13 avril 2010

magie postale


Un livre est apparu dans ma boîte aux lettres, un petit livre d’une centaine de pages, un cadeau d’une amie. C’est un livre qui tombe bien ; la pluie de coïncidences continue. Cela commence ainsi : “Ces derniers temps, j’ai eu le sentiment qu’en moi s’accumulaient toutes sortes de choses qui ne peuvent pas trouver leur juste expression à travers une forme d’art objective comme le roman.” Yukio Mishima, Le soleil et l’acier.

Mon prochain livre ne sera pas un roman, mais une sorte de récit écrit à la première personne. Je voulais écrire un livre sur mon père, sur ce qui s’était passé dans les hôpitaux de ce pays, mais cela déborde (je suis donc bien doué pour les inondations), il sera question aussi de bien d’autres choses. J’ai terminé le magnifique livre de Geneviève Brisac (qui est mon éditrice à l’école des loisirs) sur son père, sur l’hôpital. Mon livre sera différent ; c’est nouveau pour moi d’écrire de la non-fiction, une histoire qui concerne ma famille.

13 avril 2010

retour


Bordeaux c’était très bien. Il y avait toute la panoplie, soleil, douceur, bonne compagnie, gentillesse. Retrouvailles avec des collègues, rencontres, débat avec Sérigne M Gueye.

La semaine dernière en voulant réparer quelque chose dans mon appartement, ici à Solitude, j’ai causé une inondation. C’est la dernière fois que je me risque à faire du bricolage. Je suis une catastrophe.

J’ai lu deux volumes des Notes de Boulet (Delcourt, Shampoing). Moments d’autobiographie imaginative, surtout il parle travail (la journée d’un dessinateur, les dédicaces, les salons, la paperasse, un rafraîchissant “détruisez vos livres”). C’est extra, drôle, intelligent, un vrai travail littéraire. Pas mal de belles découvertes ces derniers temps : Michael Ferrier (Tokyo, petits portraits de l’aube, éditions Arléa poche), Hannelore Cayre (une auteur de polar, c’est fabuleux, très bien écrit, chez Métailié).

Le premier long métrage de Xabi Molia sort et évidemment je ne suis pas là. Flûte. Je rentre à Paris dans onze jours, il devrait être encore à l’affiche, ça a l’air super.

9 avril 2010

une soirée à naturaliser


Ce soir au Catacombs cinema club j’ai montré deux films (double feature!). D’abord Seasons (je n’ai pas le titre russe sous la main), de Ivan Ivanov-Vano et de son disciple (il me semble) Yuri Norstein (1969). Le film dure 9 minutes ; vous pouvez le voir (regardez le sur le plus grand écran possible, dans l’obscurité et branchez des hauts parleurs -musique de Tchaïkovski). Ce film est une merveille, virtuosité au service de l’émotion. Quand la beauté nous donne les larmes aux yeux. Un homme et une femme qui font de la balançoire, le soleil qui fait le lien entre eux, des oiseaux qui se transforment en neige. Deuxième film de la soirée, The shop around the corner, de Ernst Lubitsch, avec James Stewart et Margaret Sullavan, un film qui devient plus riche à chaque vision. Un de mes films préférés. Deux de mes films préférés.

Je prends le train pour Paris demain midi, puis samedi pour Bordeaux (je suis invité à l’Escale du Livre -avec Jakuta Alikavazovic). Je vais me coucher, c’est le temps de poursuivre la lecture de David Boring de Daniel Clowes et du Maître ignorant de Jacques Rancière. Article terminé, j’ai avancé quelques travaux en cours, thé avec une fellow (Lan Tuazon -nous avons parlé de regular despair et de chasse aux dragons bien sûr ; en buvant un puerh de vingt ans d’âge), et après le film brève discussion (je suis fatigué et la soirée n’est pas terminée) avec Jia Lyng Tang, François Joly, Vipul Rikhi et quelques autres fellows. Une sacrée belle journée.

