30 janvier 2010

against discouragment


Comme souvent article passionnant de Paul Jorion. Lui et Frédéric Lordon ne sont pas toujours exactement sur la même longueur d’onde, mais ils se retrouvent dans la critique du système comme il va. C’est passionnant et d’un autre niveau que ce qu’on lit dans la presse papier (surtout c’est d’une autre orientation). Malgré les événements, depuis septembre 2008, tout continue comme avant, on fait appelle aux mêmes chroniqueurs libéraux à la radio, dans les journaux, rien n’est remis en cause. La défense, par le peuple, des privilèges d’une minorité qui monopolise les richesses et le pouvoir est très touchante. Voilà un beau geste humanitaire. Il y a une certaine perfection à cette folie. Si vraiment on n’est pas trop déprimé, on peut lire Histoire secrète du patronat (un livre de journalistes comme il en reste quelques uns). On ne pourra pas dire “je ne savais pas”. Il y a cinq jours ma grand-mère a passé sept heures aux urgences dans les conditions des urgences d’aujourd’hui. L’hôpital comme il est, on l’a fait, on l’a décidé ainsi.

Mon frère me faisait remarquer qu’Howard Zinn n’est pas seulement l’auteur de Histoire populaire des Etats-Unis, il y d’autres livres à lire. Comme mise en bouche je vous conseille un texte de Zinn intitulé (c’est en anglais) Against discouragment. C’est justement parce qu’on n’a aucun espoir qu’on ne se décourage pas.

On peut écouter ici un entretien avec Howard Zinn.

29 janvier 2010

boussole


Sur le blog de Didier Jacob (Rebuts de presse), Javier Marias (écrivain que je n’ai pas encore lu) dit : “Il y a beaucoup d’écrivains qui écrivent avec une carte, et savent à l’avance ce qui va se passer. Ils connaissent le territoire qu’ils vont devoir traverser. D’autres, comme moi, préfèrent travailler avec une boussole, c’est-à-dire qu’ils ont une certaine idée de la direction - le nord - mais ils ne connaissent pas le trajet. Inventer vient du latin invenire, qui signifie découvrir.”

Mort d’Howard Zinn et de JD Salinger.

Je prends le train pour Paris ; faire sa valise c’est autant décider ce qu’on prendra que ce qu’on laissera. J’y passe du temps.

28 janvier 2010

le corps est à lire


Une fellow (de l’akademie schloss solitude) m’a lu les lignes de la main ; c’est une tradition dans la région dont elle est originaire, une tradition transmise de mère en fille. Il y a souvent une grande sagesse dans les sorcelleries populaires. Le corps est à lire.

28 janvier 2010

hyperesthésie


Si l’on s’en sert bien, l’hypocondrie nous offre le précieux privilège de vivre pleinement chaque instant. Elle ne signifie pas tant une peur de la mort qu’une conscience de la fragilité de la vie. Nous ne sommes pas passifs face à elle : il est possible de se l’approprier ; on n’en guérit pas mais on arrive alors à un mélange paradoxal d’angoisse et de sagesse. Les gens qui manquent suffisament d’imagination pour se croire (à raison) en bonne santé ne connaissent pas l’urgence à faire des choses, la nécessité de créer, d’opposer quelque chose au néant compagnon quotidien. Cet état était partagé il y a encore peu par toute la communauté quand la tuberculose était une maladie courante. Depuis les progrès de l’hygiène et de la médecine, depuis les vaccins et la pénycyline, ce n’est plus le cas. La majeure partie des gens que je connais ne va pas mourir subitement d’une coupure au doigt ou d’une crise d’appendicite. La maladie a été repoussé aux âges avancés et j’imagine que cela a changé bien des choses. Pour tous et en particulier pour les artistes la maladie était un tragique lien avec le monde et avec les autres. Je ne pense pas que nous ayons réussi à lui trouver un substitut (l’alcool et les stupéfiants ont été une ruse pour compenser l’anomie nouvelle causée par la moindre léthalité des maladies : les artistes se sont mis à créer eux-mêmes leurs maladies). Aujourd’hui seuls les artistes hypocondriaques conservent cette proximité avec la mort (tout ce qui se passe en soi est réel), et donc une extrême sensibilité au monde. L’absence de/du corps dans certains romans contemporains est un symptôme de la bonne santé problématique de leurs auteurs (le texte lui-même est dépouillé, décharné, l’humour en est absent, les parfums et la nourriture également) (c’est frappant en ce qui concerne la triste architecture moderne sans ornements : les artistes contemporains ne sont pas malades en conséquence ils passent leur temps à construire des tombeaux). C’est un art de gens soignés et sérieux (je pense aussi à la haine de la peinture dans l’art contemporain, surtout si elle est figurative - ce que me dit Marc M.). Il y a un problème de vocabulaire ici. Ce que l’on appelle hypocondrie est, chez les artistes, de l’hyperesthésie. On écrit avec son corps ; notre corps est comme la peinture vivante où se dessine la complexité de notre rapport au monde. Alors bien sûr j’aime les artistes qui parlent de la maladie et du corps, Nietzsche, Montaigne, Gary, Artaud, Woody Allen, Cronenberg, la liste est longue.

