9 juin 2010

Godard


“Il est de la règle de vouloir la mort de l’exception. Il sera donc de la règle de l’Europe de la culture d’organiser la mort de l’art de vivre qui fleurit encore à nos pieds. Quand il faudra fermer le livre, ce sera sans regretter rien : j’ai vu tant de gens si mal vivre, et tant de gens, mourir si bien.”

C’est dans “Je vous salue, Sarajevo“, un film court, 1993.

9 juin 2010

les belles conspirations


Lundi je suis passé à l’Olivier pour parler de mon livre de novembre avec Alix Penent, mon éditrice. Je dis “mon livre”, en fait c’est “notre livre”, à Quentin et à moi. La maison d’édition est installée dans de nouveaux bureaux, bien plus spacieux et agréables que les anciens. Bon, je déteste ce quartier ranci et bourgeois, mais passons. Alix m’a présenté les propositions de couverture. C’est la deuxième vague. Il faut du temps pour trouver la couverture qui ira, c’est à dire qui me satisfera et plaira aussi aux éditeurs. On discute, on s’écoute et la plupart du temps ça roule (malgré des frayeurs avec souvent les premières propositions de couv). Puis Alix me parle de mes textes (ce sont des histoires, sept), il y a des répétitions, de menus problèmes,  des erreurs et des problèmes que j’ai laissé passé je me demande comment, rien de grave heureusement. Nous parlons ensuite du calendrier. Elle voudrait présenter deux histoires à la réunion avec les représentants (qui vont parler du livre aux libraires) du 25 juin, je vais les retravailler en priorité (je dois les lui envoyer vendredi). Les autres peuvent attendre début juillet. On se voit tous les trois (avec Quentin donc) le 12 pour discuter de l’ordre des histoires, des dessins, de la mise en page. Il y a de belles conspirations.

9 juin 2010

être choqué : un entraînement


Des gens sont choqués par quelques mots employés par un comique (Didier Porte) à la radio. On aimerait que ces bonnes âmes soient plus souvent choquées. Qu’ils persévèrent, qu’ils s’entraînent bon dieu et prennent des cours, un jour ils seront peut être choqués par des choses réellement choquantes. Cela changerait. Alors bon les gros mots c’est pas bien, pourquoi pas, mais merde, quelle hypocrisie. Au-delà de l’anecdote, ce sont des frontières qui se tracent, une morale qui se constitue, un monde futur qui se construit. Des exclusions qui se dessinent et des coups portés  (doucement, sous couvert de vertu) à la démocratie. Les mots sont importants, ceux que l’on emploie et ceux qui déclenchent les faux scandales.

Je reprends mes habitudes à Solitude (lessive dans le grand lavomatic du sous-sol à la Shining), je croise des résidents, nous discutons, je suis rentré chez moi, mais comme je suis chez moi là où je suis bien, à Paris ou ailleurs. Quelques minutes avec Alissa Margolis et son copain, avec Vipul Rikhi aussi.

8 juin 2010

écrire aux écrivains dans la cour de récréation


Comme je ne suis pas doué pour faire connaissance dans le monde réel, comme je ne veux pas laisser échapper certaines personnes qui pourraient devenir des amis ou des correspondants (ou simplement faire un lien, dire hello), comme ce monde est froid et agité, pour ces raisons et d’autres, j’écris aux auteurs dont j’ai aimé un livre. Pas tout le temps, je remets parfois à un autre moment et j’oublie, mais j’essaye de me tenir à cela : dire à un auteur que j’ai aimé son travail, souvent en une phrase ou deux, rarement plus, pas besoin. Adresser un signe, encourager, dire mon admiration. C’est incroyable le nombre de gens talentueux. Nous avons de la chance. Il y a quelques chose de magique à écrire à des gens que je ne connais pas, une tentative (parfois réussie, la magie n’est pas une science exacte) de créer de la chaleur et du sens dans la cour de récréation dont nous ne sommes finalement jamais sortis.

8 juin 2010

en compagnie


Il faut trois heures quarante pour atteindre Stuttgart (puis une demi-heure de bus pour arriver à Solitude). J’ai passé ce voyage en compagnie de Mon traître de Sorj Chalandon, de Le passé devant soi de Gilbert Gattore et de l’autobiographie d’Isaac Asimov. Ici les oiseaux chantent, calme, tendresse. Bonheur d’être dans la nature sans y être (protégé par murs et fenêtres).