7 avril 2010

vents contraires


Vents contraires est un roman d’Olivier Adam, un disque, un téléfilm ; c’est avant tout une expression. Sa nouvelle incarnation est un site internet lancé par le Théâtre du Rond-Point. J’y publierai des chroniques. Une première est déjà en ligne. J’ai toujours rêvé d’écrire des chroniques. C’est drôle, le dessin censé me représenter me donne un air grave, je ressemble à un hippie paysan ardéchois. Laure Albernhe est la rédactrice en chef de ce magazine internet.

6 avril 2010

serendipity


Sur le blog de Liza, Laura Marling. Genre d’alignement des planètes, coïncidence cosmique : j’apprends que Laura Marling passe chez Lenoir sur France Inter ce soir (on peut réécouter ou podcaster j’imagine) -là j’écoute et ça ne ressemble pas à Mlle Marling, c’est peut être après, ou je viens de la rater flûte, merde on est le 6 avril, je croyais qu’on était le 5, donc c’était hier, bon revenons à la coïncidence cosmique : sur la page de l’émission de Lenoir : Daniel Johnston est annoncé en concert à Paris. Les Anglais ont un mot pour ça serendipity. Cela ne sert pas à grand chose, mais j’ai toujours été doué pour les coïncidences (je mettrais ça sur mon cv si un jour je dois chercher du travail). Cela faisait longtemps que je n’avais pas écouté Lenoir. C’était mon émission préférée quand j’avais vingt ans. Je vais réécouter. C’est trop cool. Une émission le 7 peut être avec des morceaux de Daniel Johnston (? ce n’est pas très clair sur la page) (en tout cas le 12, Get Well Soon). Laura Marling a fait partie d’un groupe nommé Noah and the whale, dont le nom est fabriqué à partir du Squid and the whale, de Noah Baumach (ce qui nous appelle à Wes Anderson, ce qui nous amène à… et ainsi tout de suite la vie durant).

6 avril 2010

the story of an artist


Grâce à Frédéric Roux (auteur de L’été Indien, Grasset), à son blog, j’ai découvert cette chanson : Story of an artist, de Daniel Johnston. Qui est maintenant ma chanson préférée (pour mille raisons très précises).

Journée passée à écrire et à réécrire un article sur une des rares choses non-maudites dans les maudites années 80, à reprendre un texte pour le livre d’histoires illustrées de novembre, courrier aussi, j’ai reçu une lettre de Jean-Claude P. (joie & émotion), j’ai écrit deux lettres et quantités d’emails. Après-midi à la bibliothèque. J’ai rencontré quelques fellows de la résidence, j’ai essayé d’aller rejoindre des gens pour m’amuser, mais je ne sais pas être naturel, je n’ai pas le mode d’emploi pour participer aux groupes, je ne suis jamais à l’aise et j’ai peur. Il y avait du soleil. Ce n’est pas grave j’ai tellement de choses à lire et à écrire. J’ai fait des courses aussi. Je pensais avoir acheté du sel, en fait c’est du Würzmischung.

5 avril 2010

un texte


Le texte écrit pour le (beau) livre 100 monuments/100 écrivains, éditions du Patrimoine, décembre 2009, édité par Adrien Goetz (merci à Gauthier Morax et à Denis Picard) est lisible ici (rubrique textes de ce site). Chaque écrivain embarqué dans l’aventure devait choisir un monument et écrire un texte personnel (on ne nous a pas demandé, heureusement, de jouer aux historiens d’art). J’aime quand on me sollicite pour écrire sur quelque chose que je n’avais pas envisagé, car cela me force à emprunter des chemins que je n’aurais pas emprunté, ou, disons, pas comme ça. C’est toujours fertile, surprenant et troublant, émouvant. Ces propositions sont des cadeaux : on nous offre l’occasion de nous quitter un peu pour trouver quelque chose de nous-même que nous ne savions pas. J’avais passé quelques heures à Carnac, aller-retour dans la journée. C’était le vendredi 20 février 2009.