23 janvier 2010

pas plus que d’habitude


Il paraît que le livre est en danger. On apprend la nouvelle en lisant les journaux, en écoutant la radio. L’origine de ce danger serait internet ; souvent on identifie même le criminel  en chef : google. Mm… On verra, on verra, mais je ne crois pas. En tout cas ce n’est pas google qui m’inquiète. Je crois que ce qui met réellement en danger les livres c’est la violence du milieu littéraire. Ce n’est pas nouveau. Je crois que des écrivains, des éditeurs, des journalistes, des libraires, malmènent bien davantage la littérature que tous les moteurs de recherche du monde. Il y a une violence dont on parle peu, ou alors en petit comité. Ce qui met en danger le livre c’est le népotisme, les amitiés intéressées, les réseaux, les libraires désagréables, les articles écrits sans avoir lu le livre, les écrivains mondains et arrivistes ; la bêtise, la violence, le manque de professionnalisme, l’esprit de sérieux et la prétention. Pas google. Les bons livres ont de tout temps été en danger. Rien de nouveau à ça ; c’est leur nature, ils sont fragiles et différents. Je ne suis pas si pessimiste : on peut compter sur d’autres écrivains, éditeurs, journalistes, libraires, en face, ou à côté, qui ne collaborent pas à ce système et qui agissent décemment et élégamment.

En tout état de cause, le livre ne meurt pas plus que d’habitude. S’approchent de la mort par contre les écrivains qui croient incarner le roman. Philip Roth disait qu’il n’y avait plus de lecteurs pour le genre de livres qu’il écrivait, ce à quoi une de mes amies a très justement dit que Roth voulait emporter la littérature dans son tombeau. Dans le même genre de prédiction d’apocalypse je ne sais plus qui parlait de la mort du cinéma. Quand la fin d’un homme signifie pour lui la fin d’un art pour l’humanité entière. Il y aurait un roman à écrire sur ce thème.

