19 mai 2021

Putain de déprime


Je découvre un truc, en fait je n’arrête de découvrir un truc : si on n’est pas sûr de soi et de sa valeur, si on n’est pas un brin arrogant, alors dans ce business qu’est l’art, on se fait marcher dessus. L’humilité ou le manque de confiance, c’est juste vu comme une faiblesse dans laquelle on peut s’engouffrer. Je lis parfois des textes sur des artistes et on les critique en disant « Ils sont devenus arrogants et durs ». Mais ouais en fait, car plus ils viennent de bas, et plus ils ont du se battre et montrer les dents, sinon ils auraient abandonné, sinon ils seraient morts. Il y a une arrogance et une dureté qui est juste de la colère et d’anciennes souffrances. Derrière l’arrogance, il y a parfois bcp de douceur blessée qui est cachée. Que derrière l’arrogance, il y a un désespoir et une rage complexe. Je ne dis pas que c’est une règle hein, moi j’y arrive pas. Mais des événements récents me dépriment. Et oh bon dieu, je ne travaillerai plus que par un agent maintenant. Il n’y a pas d’exception culturelle : c’est racisme, sexisme, validisme, classisme, arrangements, réseaux, amitiés intéressées, partout, valorisation des privilèges et de la force, du groupe et de l’origine. Le problème c’est le monde de l’art. Ce sont des gens de putain de bonne compagnie, avec leur mépris, leur sarcasme et leur complicité avec toute cette merde. Alors la colère je comprends, le coeur qui devient dur pour ne pas mourir je comprends. Ou alors on ferme sa gueule, parce que nous sommes des éternels perdants, nous n’avons pas le pouvoir, nous bougeons les choses, nous arrachons, mais notre précarité et notre fragilité nous forcent à fermer notre gueule et à bien la fermer. Caute ou mthfckr. Parler c’est prendre des coups, c’est voir les portes se fermer. Se protéger c’est une éthique aussi. C’est une beauté. Je voulais dire ça. C’est du courage, la douceur à l’égard de soi-même, c’est un art martial même. Moi je suis là, j’en suis là.

9 mai 2021

On peut écrire depuis le futur vers le passé ?


Ah ça mecxmeuf, je sais pas. J’essaye je crois cette magie-là. C’est un peu la déprime des jours-ci, le monde est dur, les relations humaines sont dures, grande fatigue et tristesse de trois mètres de haut, mais aussi rires et bouffe et puis je me suis rasé les cheveux et je veux apprendre à être beau et à bien m’habiller mais ça y a du boulot et je veux m’y atteler.

Mais bon.

À propos de Au-delà de la pénétration. Il y a eu quatre ou cinq éditions Monstrograph, et deux éditions Le Nouvel Attila. À chaque fois c’est l’occasion de faire des corrections, d’ajouter ou de couper, de préciser. Par exemple, idiot et inculte que j’étais j’avais écrit « transsexuelles » à la place de « trans » dans la première version, j’ai depuis rectifié cette erreur. Mille excuses aux personnes concernées. J’ai demandé à mon éditeur du Nouvel Attila d’ajouter un truc qui manque : un TW. Mais un ami militant handi me disait qu’il était contre. Donc je dois décider. Et je vais demander aussi de faire un ajout : quand je parle de femmes et de clitoris, j’aurais du écrire « femmes cis », au moins une fois, pour ne pas invisibiliser les femmes trans. Je vais demander une rectification pour la prochaine édition. J’avais discuté il y un ou deux ans avec des personnes qui connaissent mieux que moi tout ça et les avis avaient été contradictoires, je n’avais pas pris de décision et j’avais laissé « femmes ». En tant qu’auteur, on change, on apprend, on se corrige, on travaille encore sur soi, et si on peut éviter de blesser, alors c’est important de rectifier et de le dire. Ne pas blesser, oh, ça c’est la grâce je crois. Et écouter si on me demande de changer des choses dans un texte.