5 avril 2010

deux livres


Mercredi dernier rendez-vous chez une éditrice de livres pour enfant. Cela se passait dans le terrifiant 15° arrondissement (l’arrondissement sans métro, l’arrondissement petite ville de province). Sandrine Bonini et moi avons présenté notre album (le texte est là et Sandrine a déjà fait des dessins et un “chemin de fer”, c’est à dire un story board). Cela s’est bien passé -il faut dire que les dessins de Sandrine sont magnifiques. Nous faisons donc le livre dans cette maison. Il sort en janvier.

Mon nouveau livre pour l’école des loisirs sortira en septembre (suite à Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons). Mon titre de travail était La machine égalisatrice. Mais personne ne l’aimait, et il ne me convainquait pas non plus. J’en avais proposé d’autres (j’avais pensé aussi à Des oies sauvages qui seraient des rapaces), parmi lesquels Le club des inadaptés, qui sera donc le titre définitif.

Projection hier au Catacombs Cinema Club de Porco Rosso, de Hayao Miyazaki. Le revoir sur grand écran était magique. J’aime tellement ce film.

1 avril 2010

ce bon vieux XXI° siècle


Journée passée à déposer des contrats, à passer dans des boutiques, à répondre à des emails, à changer des billets de train, une journée à ne pas travailler. A la banque, je remplis des papiers pour un livret d’épargne solidaire, et je tombe sur cette petite liste de choix : Madame, Mademoiselle, Monsieur et Autre (évidemment Mademoiselle est en trop, ou alors il faudrait trouver un équivalent masculin). J’imagine que cet “Autre” est pour les transsexuels et les distraits. Bon je suis dans une banque assez particulière, coopérative et tout ça, mais le XXI ° siècle n’est pas si mal parfois. (je viens de me rappeler la date, alors je précise : ce n’est pas un poisson d’avril).

Je suis passé à Super-héros, la librairie. Discussion avec le vendeur (il m’a conseillé BitterComix et donc j’ai pu me vanter de connaître la traductrice, Jakuta). Je suis reparti avec Gipi (S), Seth (La vie est belle malgré tout), Trondheim (Approximativement), Ludovic Debeurme (Ludologie), Daniel Clowes (David Boring). Je repars demain midi pour l’Allemagne, je suis heureux de retrouver le calme, les fellows, le catacombs cinema club et le travail intensif.

30 mars 2010

la dernière chance de la journée


Il y a une rétrospective Cukor. C’est tentant.

30 mars 2010

je cherche des indices en regardant par la fenêtre


Quentin et moi devons trouver un titre pour notre livre de novembre à l’Olivier et ce n’est pas encore ça.

C’est une belle soirée, je vais peut être rester ici, à manger de la soupe ou un autre aliment d’écrivain (nous avons nos propres magasins où l’on trouve principalement du riz, des lentilles, des betteraves, des pommes, des quiches aux épinards et aux pignons de pin, de l’huile d’olives, du jus de grenade et du chocolat - je ne sais pas pourquoi).

30 mars 2010

La recette de l’emploi du temps


Je suis pas doué pour les emplois du temps, m’organiser etc. Il est 19h et j’ai l’impression qu’il est 16h, le ciel est encore bleu, le soleil est là. Ma pente naturelle me pousserait à continuer à travailler et à lire à l’atelier, mais bon dieu je suis à Paris pour encore seulement trois jours, il y a des cinémas, des promenades à faire. Si j’étais pâtissier je serais incapable de faire la recette de l’emploi du temps.