7 juin 2010

Metz


Il faudrait que je pense à signaler mes déplacements sur ce blog. Samedi j’étais à Metz pour le salon du livre, occasion de se perdre dans les rues et de faire connaissance avec les joues de porc confites. J’y ai rencontré Sorj Chalandon, Ariel Kenig, Elisa Géhin, Cécile Boyer, Dominique Souton, j’ai retrouvé d’autres Thierry Hesse, Janik Coat, Gérard Oberlé, Véronique Olmi, et Camille de l’Olivier. Tout cela grâce à l’accueil de la librairie du Préau. Je pars pour Stutgart demain matin et je reviens vendredi après-midi (pour “Paris en toutes lettres”, rencontre samedi).

Je termine la dernière histoire pour le livre avec Quentin Faucompré (je suis en retard) et je commence à rédiger ma chronique pour Vents Contraires, le site du Rond Point (en retard aussi). Roselyne Titaud vient de passer à l’atelier. C’est une photographe que j’ai connu à l’Akademie Solitude (on peut voir son travail ici). Quelqu’un me disait il y a peu que je connaissais beaucoup de monde. Je ne le savais pas. Je ne crois pas, en fait. Je connais pas mal de monde (mais qu’est-ce que ça veut dire ?), mais cela n’a pas entamé ma solitude et mes difficultés à être sociable, je passe la plupart de mes soirées seul, à travailler, à lire, à regarder des films. C’est étrange cette différence de perception, cette double nature de la réalité. Enfin, bon, au travail, au travail !

7 juin 2010

Aliénation ou émancipation


Ma mère vient de sortir un livre aux éditions Artois Presse Université : Pratiques théâtrales dans l’éducation au XX° siècle : aliénation ou émancipation ? La couverture est une reproduction d’un tableau de mon père, une de ses rares oeuvres survivantes. Bien sûr cela parle de pédagogie, mais donc aussi de choix politiques, de choix de société. C’est un livre universitaire, riche, et aussi engagé, qui prend position.

Dernièrement ma mère a aussi écrit un article sur Charlotte Delbo, écrivaine, poète, résistante (du groupe Polizter), déportée (la page Wikipedia est une bonne introduction, et elle renvoie vers des articles). On peut écouter l’extrait d’un entretien ici, émission animée par Jacques Chancel (ça ne marche pas avec safari, en tout cas pour moi, mais pas de problème avec firefox).

7 juin 2010

apparition de livres amis


Stéphane Heuet vient de sortir sa Petite bibliothèque maritime idéale (chez Arthaud). Je ne connais pas la plupart des livres dont il parle (c’est un livre illustré de belles aquarelles et de cartes), mais surtout Stéphane a fait un livre sur l’aventure, sur ses mirages et finalement sur la seule réelle aventure : être un homme (et particulièrement être un artiste). C’est un livre très personnel.

Le nouveau livre d’Aude Picault s’appelle Comtesse et c’est une bande dessinée x. C’est du porno délicat, sensible et beau (cela semble paradoxal, mais certains ont l’immense talent de faire exister les paradoxes).

2 juin 2010

collectif d’une certaine façon


Shome Dasgupta (il cite comme influence, entre autres, Aimee Bender et Tagor), écrivain et animateur du blog The Laughing Yeti, demande à des écrivains d’écrire quelques lignes sur la lecture. Voici ma participation, ici.

Je suis allé voir Stage Door avec A. (Pension d’artistes, 1937 Gregory La Cava). Un de mes films préférés désormais. Des actrices qui vivent dans une modeste pension en attendant le rôle (ou l’homme) qui leur permettra de percer. Elles se disputent et se soutiennent, solidarité et jalousie, comédie et tragédie (on passe de l’un à l’autre en un instant, dans la même pièce, par le jeu d’un subtil déplacement, d’un changement de lumière). Un chef d’oeuvre sur la vie d’artiste (en temps de crise, cela se passe dans l’Amérique post-1929) (ce pourrait être des écrivains d’aujourd’hui). Surtout on retrouve ces personnages féminins des films des années 30 (qui existent aussi chez Lubitsch, Cukor, Hawks), sensibles et fortes, drôles et émouvantes. Des femmes qui ont disparu des écrans j’ai l’impression (et qu’on peine à rencontrer dans la vie), il n’y a plus de personnages aussi complexes et attirants. Non ?

Dîner chez Thomas Reverdy et sa petite famille. Nous avons parlé de notre prochain projet, collectif d’une certaine façon, mais pas à la façon de la Collection irraisonnée de préfaces à des livres fétiches. Vraiment autre chose. Je m’apprête à envoyer un email à Armand, des éditions Verticales, pour lui demander s’il veut nous suivre sur ce projet.