20 janvier 2010

Lyon


Je suis à Lyon quelques jours dans le cadre des Assises Internationales du Roman. C’est en qualité d’auteur jeunesse que je suis là. Ateliers d’écriture avec des CM2 (et une classe de CM1). C’est la première fois que je parle de mes livres à des enfants si jeunes ; et pour l’instant c’est fantastique. J’ai rencontré quatre classes, quatre profs et des conseillers pédagogiques. C’était merveilleux de voir des adultes s’occupant d’enfants et toujours passionnés, toujours conscients de leur mission, de son importance, toujours frais et capables d’invention. Cela rassure, l’espèce humaine c’est ça aussi, ou plutôt elle est là. Jusqu’à ce jour je ne connaissais pas d’enfants, quasiment pas. Mes amis et moi-même avons un talent pour retarder tout engagement, ce n’est pas calculé, c’est ainsi, surtout les filles sont rares, donc nous sommes loin de commencer à fonder des familles. Mais qui sait, cela peut arriver vite. Les enfants (j’explique pour ceux qui ne connaissent pas) sont de petits êtres supérieurement intelligents, émouvants et imaginatifs. Leur enthousiasme est sans limite, ils rient, sont capable d’être du plus grand sérieux et ils sont curieux.  Ils sont si différents des adultes que je fais le pari que rien ne les relie d’un point de vue zoologique. Il n’ s’agit pas d’espèces différentes mais de classes différentes, aussi différentes que peuvent l’être les oiseaux et les mammifères. Je ne dis pas que les enfants sont des oiseaux, mais sans doute ils ont comme ancêtres communs les dinosaures. Cela ne m’étonnerait pas. Je n’avais pas été aussi ému depuis une éternité. Parmi toutes les bêtises que fait l’humanité, une la sauve et lui pardonne tout, ce sont les enfants. Il reste un mystère. Par quelle criminelle machinerie, par quelle infernale transsubstantiation, par quelles tortures les enfants sont ils passés pour être transformés en adultes ? Il y a un crime à dévoiler. C’est un crime qui est une industrie, une grande usine.

Ce mercredi soir à 19h, signature avec Jakuta à la librairie Les Coquillettes. L’immeuble a en partie brûlé il y a quelques jours.

15 janvier 2010

ici


Visite de l’atelier de Lan Tuazon, une des artistes de la résidence. Elle est toujours en train de faire des choses, d’avoir des idées, c’est impressionnant. Et malgré mon manque de culture concernant l’art contemporain, j’ai aimé son travail. C’est accessible et intelligent et beau. Même quelqu’un comme moi pour en tirer quelque chose. Lan m’a parlé d’un livre de Tom Wolfe sur l’art et la critique artistique. Wolfe n’est pas l’écrivain le plus progressiste qui soit, mais j’ai bien envie d’y jeter un œil. Le soir dîner chez elle avec Matthew Gottschalk, un marionnettiste, musicien, peintre etc (et qui joue la partie de banjo sur The Pirate’s Gospel de Alela Diane), avec Matilde Cassani, une architecte et deux ou trois autres personnes. C’était très agréable. Ils sont généreux et adorables, c’est un plaisir de les connaître. Souvent je suis terrifié avant d’aller quelque part, je somatise, j’ai le réflexe de me terrer chez moi ; mais souvent mon corps a tort, et cela se passe bien. J’ai bientôt trente cinq ans et j’ignore encore comment parler aux gens, comment font les gens pour être dans un rapport simple et quotidien, comment ils font pour dire ce qu’ils disent et jouer le jeu. Je vais continuer à les étudier et à prendre des notes.

15 janvier 2010

la création d’apparitions


J’écris pour faire apparaître un livre.

Au cours de la rédaction d’un roman j’écris pour provoquer des milliers d’apparitions. C’est mon atelier de création de fantômes. Rien ne me tient plus à cœur que cela. Sortir de cette terre de papier tout un monde, tout un peuple. Donner le jour à mes fantômes jamais nés.

12 janvier 2010

matinée d’un écrivain


Parfois la matinée d’un écrivain ressemble à ça : agessa, fiche de présentation, signature de contrat, organisation d’agenda, achat de billets de train, envoie de documents, scan rib, planning scotché au mur, envoie de photos en Corée, revendiquer ses propres livres sur Google books, se pencher sur la déclaration P0-i.

10 janvier 2010

le soir après la tempête de neige


soir après la tempête de neige, Solitude, janvier 2010

10 janvier 2010

froid


J’écoute Cartola. Il fait si froid. Le son a un effet sur la température. En se propageant il produit de la chaleur. Il suffit de mettre de la musique, de parler, pour que la température de la pièce augmente. C’est Laplace qui a découvert ça. J’extrapole, mais il me semble bien que le froid a un son bien à lui.