30 mars 2010

le Lou Reed des temps modernes


J’avais un mal de crâne terrible pendant les quelques heures passées au salon du livre, les jambes en coton, des éclairs dans les yeux et de la fièvre, des difficultés à respirer (c’est donc bien un virus ce truc, un virus du rhume et de la migraine, et pas besoin de microscope pour le voir, il tient dans un hall porte de Versailles, il a des stands ce virus). J’ai demandé au moins à une dizaine de personnes (auteurs, éditeurs, attachées de presse) des anxiolytiques ou des bêta-bloquants. Personne n’en avait. C’est incroyable. Je pensais que l’édition était un repaire d’angoissés. Je suis un peu déçu. Cela doit être un truc d’auteurs (d’ailleurs Olivier en avait, mais dans sa chambre d’hôtel). Le copain de J., qui est médecin, n’avait rien sur lui, mais alors à quoi bon devenir médecin si ce n’est pas pour avoir toujours sur soi une trousse pleine de bromazépam, de codéine, de tétrazépam, de tramadol (ainsi que le nécessaire pour extraire une balle de révolver) ? Il l’avait sans doute oubliée (car il est cool). Ceci dit ça doit bien faire quatre ans que je n’ai pas pris de psychotropes, et je m’en passe très bien. Le problème des anxiolytiques c’est que parfois on en a besoin pour une occasion précise (prendre l’avion, essayer de comprendre comment remplir une déclaration Agessa, préparer une tarte tatin), et que sitôt l’obstacle passé, on se retrouve avec une boîte pleine. On n’en a plus besoin, mais comme on nous a appris à ne pas gâcher on se sent un peu obligé de terminer cette boîte en quelques mois, avant la date de péremption, on en vient même à s’inventer des angoisses pour avoir l’occasion de prendre un comprimé. C’est pour ça que la meilleure solution consiste à ne pas avoir soi-même d’anxiolytiques, mais d’être entouré par des gens qui en ont et que l’on pourra taxer si nécessaire.

J’ai quand même croisé quelques personnes (Eric Pessan, Quentin Faucompré, Sandrine Bonini, Jakuta, Olivier A… et bien sûr de bienveillants lecteurs), et donc ça valait le coup pour ça.

Que dire du débat auquel j’ai participé ? C’était sur la genèse d’un écrivain. On invente des réponses. On n’est pas obligé d’inventer des réponses conformes à la mythologie. J’ai dit que j’étais devenu écrivain pour m’en sortir. J’ai dit que je n’avais pas beaucoup d’amis quand j’étais jeune (à part les inadaptés magnifiques) et que je n’étais pas un bon élève, et donc l’art était un moyen pour moi de m’en sortir. Je n’étais pas doué pour les relations sociales et j’étais un élève très moyen, la seule voie pour échapper à l’échec qui planait était de devenir un artiste, écrivain ; il y a peu de jobs faits pour ceux qui sont mal partis, qui leur permettent d’avoir une vie belle et pas catastrophique. Des gens ont trouvé ça très drôle. Je ne trouve pas ça spécialement drôle. C’est plutôt le contraire. J’imagine que c’est ce qui se passe quand on est sincère et qu’on dit quelque chose de sincère et juste mais d’inattendu. Les gens pensent qu’on plaisante. Ils l’espèrent. Alors pour ne pas penser ils rient. Ils ne peuvent pas comprendre ce que cela veut dire, ils ne le veulent pas. On devient artiste pour s’en sortir. C’est une décision d’enfant, inébranlable.

Aujourd’hui : Silver Jews, The Kinks. J’ai acheté Eight Ball de Daniel Clowes et c’est terriblement bien (bravo aux éditions Cornelius, un éditeur qui fait  un travail magnifique). J’ai aussi acheté L’image Survivante de Georges Didi-Huberman (sur Aby Warburg, le sous titre en est : “histoire de l’art et temps des fantômes”). Didi-Huberman c’est le Lou Reed des temps modernes. J’ai repris mes croquis, mes petits dessins, mes têtes de personnage et mes bulles de dialogue (rêve secret : devenir dessinateur bd).

28 mars 2010

décapage


Le nouveau numéro de “décapage” vient de sortir. C’est ma revue préférée. On y lit des portraits, de petits essais, des traductions inédites, des entretiens, des journaux d’écrivains. Drôle, originale et intelligente. Pas de chapelle, pas de dogme littéraire, pas d’excommunication ; mais le plaisir de l’éclectisme, la chance d’y trouver des écrivains qui, parfois, ne partagent pas grand chose sinon le goût de participer à une aventure collective libre, généreuse et folle. On la dirait faite sur un mode mineur cette revue ; mais c’est une éthique de la littérature qui est l’œuvre ici. Plus proche de McSweeney’s que de toutes les classiques revues parisiennes championne de la poussière et de l’esprit de sérieux. C’est Jean-Baptiste Gendarme qui est à la barre.