Rendez-vous matinal avec Aude Elfassi à propos de la revue qu’elle lance à la fin de l’été. C’est agréable de voir des gens partir à l’aventure et créer.

Je vous conseille le blog de poésie de Thomas Vinau ect-iste. C’est magnifique (le plus simple est de s’abonner via rss, google reader, netvibes).

Etonnant (évidemment pas) comme la presse (qui continue à sabrer son indépendance et à donc à mourir) assure la publicité gratuite des produits Apple. Les gens se déclarent écologistes et continuent à acheter des gadgets polluants (qui seront périmés dans six mois) et chers (et bien sûr fermés, qui censurent, ce n’est pas linux) comme cette ridicule tablette. Dans un débat à la télé vendredi soir (j’étais à l’hôtel), Emmanuel Todd parlait de maladie mentale pour parler de notre époque. Je suis d’accord. Sur la ridicule tablette on peut lire ça (et suivre la chaîne de liens) et ça. Il serait temps de faire des ordinateurs (et pourquoi pas des liseuses -sous linux, et des téléphones et…) qui durent.

30 mai 2010

anticipations visuelles fantômatiques


Après trois semaines de voyages, je me pose enfin à Paris avant de repartir pour l’Allemagne d’ici huit-neuf jours. Le seul intérêt des voyages ce sont les rencontres. Avec des auteurs (Gilbert Gatore, Jean-Luc Luciani, Claire Clément, Irène Cohen-Janca, Estelle Lépine, Sebastian Meschenmoser, Christine Beigel, Janik Coat, Christophe Carpentier, Jennifer Lesieur, Kim Thuy, Guillaume Hintzy, Fabienne Juhel, Carole Martinez…), des lecteurs, des libraires (la libraire du Préau à Metz, les libraires de Lille…), des professeurs, des enfants, des bibliothécaires, des organisateurs etc etc. J’ai retrouvé Stéphane Heuet, Nathalie Kuperman, Laurent Maréchaux, Patrick Boman, Alice de Poncheville, Valérie Zenatti, Sophie Cherer… Je pense à ces gens qui me demandent si écrivain n’est pas un métier trop solitaire. Bien sûr la solitude est là, même si l’on est accompagné et entouré, on ne la résout pas cette solitude ; mais il y a des rencontres et c’est un des plaisirs de ce métier. Et puis j’ai rencontré des classes (à Lyon, pour les Assises du Roman, et à Lille), des plus petits cette fois, CE1 et CE2 ; les enfants sont vraiment géniaux.

Thierry Illouz a désormais un site internet. J’espère qu’il y mettra ses textes courts et articles (en particulier “L’invocation de la loi, une autre forme de soumission à la norme”, et son texte sur le château de Bouges dans l’ouvrage collectif édité par les Monuments Nationaux). Un de mes écrivains préférés.

Le titre de ce post est pris à Ernst Gombrich dans le livre d’entretiens avec Didier Eribon, Ce que l’image nous dit (Arléa poche) (je n’ai pas fini le livre sur Aby Warburg de Didi-Huberman, ces deux livres se lisent bien ensemble). Il y a cette phrase : “C’est au monde en trois dimensions que notre organisme est adapté, là où il apprend à tester ses anticipations contre le flux des stimuli qui en proviennent, rejetant ou confirmant la mélodie prédictible des transformations qui résultant du mouvement”.

Mort de Gary Coleman. Arnold et Willy (Diff’rent Strokes) n’est pas une bonne série télévisée. Mais elle a marqué ma génération, elle fait partie de ma culture, elle compté au nombre de ces milliers de choses qui ont compté pour moi. Et j’apprends la mort de Dennis Hopper.

27 mai 2010

prix Etonnants voyageurs


Dimanche j’ai reçu le prix Etonnants voyageurs, décerné à l’occasion du festival du même nom à Saint-Malo. C’est mon premier prix. Je me prépare toujours aux mauvaises nouvelles alors lorsque les bonnes nouvelles surgissent je ne sais pas très bien comment réagir. Impression d’un accident positif. Puis, aidé par mon éditrice (heureuse, heureuse), la joie est venue, enfin quelque chose comme la joie, quelque chose d’agréable (résumons : j’étais très heureux, je le suis toujours). C’était un jury lycéen, cela lui donne une valeur supplémentaire (car non professionnel). Tout le monde a été adorable, mais c’était un peu trop officiel, alors j’ai proposé aux lycéens de se retrouver dans un café le soir. Nous y avons discuté, nous avons fait connaissance, et j’ai pensé que c’est comme cela qu’il faudrait faire les soirées littéraires : comme des échappées aux soirées officielles (dont le rôle serait d’amorcer). Belle expérience. J’exprime mal tout ça (je pars dans quelques minutes pour Lille avec Nathalie Kuperman, nous allons rencontrer des classes, parler de nos livres pour enfants), j’y reviendrai bientôt (cela pose plein de questions). Beau week end. Merci à tous ceux qui m’ont envoyé un message.

