ancêtres communs les dinosaures. Cela ne m’étonnerait pas. Je n’avais pas été aussi ému depuis une éternité. Parmi toutes les bêtises que fait l’humanité, une la sauve et lui pardonne tout, ce sont les enfants. Il reste un mystère. Par quelle criminelle machinerie, par quelle infernale transsubstantiation, par quelles tortures les enfants sont ils passés pour être transformés en adultes ? Il y a un crime à dévoiler. C’est un crime qui est une industrie, une grande usine.

Ce mercredi soir à 19h, signature avec Jakuta à la librairie Les Coquillettes. L’immeuble a en partie brûlé il y a quelques jours.

15 janvier 2010

ici


Visite de l’atelier de Lan Tuazon, une des artistes de la résidence. Elle est toujours en train de faire des choses, d’avoir des idées, c’est impressionnant. Et malgré mon manque de culture concernant l’art contemporain, j’ai aimé son travail. C’est accessible et intelligent et beau. Même quelqu’un comme moi pour en tirer quelque chose. Lan m’a parlé d’un livre de Tom Wolfe sur l’art et la critique artistique. Wolfe n’est pas l’écrivain le plus progressiste qui soit, mais j’ai bien envie d’y jeter un œil. Le soir dîner chez elle avec Matthew Gottschalk, un marionnettiste, musicien, peintre etc (et qui joue la partie de banjo sur The Pirate’s Gospel de Alela Diane), avec Matilde Cassani, une architecte et deux ou trois autres personnes. C’était très agréable. Ils sont généreux et adorables, c’est un plaisir de les connaître. Souvent je suis terrifié avant d’aller quelque part, je somatise, j’ai le réflexe de me terrer chez moi ; mais souvent mon corps a tort, et cela se passe bien. J’ai bientôt trente cinq ans et j’ignore encore comment parler aux gens, comment font les gens pour être dans un rapport simple et quotidien, comment ils font pour dire ce qu’ils disent et jouer le jeu. Je vais continuer à les étudier et à prendre des notes.

15 janvier 2010

la création d’apparitions


J’écris pour faire apparaître un livre.

Au cours de la rédaction d’un roman j’écris pour provoquer des milliers d’apparitions. C’est mon atelier de création de fantômes. Rien ne me tient plus à cœur que cela. Sortir de cette terre de papier tout un monde, tout un peuple. Donner le jour à mes fantômes jamais nés.

12 janvier 2010

matinée d’un écrivain


Parfois la matinée d’un écrivain ressemble à ça : agessa, fiche de présentation, signature de contrat, organisation d’agenda, achat de billets de train, envoie de documents, scan rib, planning scotché au mur, envoie de photos en Corée, revendiquer ses propres livres sur Google books, se pencher sur la déclaration P0-i.

10 janvier 2010

le soir après la tempête de neige


soir après la tempête de neige, Solitude, janvier 2010

10 janvier 2010

froid


J’écoute Cartola. Il fait si froid. Le son a un effet sur la température. En se propageant il produit de la chaleur. Il suffit de mettre de la musique, de parler, pour que la température de la pièce augmente. C’est Laplace qui a découvert ça. J’extrapole, mais il me semble bien que le froid a un son bien à lui.

10 janvier 2010

neige


Énormément de neige. Tout à l’heure je me suis enfoncé jusqu’au bas du genou. Sensation que je n’avais pas connu depuis, des années, vingt cing ans ? Cela me fait penser au début de Max et les maximonstres (le film, Where the wild things are), drôle de période l’enfance, nous sommes livrés sans défense aux monstres, en première ligne, sans mode d’emploi. J’aime la neige, c’est quelque chose de léger et solide en même temps, je lui trouve une âme fantomatique. Froid comme la mort, blanche comme des ossements, elle est belle et légère, on dirait des confettis. J’ai marché un moment, les arbres sont blancs aussi.

J’ai reçu le travail d’adaptation d’une étudiante qui travaille sur Stupide pour son école d’audiovisuel. Et une metteur en scène veut non pas adapter mais jouer directement le texte de Je suis un tremblement de terre sur scène pour les enfants. C’est merveilleux que d’autres prennent ce que j’ai créé pour à leur tour créer quelque chose qui leur sera personnel.