28 mars 2010

la fille qui pleurait en faisant du vélo, la fille qui plissait les yeux en mangeant des framboises


Strangers on a train hier soir avec Aude. Paris est une ville de cinémas, de librairies et de pharmacies. Bonheur de voir un vieux film, un Hichtcock, cette scène incroyable de déraillement du manège et la tête du cheval qui est projeté vers les spectateurs.

J’ai quelques guides en bandes dessinées, Quentin, Clément et Aude principalement. Aude vient de m’offrir le dernier (je crois) Ruppert et Mulot, Irène et les clochards. C’est extra. Lu aussi Capucine, de Corinne Dreyfuss & Camille Grosperrin. Une bd (ou livre illustré) dont la forme m’a dérouté, mais au bout de quelques pages j’ai été pris par cette histoire d’une enfant qui parle de sa mère battue par son père. Le traitement n’est pas réaliste et donc forcément plus réaliste que le réalisme, c’est poétique, inventif, puissant, bouleversant. Réunion de travail (hum oui appelons ça comme ça, enfin bon on a discuté) avec Quentin Faucompré à propos de notre livre qui sort en novembre à l’Olivier. Il me reste un texte à écrire. Nous avons parlé du titre et nous avons quelques idées pas mal du tout. Il m’a conseillé quelques bd : Ludologie (de Ludovic Debeurme), Red Monkey (de Joe Dary), Jardin (de Yokoyama Yûichi), Hortus Sanitatis (de Frédéric Coché), les trois Eprouvette (à l’Association). Je vais aussi jeter un œil sur le travail de François Ayroles (qui sera aux Escales du livre de Bordeaux dans quelques jours -nous y sommes invités Jakuta et moi) et sur celui de Killoffer. J’ai lu un livre de Malher (à l’Association j’ai oublié le titre, c’était très bien) et le deuxième tome des MéloManiaks.

Café avec Jakuta au Départ Saint Michel ce midi. Évidemment nous avons parlé angoisse et bêta-bloquants.

Vais-je avoir fini l’article sur Shaw avant de partir au salon ? Hm pas sûr. Mince et il faut que je mange. Ce matin après les Mélomaniaks j’ai repris le livre de Anson Rabinbach, Le Moteur Humain. Ce livre fait partie de ces gros livres denses qui m’accompagnent depuis des années et que je lis par morceaux que je rumine ensuite pendant des semaines, des mois (comme Le Livre de la Mémoire et L’Art de la Mémoire).

Interview géniale de Chris Ware sur Youtube (et interview d’Edward Gorey). Un camarade d’asocialité, de solitude et d’étrangeté.

Un ami (Laurent) a ouvert Les Essais de Montaigne à l’atelier et il est tombé sur : “Mon métier et mon art, c’est vivre”. Cela m’a fait penser à la phrase de Wilde “J’ai mis mon talent dans mon art et mon génie dans ma vie”, phrase mal comprise, mal prononcée par ceux qui la citent -ne pas oublier que Wilde a lu Montaigne, et tous les grecs et les latins.

Au travail !