20 mai 2010

avant la loi


Dès le lendemain de mon retour à Paris je suis allé en Moselle. Mon corps, je me demande ce qui lui prend, semble tenir le coup, il supporte l’agitation et le manque de sommeil. Cela ne va pas durer, alors je ralentis, je fais comme si je n’étais pas en retard pour écrire ceci ou cela. Je me pose trois jours à Paris, je retrouve mes amis, je rate la séance du Godard mais mes amis me le rejouent dans un resto/kebab turc. Nous parlons de la crise ( la crise dans la crise car depuis que je suis en âge de lire les journaux on me dit que c’est la crise), des moyens qu’on trouvera pour résister. Nous pensons à une grande maison à la campagne, à des plantations de pommes et de choux, de dizaines de fruits et légumes. Nous avons commencé la liste de ceux que nous voulons avec nous. Dans le Godard (mes amis n’ont pas tout aimé dans ce film), il y a cette phrase “Si la loi est injuste, la justice passe avant la loi”.

La Moselle, donc. Les rencontres avec les élèves (6° et 5°) ont été passionnantes, il y en a eu cinq en deux jours, dans différentes villes de Moselle. Les enfants n’hésitent pas à poser des questions, ils sont sérieux et ils se marrent aussi, ils prennent des photos avec leur portable et ils me demandent si j’ai des enfants et combien je gagne. Et ils prennent ce qu’ils ont lu à coeur. J’ai vraiment pris plaisir à l’aspect social et relationnel du job d’écrivain en commençant à publier pour la jeunesse. C’est impossible (le plus souvent) en littérature adulte.

Saint-Malo samedi et dimanche. J’ai hâte de retrouver l’océan et les souvenirs que j’ai laissé là. Café avec un ami près de son bureau ce matin, derrière Notre-Dame. Nous avons parlé des femmes, de celles que nous connaissons, de celles que nous aimerions connaître, et de ce temps qui ne vient pas où nous embrasserons quelqu’un pour longtemps. Belle manière de commencer la journée.

16 mai 2010

vents contraires - théâtre du rond point


Nouvelle chronique sur le site vents contraires ici (version un peu plus courte de mon texte original - je  mettrai la version originale dans la section Textes de ce blog d’ici quelques mois - note : les caractères gras ne sont pas de moi). Et j’avais oublié de signaler la précédente ici.

15 mai 2010

réconforter le passé


Paris a l’air d’un village comparé à Séoul et pourtant je m’y sens bien. J’aurai envie d’y passer des mois. C’est une ville de dix millions d’habitants, immense. Mais il y règne une douceur, une tranquillité. Je suis guidé par mon éditrice, Rosa. Je me sens moins étranger à l’étranger que dans mon propre pays. Paris m’est infiniment plus exotique.

Adaptation théâtrale de Conversation avec un gâteau au chocolat par Park Seung-Geol. Le public réagit bien, c’était super. Un acteur porte un costume de gâteau au chocolat et se tient sur le côté, tandis qu’une jeune actrice parle à un vrai gâteau posé sur la table devant elle. Dans la dernière partie quand elle est en train de finir d’avaler le gâteau, l’acteur a un regard mélancolique très troublant. Le metteur en scène a parfaitement compris le mélange d’humour et de tragédie. C’était drôle et émouvant. Je participe à un débat avec lui tout à l’heure.