10 janvier 2010

neige


Énormément de neige. Tout à l’heure je me suis enfoncé jusqu’au bas du genou. Sensation que je n’avais pas connu depuis, des années, vingt cing ans ? Cela me fait penser au début de Max et les maximonstres (le film, Where the wild things are), drôle de période l’enfance, nous sommes livrés sans défense aux monstres, en première ligne, sans mode d’emploi. J’aime la neige, c’est quelque chose de léger et solide en même temps, je lui trouve une âme fantomatique. Froid comme la mort, blanche comme des ossements, elle est belle et légère, on dirait des confettis. J’ai marché un moment, les arbres sont blancs aussi.

J’ai reçu le travail d’adaptation d’une étudiante qui travaille sur Stupide pour son école d’audiovisuel. Et une metteur en scène veut non pas adapter mais jouer directement le texte de Je suis un tremblement de terre sur scène pour les enfants. C’est merveilleux que d’autres prennent ce que j’ai créé pour à leur tour créer quelque chose qui leur sera personnel.

7 janvier 2010

Champagne synaptique


Mon livre sort aujourd’hui. Il ne se passe rien lors de la sortie d’un livre (pas de bouteille de Champagne, pas de feux d’artifice, pas de festin) ; je trouve dommage qu’il n’existe aucun rituel. Il faudrait que j’imagine quelque chose. J’essaierai de faire ça dès que je serai rentré à Paris, pour les livres à venir. En tout cas, je suis ému. Quelque chose qui n’existait pas, est.

3 janvier 2010

immenses petites choses


Quelques plaisirs de l’existence. Soirée avec quelques amis chez une amie qui vient d’emménager dans un joli appartement près de Gambetta. Il manque une fenêtre, du scotch maintient une vieille fenêtre, en attendant des travaux ; une poignée de porte est tombée, il faut prendre garde à ne pas s’enfermer. Cela me donne envie de faire des travaux chez moi (le studio le plus mal organisé au monde). Ce matin soleil et fraîcheur, petit déjeuner chez des amis. Nous parlons de Louis Armstrong, de jazz, du rap, de livres. Ce sont de petites choses ces réunions, d’immenses petites choses.

Mon roman sort dans quatre jours et le nouveau livre se profile déjà, et le suivant, et le suivant. Ce sont des points à l’horizon qui grossissent, dont je me rapproche ou qui se rapprochent de moi, ou peut-être est-ce les deux à la fois. J’ai cette angoisse en moi de n’avoir plus de livre en projet, mais rien ne vient justifier cette angoisse. On n’a pas d’idée de livre, il serait plus juste de dire que les idées naissent de la position que l’on se construit, de la personne que l’on travaille à être. Tant que je travaillerai, tant que j’aurai la même attitude, de recherche, de compréhension, d’imagination, j’aurai des livres en projet, des personnages à défendre, des belles choses à faire naître. On n’écrit plus, on ne créé plus, quand on n’aime plus, quand on ne désire plus, quand on a abandonné une certaine attitude dans son rapport au monde. Le roman qui sort dans quatre jours parle de ça, c’est un livre sur la disparition et la création ; il n’y a pas d’angoisse de la page blanche, il n’y a que des hommes qui renoncent à vivre.

Cette semaine thé avec Geneviève Brisac, mon éditrice à l’Ecole des Loisirs. Et hier Aude est passée à l’atelier. Les premiers dessins du livre que j’ai en projet avec Sandrine Bonini sont superbes. Ce sera un album. Je rentre en Allemagne demain. Je suis heureux de retrouver le château, mes camarades résidents, l’équipe de l’académie, le calme aussi. C’est un endroit idéal pour travailler, respirer. Je serai de retour en France mi janvier (à Lyon), puis fin janvier (à Paris). Je squatte à droite à gauche quand je rentre à Paris (mon frère vit chez moi, mais comme son contrat de travail va sans doute être renouvelé, on croise les doigts, il va chercher un appartement). Ces derniers jours la copine de mon frère m’a passé son studio, et dès le jour 2, fuite, inondation, impossible d’utiliser l’eau courante, de prendre de douche, sans créer un déluge. J’ai donc pris mes douches ailleurs. C’était drôle cette semaine à prendre des douches à droite à gauche. Ce sont de belles années. Nous vivons tous dans la même ville, nous avons du temps, nous nous entendons (et nous nous disputons à propos de films, de livres, de disques). La belle époque.