27 mars 2010

le petit dieu des amis futurs


Je n’avais pas envie de travailler aujourd’hui, laisser le samedi être un samedi comme dans l’ancien temps, quand j’étais enfant ; mais l’ancien temps n’était pas une époque agréable, alors finalement j’ai repris mon stylo et mon clavier, j’ai éliminé la vacance de ce jour, je l’ai chassé. Poursuite du texte sur Shaw. Il y a de la poursuite dans l’écriture, poursuite d’une forme, d’un enjeu. Quelque chose que l’on veut saisir et qui nous échappe, dont l’ombre est là pourtant, attestant de sa réalité (mais n’avons nous pas rêvé ?). Je me rappelle les vieux films de cow boy. Je pense à l’aventure du Monde Perdu dont me parlait Toxica (vive le professeur Challenger). C’est chaotique. Il faut avancer à coups de machette, c’est éprouvant, on est perdu, mais quelque chose comme un sens de l’orientation, appelons ça intuition, nous guide mais sans que l’on soit certain de ne pas se tromper et d’aller n’importe où. On est épuisé, on en a assez, à quoi bon ; puis des beautés surgissent et on se rappelle pourquoi on a entrepris ce voyage. Pour dire : parfois j’en ai marre, marre, marre, marre de devoir effectuer une tonne de travail pour une phrase, une idée. Et j’ai mal au dos et froid et je veux écrire les romans que j’écrirai dans dix ans maintenant et j’ai faim de choses à faire, d’histoires à raconter et ça ne va jamais assez vite. Mais dès que je trouve, cette phrase, c’est le plus beau jour de ma vie. Par deux fois aujourd’hui a été le plus beau jour de ma vie. Des surprises qui ne sont pas des surprises, des choses neuves mais néanmoins familières. Beau métier. Il faudra quand même que je vois mon ostéopathe bientôt.

De la fenêtre de l’atelier je regarde les passants sur le Pont Saint Michel, deux femmes portent chacune deux énormes sacs du chocolatier Patrick Roger (de ce vert si caractéristique). Les vitres ont été nettoyé. Il y a quelques temps j’avais l’habitude d’y écrire des notes à l’aide de gros stylos à gouache.

Ce cher George Bernard Shaw est bien peu sympathique. Mais il s’agit pour moi de le défendre. De comprendre la logique de sa violence. Je suis entouré de papiers, de livres, de pages internet. De ces bibliothèques renversées sur ma table de travail, je dois composer un portrait de 4000 signes. Je pense qu’il sera terminé demain.

Bizarrement aujourd’hui j’ai réécouté cette chanson de Bruce Springsteen : For you. Je ne sais pas pourquoi sinon qu’elle m’émeut. Ecouté Revolver et le dernier album de Phoenix. Quand je travaille c’est plutôt du jazz, ou parfois Belle & Sebastian (ou Where the children play de Cat Stevens sur le mode repeat toute la journée).

Deux gâteaux japonais achetés chez Toraya (dont un enrobé d’une feuille de cerisier -comestible m’a dit la dame). Miam.

J’ai pensé à Buster Keaton dernièrement, parce que A. m’a dit qu’elle avait aimé La Maison Démontable (One Week). Et j’en ai voulu au cinéma parlant. Saleté de cinéma parlant ai-je pensé un moment. Tu avais vraiment besoin de parler ? Si le cinéma avait du rester muet pour sauver Keaton alors bon dieu ça aurait valu la peine. Et puis j’ai pensé à Mankiewicz, mon cinéaste préféré et j’ai compris que non ce n’était pas une solution. Trouvons une autre solution. Il faudrait que les artistes dépressifs, alcooliques, tristes et incompris sachent que des gens les aimeront plus tard et prendront soin de leur œuvre. J’aurais aimé que Keaton le sache, sans aucun doute, pas de manière arrogante, mais tendrement, avec confiance, que des gens seraient là qui comprendraient ce qu’il a fait et l’aimerait à la folie. Voilà une croyance possible : le petit dieu des amis futurs. J’aimerais tellement envoyer des messages dans le passé.

Vu le film de Zlazov Zizek, The pervert’s Guide to Cinema. Qui donne l’occasion de voir Zizek dans les décors de films d’Hitchcock, Lynch etc. Et puis il parle de Chaplin. Il y a ce film de Chaplin avec Buster Keaton : Limelight. Le coeur s’agrandit, le cerveau frissonne. J’oublie parfois combien Chaplin compte pour moi. Je m’en veux. Ne pas oublier, ne pas oublier.