Journées bien remplies. Émission de télévision (KBS) où j’ai découvert une version géante de Je suis un tremblement de terre (1,50 sur 2), c’est la seule émission littéraire à la télévision. Une présentatrice, deux critiques littéraires, une heure pour parler de ce livre, mon autobiographie secrète. C’était agréable de constater qu’ici on pouvait prendre au sérieux un livre paru dans une collection de livres pour enfants. Cela n’arrive pas en France. Le taxi n’est pas cher ici, alors mercredi j’ai traversé une partie de la ville (course d’une demi-heure dont un quart d’heure d’embouteillages-spécialité locale) pour déjeuner dans un quartier dont j’ai oublié le nom (à compléter plus tard), un genre de Montmartre, hm moderne, restaurants, petites rues. Hier rencontre avec des lecteurs dans un grand café près de l’hôtel de ville et d’une université. Avec le Brésil, c’est en Corée que les rencontres avec les lecteurs sont le plus agréables. C’est naturel, chaleureux, drôle, on discute sans esprit de sérieux mais longuement, passionnément. Nous avons parlé de la mort, de politique, de fantômes (les morts qui ne sont pas morts et les vivants qui bien souvent ne sont pas vraiment vivants). Débat aussi au salon du livre. Lors d’un dîner officiel, situation inédite, je suis assis entre Christine Jordis (écrivaine et éditrice chez Gallimard) et Bernard Werber, tous deux de bonne compagnie. Discussion sur le milieu littéraire (on n’en fini pas).

J’ai beaucoup pensé à l’adolescent que j’étais il y a vingt ans, à ma vie en banlieue parisienne, élève médiocre, avec mes amis bizarres, un père qui allait de plus en plus mal, inquiet de l’avenir, angoissé, pas sûr de moi, prenant des notes dans des grands cahiers. Il faudrait pouvoir envoyer des petits signes de réconfort en direction de son passé.

Je rentre demain, dimanche.

12 mai 2010

corée


Il faut être vigilant quand on prend son petit déjeuner : je m’étais levé pour aller prendre un verre de jus de kiwi et un serveur avait entièrement débarrassé ma table, mon thé, mon journal. Quelle efficacité. Un jour on nous épargnera même le loisir de prendre notre petit déjeuner, une machine le fera à notre place, mieux, plus vite.

Rencontre-débat avec une écrivaine coréenne, Kim Soom (ses livres ne sont pas encore traduits en français). Ces derniers temps j’ai découvert des écrivains coréens (Zulma en publie plusieurs, Picquier aussi), j’en reparlerai. On m’a demandé ce que j’aimais dans la littérature coréenne, j’ai répondu la nationalité ne me semblait pas le caractère important de ces écrivains que j’aime (et que ça m’était égal la nationalité). La semaine dernière débat à la Staatgalerie de Stuttgart sur le sujet pour le moins etonnant ”Littérature européenne, rêve ou réalité”. Bien sûr j’ai dit à quel point un tel sujet m’était incompréhensible (c’est grotesque) et j’ai parlé politique. C’est bien beau de défendre la culture, l’héritage des Lumières, mais pour que les gens lisent, aillent au cinéma, au musée, créent eux-même, il faut du temps et de l’argent. Et cela passe par des combats politiques. Se réjouir de l’argent données pour les traductions, se réjouir des aides,  et s’arrêter là, c’est un problème. J’ai parfois l’impression qu’on achète le silence des artistes (mais j’ai l’esprit peut être mal tourné). Dès que j’ai abordé la question politique (et son lien avec l’art) j’ai eu l’impression qu’on trouvait que je n’étais vraiment pas bien élevé. Cela n’a suscité aucune réaction. On s habille facilement du costume des idées des Lumières mais on ne parle pas politique, on oublie, c est pratique, que des écrivains et des philosophes se sont engagés, se sont battus. C’est irritant tous ces gens qui aiment tellement les Lumières et qui se plaignent du manque de curiosité du public et du faible niveau des étudiants. Et puis j’ai parlé de Roberto Saviano. Voilà un écrivain européen, en danger, un excellent écrivain, politique qui nous parle de la mafia certes, mais surtout de l’imbrication du capitalisme et de l’économie illégale. Mais cela n’a pas intéressé grand monde.

12 mai 2010

normandie


J’étais au salon du livre de Caen ce week-end, inévitables crises d’angoisse, heureusement Jakuta et Geneviève étaient là, heureusement il y a eu des rencontres, avec des lecteurs, une libraire, etc et des illustrateurs, un peintre (Sebastian Meschenmosser), des auteurs (Christophe Carpentier, qui a publié deux livres chez Denoël, j’ai hâte de les lire).

4 mai 2010

infidèle envers notre art


Je commençais à avoir tendance à ne plus lire que les livres de mes amis. On se prend à croire que tous les bons écrivains, on les connaît, ce sont des proches. On se trompe. De même on reste entre soi, il y a une sorte de patriotisme de la profession, les artistes s’intéressent d’abord à ceux qui exercent le même art qu’eux. Il faudrait être infidèle envers notre art et aller voir ailleurs. J’ai l’impression de plein de petites corporations et je déteste ça.