7 janvier 2010

Champagne synaptique


Mon livre sort aujourd’hui. Il ne se passe rien lors de la sortie d’un livre (pas de bouteille de Champagne, pas de feux d’artifice, pas de festin) ; je trouve dommage qu’il n’existe aucun rituel. Il faudrait que j’imagine quelque chose. J’essaierai de faire ça dès que je serai rentré à Paris, pour les livres à venir. En tout cas, je suis ému. Quelque chose qui n’existait pas, est.

3 janvier 2010

immenses petites choses


Quelques plaisirs de l’existence. Soirée avec quelques amis chez une amie qui vient d’emménager dans un joli appartement près de Gambetta. Il manque une fenêtre, du scotch maintient une vieille fenêtre, en attendant des travaux ; une poignée de porte est tombée, il faut prendre garde à ne pas s’enfermer. Cela me donne envie de faire des travaux chez moi (le studio le plus mal organisé au monde). Ce matin soleil et fraîcheur, petit déjeuner chez des amis. Nous parlons de Louis Armstrong, de jazz, du rap, de livres. Ce sont de petites choses ces réunions, d’immenses petites choses.

Mon roman sort dans quatre jours et le nouveau livre se profile déjà, et le suivant, et le suivant. Ce sont des points à l’horizon qui grossissent, dont je me rapproche ou qui se rapprochent de moi, ou peut-être est-ce les deux à la fois. J’ai cette angoisse en moi de n’avoir plus de livre en projet, mais rien ne vient justifier cette angoisse. On n’a pas d’idée de livre, il serait plus juste de dire que les idées naissent de la position que l’on se construit, de la personne que l’on travaille à être. Tant que je travaillerai, tant que j’aurai la même attitude, de recherche, de compréhension, d’imagination, j’aurai des livres en projet, des personnages à défendre, des belles choses à faire naître. On n’écrit plus, on ne créé plus, quand on n’aime plus, quand on ne désire plus, quand on a abandonné une certaine attitude dans son rapport au monde. Le roman qui sort dans quatre jours parle de ça, c’est un livre sur la disparition et la création ; il n’y a pas d’angoisse de la page blanche, il n’y a que des hommes qui renoncent à vivre.

Cette semaine thé avec Geneviève Brisac, mon éditrice à l’Ecole des Loisirs. Et hier Aude est passée à l’atelier. Les premiers dessins du livre que j’ai en projet avec Sandrine Bonini sont superbes. Ce sera un album. Je rentre en Allemagne demain. Je suis heureux de retrouver le château, mes camarades résidents, l’équipe de l’académie, le calme aussi. C’est un endroit idéal pour travailler, respirer. Je serai de retour en France mi janvier (à Lyon), puis fin janvier (à Paris). Je squatte à droite à gauche quand je rentre à Paris (mon frère vit chez moi, mais comme son contrat de travail va sans doute être renouvelé, on croise les doigts, il va chercher un appartement). Ces derniers jours la copine de mon frère m’a passé son studio, et dès le jour 2, fuite, inondation, impossible d’utiliser l’eau courante, de prendre de douche, sans créer un déluge. J’ai donc pris mes douches ailleurs. C’était drôle cette semaine à prendre des douches à droite à gauche. Ce sont de belles années. Nous vivons tous dans la même ville, nous avons du temps, nous nous entendons (et nous nous disputons à propos de films, de livres, de disques). La belle époque.

30 décembre 2009

lectures


Le roman d’un enfant sage (sur Clifford Brown), Alain Gerber ; Erasme, Stefan Zweig ; Les refusants (une sorte de suite à Des Hommes Ordinaires, de Ch. Browning), Philippe Breton. Bien sûr j’ai lu le roman de Jakuta Alikavazovic et celui de Valérie Zenatti. (je ne parle pas des livres de mes amis ici, mais disons que les conseille, je les ai beaucoup aimé). J’ai bien envie de lire Propos sur la peinture du moine citrouille-amer de Shitao.

“Percevoir les choses comme étranges, c’est transformer son regard de telle manière que l’on a l’impression de les regarder pour la première fois, en se libérant de l’habitue et de la banalité.” Pierre Hadot.