26 mars 2010

salon du livre


Je serai au salon du livre de Paris dimanche 28 mars à 18h sur le stand de l’Olivier. Bien sûr je serai au bord de la crise de panique (des masques à oxygène flotteront au-dessus de ma tête et mes bras seront reliés à des intraveineuses de bêta-bloquants). C’est loin d’être le salon idéal, trop de monde, trop de bruit, trop de lumière. Pas sûr que j’y retourne (état d’esprit d’aujourd’hui : non, jamais). On apprend à s’épargner. Partagé entre l’occasion de croiser des lecteurs, deux trois personnes que j’aime bien ; et le désagrément d’une montée du stress et de l’angoisse. Les choses pourraient être autrement. Qu’elles soient organisées pour être douloureuses est une donnée intéressante. Des conclusions devraient en être tirées. J’y travaille. On apprend que l’on peut dire non, malgré toute notre bonne éducation.

23 mars 2010

Le printemps en avalanche


Deux amis ont passé quelques jours ici : disputes esthétiques, escaladage d’arbre, escaladage  de gâteaux allemands et de pièces de viande gigantesques, coming out gauchiste de l’un, découverte de la forêt la nuit (ses bruits étranges, ses animaux invisibles, les grenouilles), invention de recettes, succès de la séance du catacomb cinema club (The Apartment de Billy Wilder). Le printemps nous est tombé dessus comme une avalanche. Journée dans la forêt, déjeuner dans un petit restaurant près d’un lac, il n’y avait que des retraités (lundi oblige).

Je continue à lire le livre consacré à Chris Ware. Il parle travail, ça devrait intéresser tout le monde, mais bien sûr surtout écrivains et artistes :

“Je me dis aussi que j’écris avec des images et que je dessine avec des mots”

“(…) dessinateurs bd qui sont pour la plupart assez farouches et pas très sociables. On n’aime ni sortir ni voir du monde, on est mal à l’aise, et la seule chose qu’on puisse faire est en fin de compte, c’est travailler de façon à être publié et diffusé. C’est une étrange combinaison de réticence et d’égotisme je trouve…”

Une citation placée en exergue d’un texte de Ware en introduction à l’anthologie de bandes dessinées McSweeney’s Quaterly Concern, numero 13, 2004 : “Je ne pense dans aucune langue. Je pense en images. Je ne crois pas qu’on pense dans une langue. On ne bouge pas les lèvres quand on pense. Cela n’arrive qu’à un certain nombre de personnes illettrées quand elles lisent ou réfléchissent. Non, je pense en images, et de temps à autre une expression russe ou bien anglaise vient se former dans l’écume de l’onde cérébrale, mais c’est à peu près tout.” Entretien avec Vladimir Nabokov, 1962.

Je viens de terminer Contre l’architecture de Franco La Cecla (éditions Arléa). La Cecla est anthropologue ; livre iconoclaste et passionnant. Je relis le livre d’Hélèna Villovitch, Je pense à toi tous les jours. Je lis Berceuse Chuck Palahniuk, et toujours l’essai de Didi-Huberman. Dernières corrections à mon livre pour l’école des loisirs, reprise du texte sur Shaw.

Texte d’Arundhati Roy (qui rappelle Kraus et Klemperer) ici.

Retour à Paris ; train ce midi.

18 mars 2010

le printemps est une saison tiède


Deux amies sont venues ici et m’ont fait découvrir cet endroit où je vis depuis six mois (et pour encore six mois. J’ai ainsi appris l’existence d’interrupteurs dans mon appartement, d’une hotte aspirante, j’ai appris que la forêt qui borde la résidence n’est pas la Forêt Noire et que la ville face au château n’est pas Stuttgart. J’ai l’impression d’avoir vécu dans un lieu imaginaire jusqu’ici. C’est drôle.

Le printemps est arrivé ici (mais méfiance : cela a déjà été le cas il y quinze jours et puis une tempête de neige avait surgit). Tentative de promenade, mais stoppée dans son élan : j’ai croisé Matthew Gottschalk, (qui fait des videos et des marionnettes). Alors bien sûr nous avons fait ce que font deux artistes qui se rencontrent : nous nous sommes plaints et nous avons parlé d’arbres vivants qui pourraient bien nous attaquer un jours ou l’autre. Chouette discussion, sérieuse et drôle. Le printemps est la saison tiède. Je ne suis pas sûr d’aimer ça. Spontanément j’aime ça car ce n’est pas douloureux, c’est comme être dans du coton. Mais est-ce que je ne préfère pas quand mon corps sent une petite résistance ? Comme le corps du temps contre mon corps ? Je ne sais pas. Je crois en fait que le printemps n’est pas si tiède, ou plutôt que la tiédeur a un intérêt, et s’appelle douceur, et que l’interaction est là, dans la caresse, dans la délicatesse. Le printemps donne envie d’être doux. Je me fais bien à cette vie à la campagne.