J’ai écrit à Rosanne Cash pour m’excuser. J’espère qu’elle va avoir le message.

2 mai 2010

la constante danse des rendez-vous


Retour. J’ai lu Coney Island Baby de Nine Antico et je commence le dernier roman de Delphine de Vigan, Les heures souterraines (et ça commence très bien). Je lis aussi le roman le plus poignant jamais écrit : Des fleurs pour Algernon (Flowers for Algernon) de Daniel Keyes.

Mercredi j’ai enregistré une émission sur TSF, Jazz Fan, animée par Laure Albernhe. On a passé quelques morceaux que j’aime beaucoup, j’en ai parlé, je pense que c’est un peu confus (la confusion maximale étant atteinte quand j’ai essayé de résumer le roman de Gil Scott-Heron, ça donne quelque chose comme “C’est un livre sur un homme, du ghetto et… euh” - puis je m’en prends à Johnny Cash, et là je dis n’importe quoi, vraiment n’importe quoi, alors je présente mes excuses au fantôme de Johnny Cash). Sinon à part mon moment de folie (dire des bêtises pour appuyer mon point de vue, pfff, bravo ce n’est pas très fin, je ne suis pas fier de moi) c’était une chouette émission.

Cette semaine à Paris n’a été qu’une constante danse des rendez-vous. La plupart heureux (Jakuta A., Nathalie Kuperman, Rodrigo Bernardo, Marc Molk, les garçons… et puis j’ai passé une nuit entière à discuter avec une amie et une voisine, une quasi nuit blanche ce qui ne m’était pas arrivé depuis dix ans).

J’ai un nouveau projet, un roman graphique avec Marc Molk. Cela devrait donner quelque chose d’intéressant. Je dois me mettre au travail. Mais d’abord terminer deux trois choses cette semaine.

Je commence bientôt le livre sur ce qui est arrivé à mon père. Mon frère m’a envoyé cette petite video réalisée par Emmanuel Bellegarde. Cela s’appelle Une vie et ce n’est pas sans lien avec l’histoire de mon père. Je vous la conseille, vraiment, vraiment.

22 avril 2010

un jour le tofu sera un animal, je te le promets


Ma cousine a passé cinq jours ici. C’était chouette et remuant de vivre avec une adolescente (qui voulait principalement faire la fête et manger de la viande -le tofu n’est pas son truc), cela m’a fait des vacances. Nous avons fait des trucs de jeune c’était super : nous nous sommes baladés en forêt, chaque soir nous avons bu de la tisane, nous nous sommes (un peu) socialisés.

Kate Donnelly m’a demandé une photo de mon bureau.

Je rentre à Paris samedi pour quelques jours. Rendez-vous etc, je dois terminer une nouvelle, je retrouve le club des inadaptés, je vais rattraper mon retard cinéphilique et je vais féliciter une amie qui vient de se marier, une amie que je connais depuis au moins une vingtaine d’années et qui se marie sans prévenir personne. C’était drôle, surprenant. Peut être que dans une semaine elle m’annoncera qu’elle a trois enfants de deux, sept et douze ans, qu’elle est professeur de viet vo dao pour les services secrets et qu’elle est hindoue.

16 avril 2010

le chasseur de journées


Ce matin j’ai eu droit à la plus étrange et la plus poétique phrase depuis longtemps. Une fellow à qui je demandais le nom de son parfum (les filles s’étaient parfumées pour le cours d’allemand, c’est un peu le moment -trois heures!- social de la semaine ici) m’a répondu (avec son accent roumain, en relevant un peu le menton) : “C’est le meilleur parfum soviétique.” Il s’appelle Dzingars et il vient de Riga. Il y a des phrases qui sont belles comme des paysages. On aimerait les prendre en photo, les mettre dans des albums, les accrocher aux murs. Ou les planter dans la forêt au milieu des arbres.

A part ça je traîne aujourd’hui. Hm. Il y a des journées qui se cachent. J’ai eu beau chercher cette journée, elle se défilait, elle me glissait entre les mains. Une journée est un animal qu’il faut dompter, apprivoiser et parfois attraper avec un filet. Cela demande de la ruse, de la patience et de la détermination. Un moment inattention et elle s’échappe. Il faudra attendre le lendemain matin, quand la journée sera à nouveau jeune et endormie. Il faudra la saisir.