30 décembre 2009

lectures


Le roman d’un enfant sage (sur Clifford Brown), Alain Gerber ; Erasme, Stefan Zweig ; Les refusants (une sorte de suite à Des Hommes Ordinaires, de Ch. Browning), Philippe Breton. Bien sûr j’ai lu le roman de Jakuta Alikavazovic et celui de Valérie Zenatti. (je ne parle pas des livres de mes amis ici, mais disons que les conseille, je les ai beaucoup aimé). J’ai bien envie de lire Propos sur la peinture du moine citrouille-amer de Shitao.

“Percevoir les choses comme étranges, c’est transformer son regard de telle manière que l’on a l’impression de les regarder pour la première fois, en se libérant de l’habitue et de la banalité.” Pierre Hadot.

Vu Funny People. Pas terrible. Bonne première partie, le reste est de la guimauve conventionnelle. Cela aurait pu donner un grand film, dommage, et puis un beau personnage est à peine exploité. En même temps c’est troublant si on voit dans Adam Sandler comique talentueux, mais acteur de mauvais films, un autoportrait d’Apatow, réalisateur talentueux qui maintenant riche et célèbre est rattrapé par la conformité. Fantasme de mort pour être lavé de ce succès qui la paralyse. Un film intéressant mais raté donc, un film symptôme.

30 décembre 2009

Contrôler


J’ai reçu mes exemplaires de Une Parfaite journée parfaite. La première édition de ce livre était truffée de coquilles, de problèmes. J’ai corrigé et nettoyé le texte, sans toutefois le réécrire (la tentation était forte, car je n’écrirais pas ce livre ainsi aujourd’hui, il y a des choses qui ne me plaisent pas, mais il aurait été malhonnête de le faire, cela aurait été une trahison). Il sort le 14 janvier. J’ai écrit une postface, exercice que je compte bien réitérer à chaque fois qu’un de mes livres sortira en poche, c’est une manière de s’adresser aux lecteurs, de discuter cuisine, de parler du contexte, de l’époque. Léger problème dans cette version poche de Parfaite : il n’est pas écrit “postface”, et aucune page blanche ne sépare la fin du roman du début de la postface. Dommage, illogique, pfff. Et le correcteur a supprimé un guillemet fermant. Bon, ce n’est pas très grave, ça sera rectifié. Tout engage un écrivain à contrôler les choses. Nous travaillons avec des gens de bonne volonté mais que j’imagine fatigués et en sous effectifs, assommés par la succession des livres. Je ne m’occupais de rien les premières années, pour mes premiers romans ; mais quelques catastrophes (de couverture, en édition originale et en poche ; de corrections -je me souviens d’un correcteur qui avait changé le nom d’un oiseau que je citais, je me souviens d’un autre correcteur supprimant des pronoms pour faire commencer des phrases par le verbe…) m’ont incité à surveiller les choses, à contrôler. Et puis c’est l’occasion de discussions avec les éditeurs les directeurs artistiques, les correcteurs. Tous n’y sont pas habitués, il faut les y aider (parfois fermement).