Le ciné club créé avec Ivan Civic sort de l’hibernation. J’ai décidé de projeter The Apartment (La Garçonnière) de Billy Wilder, vendredi soir. Un de mes films préférés : amour, somnifères, businessmen détestables, ascenseurs et émancipation.

Je n’y crois pas vraiment, mais je me dis que des choses se transmettent de génération en génération, et que j’ai des ancêtres qui ont du souffrir de pénurie. J’ai tendance à faire des réserves, à acheter du riz, des betteraves sous vides, du thé. De quoi tenir un siège. Mais peut être est ce parce que j’ai l’intuition de temps difficiles à venir. Ou parce que pendant longtemps je n’avais pas d’argent, et mes parents pas beaucoup.

Durant cette vie et sur cette terre, il n’y a pas de meilleure chose à faire que le kidnapping. Aucune autre ambition n’est aussi noble. C’est ce que tout le monde devrait s’efforcer de mettre en œuvre. On devrait enseigner cet art à l’école. Il faut kidnapper les gens que l’on aime, avec des liens solides mais qui n’emprisonnent pas. Des cordes invisibles et souples, qui n’entravent pas mais retiennent et sauvent quand un gouffre apparaît.

18 mars 2010

morale de l’ankylose


Ces dernières semaines j’ai passé du temps à lire et à écrire sur Twain, de Quincey, Chesterton et Dostoïevski. Ce sont quatre écrivains apparemment très différents. C’est ce que je pensais avant de m’y plonger, de (re)lire leurs livres et d’étudier leur biographie. Maintenant je les vois comme une fratrie, tellement de choses les rapprochent. La plus importante est la diversité de leur œuvre. Ils ont tous écrits dans des genres différents, des formes différentes (articles, textes comiques, graves, récits). Ils sont tous les quatre mal compris et mal connus. La doxa ne retient d’eux qu’une part infime de leur œuvre et compose d’après cela un portrait partiel, qui les déforme.

Tout est fait pour nous assigner à un style : les lecteurs, la critique, se construisent l’image d’un artiste, et la plupart du temps il leur manque une grande souplesse pour accepter que cette image soit mouvante et complexe. Moins on varie, plus on est dans un semblant de continuité, mieux les choses se passent, mieux on est cerné. Il y a une prime à la paralysie volontaire : l’ankylose est la morale dominante. Ne demandons pas aux choses que l’on observe, et en particulier aux artistes, de s’adapter à notre myopie. Si nous n’y voyons pas clair, alors travaillons à accoutumer notre vision.

Les artistes travaillent avec la mauvaise compréhension que l’on a de leurs œuvres. Il s’agit de ruser. Non pas ruser pour se faire comprendre, mais ruser pour se servir de cette image que la majorité du public et des critiques a forcément (et qui correspond a une certaine vérité) : elle permet d’être connu et reconnu, maladroitement, sous le signe du malentendu ; mais elle offre l’opportunité économique de proposer d’autres œuvres qui seront, au sens propre comme au sens figuré, mal vues.

Ce quatre écrivains sont des modèles pour moi. Leur curiosité pour tous les sujets, la diversité des genres qu’ils abordent et la variété de leur style est une tentative d’unifier le monde. Il faut être touche-à-tout, l’éclectisme est une qualité encore peu défendue. Nous sommes élevés selon le principe de la monoculture (quand l’éducation et la culture suivent le chemin de l’agriculture industrielle), on nous dresse à devenir des spécialistes et à occuper une place bien délimitée. On peut faire le choix d’écrire sur tout et dans tous les styles. L’écriture, la littérature sont des arts récents et qui n’en finissent pas de commencer à être explorés.