Vu Funny People. Pas terrible. Bonne première partie, le reste est de la guimauve conventionnelle. Cela aurait pu donner un grand film, dommage, et puis un beau personnage est à peine exploité. En même temps c’est troublant si on voit dans Adam Sandler comique talentueux, mais acteur de mauvais films, un autoportrait d’Apatow, réalisateur talentueux qui maintenant riche et célèbre est rattrapé par la conformité. Fantasme de mort pour être lavé de ce succès qui la paralyse. Un film intéressant mais raté donc, un film symptôme.

30 décembre 2009

Contrôler


J’ai reçu mes exemplaires de Une Parfaite journée parfaite. La première édition de ce livre était truffée de coquilles, de problèmes. J’ai corrigé et nettoyé le texte, sans toutefois le réécrire (la tentation était forte, car je n’écrirais pas ce livre ainsi aujourd’hui, il y a des choses qui ne me plaisent pas, mais il aurait été malhonnête de le faire, cela aurait été une trahison). Il sort le 14 janvier. J’ai écrit une postface, exercice que je compte bien réitérer à chaque fois qu’un de mes livres sortira en poche, c’est une manière de s’adresser aux lecteurs, de discuter cuisine, de parler du contexte, de l’époque. Léger problème dans cette version poche de Parfaite : il n’est pas écrit “postface”, et aucune page blanche ne sépare la fin du roman du début de la postface. Dommage, illogique, pfff. Et le correcteur a supprimé un guillemet fermant. Bon, ce n’est pas très grave, ça sera rectifié. Tout engage un écrivain à contrôler les choses. Nous travaillons avec des gens de bonne volonté mais que j’imagine fatigués et en sous effectifs, assommés par la succession des livres. Je ne m’occupais de rien les premières années, pour mes premiers romans ; mais quelques catastrophes (de couverture, en édition originale et en poche ; de corrections -je me souviens d’un correcteur qui avait changé le nom d’un oiseau que je citais, je me souviens d’un autre correcteur supprimant des pronoms pour faire commencer des phrases par le verbe…) m’ont incité à surveiller les choses, à contrôler. Et puis c’est l’occasion de discussions avec les éditeurs les directeurs artistiques, les correcteurs. Tous n’y sont pas habitués, il faut les y aider (parfois fermement).

30 décembre 2009

gaibei


Thés découverts hier : galette de pu er n°54 de 2005 (shu) et pu er vrac n°31 de 2008 (sheng ; agréable, je le trouve différent de la pasha, mais Gilles -de la maison des trois thés- me dit que ce sont deux thés très similaires, je vais donc regoûter la pasha que je n’avais pas vraiment aimé -en tout cas je suis curieux de trouver un jeune pu er que je pourrais aimer). Thés de la Maison des Trois Thés. Rayon oolongs, mon préféré reste Tai Bai Zui Jui, mais c’est un thé d’exception (donc cher cher cher), je vais le garder pour des moments particuliers, ça pourrait être mon thé du dimanche (en oolong miellé de tous les jours le Wu Yi de Taïwan ou le Beauté Académique sont très bien, il faudrait aussi que je réessaye le si ji chun 2). Stéphane (teamasters) m’a envoyé un échantillon d’un gao shan cha (récolte fin novembre 2009). Je ne connais pas bien ce type de thés. Cela avait pour moi un côté trop translucide, pâle, léger. Je me trompais. Saveur incroyable. C’est sublime.

J’ai un caractère obsessionnel ; quand je m’intéresse à quelque chose je n’ai pas tendance à être raisonnable. Manière de peupler l’univers, de le remplir.

Mon premier gaibei/gaiwan. Je m’étais habitué à la théière en porcelaine, puis en terre. Et voilà qu’un gaibei (ils appellent cela un zhong je crois à la maison des trois thés) fait son apparition. C’est plutôt joli, pas cher (en cas de casse ce n’est donc pas un drame), et puis on peut admirer les feuilles, on contrôle bien l’infusion. Pour les gao shan cha, baozhongs, thés verts, certains oolongs, ce sera donc désormais gaibei.