30 décembre 2009

gaibei


Thés découverts hier : galette de pu er n°54 de 2005 (shu) et pu er vrac n°31 de 2008 (sheng ; agréable, je le trouve différent de la pasha, mais Gilles -de la maison des trois thés- me dit que ce sont deux thés très similaires, je vais donc regoûter la pasha que je n’avais pas vraiment aimé -en tout cas je suis curieux de trouver un jeune pu er que je pourrais aimer). Thés de la Maison des Trois Thés. Rayon oolongs, mon préféré reste Tai Bai Zui Jui, mais c’est un thé d’exception (donc cher cher cher), je vais le garder pour des moments particuliers, ça pourrait être mon thé du dimanche (en oolong miellé de tous les jours le Wu Yi de Taïwan ou le Beauté Académique sont très bien, il faudrait aussi que je réessaye le si ji chun 2). Stéphane (teamasters) m’a envoyé un échantillon d’un gao shan cha (récolte fin novembre 2009). Je ne connais pas bien ce type de thés. Cela avait pour moi un côté trop translucide, pâle, léger. Je me trompais. Saveur incroyable. C’est sublime.

J’ai un caractère obsessionnel ; quand je m’intéresse à quelque chose je n’ai pas tendance à être raisonnable. Manière de peupler l’univers, de le remplir.

Mon premier gaibei/gaiwan. Je m’étais habitué à la théière en porcelaine, puis en terre. Et voilà qu’un gaibei (ils appellent cela un zhong je crois à la maison des trois thés) fait son apparition. C’est plutôt joli, pas cher (en cas de casse ce n’est donc pas un drame), et puis on peut admirer les feuilles, on contrôle bien l’infusion. Pour les gao shan cha, baozhongs, thés verts, certains oolongs, ce sera donc désormais gaibei.

27 décembre 2009

dimanche


Très bon article de Pierre Assouline sur son blog. Je ne suis pas toujours d’accord avec lui. Là oui. Et puis il termine en parlant d’un de mes sujets fétiches : les couvertures. Il y aurait tant à faire dans ce domaine en France. Peut-être que l’essor du livre électronique invitera les éditeurs à repenser les romans papier, à en faite de beaux objets (couverture comme occasion de création, hardcover, papier de meilleure qualité).

Après-midi passée en compagnie de la galette Yiwu 2003 de Teamasters. C’est un pu er sheng (cru et ici assez jeune), mais déjà très bon. Ce thé est inépuisable, avec quelques grammes, un nombre d’infusions incroyable (je me suis arrêté à douze, j’aurais pu continuer). Ce soir je retrouve le (pu er) vrac 28 de 1998 que je n’avais pas goûté depuis des mois.

“(…) sa méfiance face à la nouveauté n’a d’égal que son scepticisme à l’égard du passé.” , Peter Ackroyd, Shakespeare.

Belle journée, la dépression s’est dissipée. Lectures, prise de notes, paresse, déplacement d’idées d’un endroit de mon cerveau à l’autre (câbles, ascenseur). Hier soir dîner avec ma cousine au Pho 67 mon restaurant préféré (nourriture vietnamienne, simple et pas chère). Le quartier (Saint-Michel) est une énigme pour qui veut manger, il y a trop de restaurants, tous ont l’air destinés aux touristes. Celui là fait exception. Ce matin café croissant dans un café de Gambetta avec une vieille amie.

Oscar Peterson, Exclusively for my friends (une pensée pour Laurent Sagalovitch, nouveau Canadien).

25 décembre 2009

canapé


Comme le dit mon frère : Jennifer Jones n’est pas morte de la grippe A, c’est pour cela que personne n’en a parlé. Quand j’étais adolescent j’avais collé une photo de Jennifer dans mon cahier de texte, en noir et blanc, extraite de Ruby Gentry (photo célèbre, elle est à genoux, une winchester entre les mains).

Deux merveilles : Bai Ji Guan, un thé de rochers (maison des trois thés) et Tai Bai Zui Jin un oolong miellé taïwanais (maison des trois thés), un thé superbe, d’ores et déjà un de mes préférés (mon préféré ?). Découverte de la galette 33 de 2002 (j’avais passé un petit moment avec la galette 31 en dégustation sur place, extra, je la préfère je pense -mais pff hors de prix, impossible de l’acheter - la 33, elle, est abordable) qui accompagne maintenant mes soirées.

Mercredi soir, soirée dvd-canapé avec Lidell. Le video-club près du métro La Fourche est super ; Mc Do avalé en deux minutes sur le trottoir dans le froid devant le Monoprix. Nous avons (re)vu Stepbrothers (et nous avons parlé pendant le film, et récité des dialogues, trop bien). Soirée parfaite.

Sortie du nouveau numéro de la revue “Témoigner. Entre histoire et mémoire.” Ma mère, Christiane Page, y a écrit un article sur Charlotte Delbo. L’article commence sur une citation d’une pièce qui s’appelle Une scène jouée dans la mémoire. C’est un très beau titre.

J’aime particulièrement écrire pendant les fêtes. Je ne sais pas pourquoi. Quelques films à voir. Le rideau blanc, Max et les maximonstres.

“Seuls les mots qui sont des images demeurent. Le reste est un brin de paille. Pourtant il me fallut des années pour me libérer des érudits, de leur tutelle, de leur sourire supérieur, et revenir à mes amis fidèles qui savaient qu’un homme n’est rien d’autre qu’une pelote de faiblesses et de peurs. Il ne faut pas en rajouter. S’ils ont le mot juste, ils vous le tendent comme une tranche de pain en temps de guerre, et s’ils ne l’ont pas, ils restent assis près de vous et se taisent”. Aharon Appelfed, Histoire d’une vie.

24 décembre 2009

cadeaux de Noël


Une discussion entre Alain Badiou et Alain Finkelkraut : .

“Qu’est-ce que c’est que le monde quand on l’expérimente à partir du deux et non pas de l’un ? Qu’est-ce que c’est que le monde, examiné, pratiqué et vécu à partir de la différence et non à partir de l’identité ? Je pense que l’amour, c’est cela.”  / “Disons que l’amour est une aventure obstinée.” / “La déclaration d’amour est le passage du hasard au destin.” / “Dans l’amour, la fidélité désigne cette longue victoire : le hasard de la rencontre vaincu jour après jour dans l’invention d’une durée, dans la naissance d’un monde.” Alain Badiou, Éloge de l’amour (entretiens avec Nicolas Truong, Flammarion).

Quelques liens : dedefensa / paul jorion / paul moreira / frédéric lordon / là-bas si j’y suis / the book design review / martin winckler / maître eolas / la galette de thé / liqueur de thé / émotions de thé / jardin de thé / teamasters / blackteapot

Isaac Bashevis Singer : (…) “D’ailleurs je parle toutes les langues avec un accent”. Philip Roth : “Pas le yiddish, tout de même ?” Isaac Bashevis Singer : “Eh si. Les Litvak disent que je le parle avec un accent”.

« Il n’y a pas de passé vers quoi il soit permis de porter ses regrets, il n’y a qu’une éternelle nouveauté qui se forme des éléments grandis du passé; et la vraie nostalgie doit être toujours créatrice, produire à tout indstant une nouveauté meilleure. »
Goethe, Entretiens avec le chancelier von Müller, 4 novembre 1823

“Quel fut le moyen de propagande le plus efficace de l’hitlérisme ? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme ? (…) Non, l’effet le plus puissant ne fut pas obtenu par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux (…). Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaire et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente”. Victor Klemperer, LTI (”la langue du troisième reich” est le sous-titre de la traduction française ; “Notizbuch eines Philologen” celui de l’édition originale). C’est un livre que l’on trouve en poche et il n’y a pas de meilleur cadeau de Noël. Il faut défendre la langue (pas la défense bête de ceux qui se battent pour conserver un accent circonflexe sur tel mot), défendre les mots contre l’usage qui en fait par ceux qui installent peu à peu dans les consciences la barbarie à venir.

Stendhal : “Article 23 : Dix fois par an, le privilégié pourra être transporté au lieu où il voudra, à raison d’une heure par soixante lieues ; pendant le transport il dormira”. (Les privilèges, avril 1840)