19 mai 2021

Je découvre un truc, en fait je n’arrête de découvrir un truc : si on n’est pas sûr de soi et de sa valeur, si on n’est pas un brin arrogant, alors dans ce business qu’est l’art et la création, on se fait marcher dessus. L’humilité ou le manque de confiance, c’est juste vu comme une putain de faiblesse dans laquelle on peut s’engouffrer. Je lis parfois des textes sur des artistes et on les critique en disant « Ils sont devenus arrogants et durs ». Mais ouais en fait, car plus ils viennent de bas, et plus ils ont du se battre et montrer les dents, sinon ils auraient abandonné, sinon ils seraient morts. Il y a une arrogance et une dureté qui est juste de la colère et d’anciennes souffrances. Derrière l’arrogance, il y a parfois bcp de douceur blessée qui est cachée. Que derrière l’arrogance, il y a un désespoir et une rage complexe. Je ne dis pas que c’est une règle hein. Mais des événements récents me dépriment. Et oh bon dieu, je ne travaillerai plus que par un agent maintenant. Il n’y a pas d’exception culturelle : c’est racisme, sexisme, validisme, classisme, arrangements, réseaux, amitiés intéressées, partout, valorisation des privilèges et de la force, du groupe et de l’origine. Le problème c’est le monde de l’art. C’est endogène. Ce sont des gens de putain de bonne compagnie de gauche et tout l’attirail, avec leur mépris, leur sarcasme et leur complicité avec toute cette merde. Alors on ferme sa gueule, parce que nous sommes des éternels perdants, nous n’avons pas le pouvoir, nous bougeons les choses, nous arrachons, mais notre précarité et notre fragilité nous forcent à fermer notre gueule et à bien la fermer. Caute, mthfckr. Parler c’est prendre des coups, c’est voir les portes se fermer. Se protéger c’est une éthique aussi. C’est une beauté. C’est du courage, la douceur à l’égard de soi-même, c’est un art martial même.

9 mai 2021

Ah ça mecxmeuf, je sais pas. J’essaye je crois cette magie-là. C’est un peu la déprime des jours-ci, le monde est dur, les relations humaines sont dures, grande fatigue et tristesse de trois mètres de haut, mais aussi rires et bouffe et puis je me suis rasé les cheveux et je veux apprendre à être beau et à bien m’habiller.

Mais well, pas là pour ça.

À propos de Au-delà de la pénétration. Il y a eu quatre ou cinq éditions Monstrograph, et deux éditions Le Nouvel Attila. À chaque fois c’est l’occasion de faire des corrections, d’ajouter ou de couper, de préciser. Par exemple, idiot et inculte que j’étais j’avais écrit « transsexuelles » à la place de « trans », j’ai depuis rectifié cette erreur. Mille excuses aux personnes concernées. J’ai demandé à mon éditeur du Nouvel Attila d’ajouter un truc qui manque : un TW. Mais un ami militant handi me disait qu’il était contre. Donc je dois décider. Et je vais demander aussi de faire un ajout : quand je parle de femmes et de clitoris, j’aurais du écrire « femmes cis », au moins une fois, pour ne pas invisibiliser les femmes trans. Je vais demander une rectification pour la prochaine édition. J’avais discuté il y un ou deux ans avec des personnes qui connaissent mieux que moi tout ça et les avis avaient été contradictoires, je n’avais pas pris de décision et j’avais laissé « femmes ». En tant qu’auteur, on change, on apprend, on se corrige, on travaille encore sur soi, et si on peut éviter de blesser, alors c’est important de rectifier et de le dire. Ne pas blesser, oh, ça c’est la grâce je crois.

15 avril 2021

Beaucoup de choses ces derniers mois. Le succès de Au-delà de la pénétration, l’édition (avec Coline) et la sortie de Moi les hommes je les déteste, de la très douée Pauline Harmange. Et donc le scandale, nous éditeurices dépassés par les ventes, les droits vendus au Seuil et à mille éditeurs étrangers, la presse internationale, quelques insultes reçues. Et purée l’avalanche de boulot administratif et financier pour gérer ce succès, sachant que Coline et moi sommes bénévoles, ça nous a bien plombé, moins de travail pour nous, des tensions. Monstrograph, c’est une maison au départ pour des livres dont personne ne veut, d’abord nos propres livres dont personne ne veut (c’était le cas de Au-delà, et de Eloge des fins heureuses, de Coline, chef d’oeuvre mais que nous n’arrivons toujours pas à placer chez un éditeur pro -nous sommes juste un laboratoire). Parce que en fait ces livres dont personne ne veut, plein de gens les lisent et les désirent en fait, mais ceux qui ne les veulent pas ce sont les éditeurices installés, les journalistes, plein de gens en poste en fait. Mais le public est là. Mais là on est crevés, on a juste envie d’arrêter (on aurait aimé qu’une grosse maison d’édition nous propose de reprendre Monstrograph, on n’aurait plus à gérer le comptable et financier, le stock, les envois -car oui on envoie tout nous-même, on s’occuperait que de l’éditorial et on serait un peu payées pour ça. Mais jamais aucune maison ne nous laissera totale liberté pour faire ce qu’on veut, ne rêvons pas, on est trop incontrôlables. Ce qui n’empêche pas qu’on bossera peut être avec des maisons pros parfois.). On en a marre on veut juste bosser pour nous et écrire. C’est le piège que le monde nous tend : nous pourrions devenir éditeurices pro peut être. Mais alors adios nos créations. Donc non, on ne sera jamais éditeurices pro, mais toujours des expérimentateurs libres. Mais quand même on prépare le sortie de deux livres fabuleux pour Monstro. Ça vaut le coup, c’est tellement important de faire exister des livres qui vont contribuer à mettre le bordel et à changer les représentations. Mais après ça, on fera pause sans doute, un temps.

J’ai écrit un texte pour la revue La Déferlante, une nouvelle revue féministe, géniale. J’avais peur que ce soit bizarre pour moi de participer à cette revue parce que je ne suis pas une femme (sur ce que je suis c’est compliqué). J’ai proposé que ce soit une femme plutôt, j’ai parlé de mon malaise (dès que je suis invité quelque part pour parler de quelque chose lié à la lutte contre le patriarcat, je propose de me désister pour une femme). Mais les fondatrices ont dit que c’était ok que je sois dans la revue, donc voilà, et merci à elles :) J’ai écrit ce texte : Pourquoi je ne suis pas féministe, un texte à destination des hommes qui vont lire la revue, je n’ai rien à apprendre aux meufs, c’est une pierre à donner ou à balancer à des mecs. J’y raconte qu’un mec ça sera toujours décevant. Et je dis combien c’est important de se taire et bien sûr c’est paradoxal : je parle pour dire il faut se taire (mais pas se taire concernant la critique de la domination masculine et de l’hétéronormativité : se taire quand des femmes parlent). Je suis bien conscient de ce presque paradoxe. Ce n’est pas mal l’inconfort. C’est ce qu’on peut souhaiter pour les hommes : qu’ils soient moins confortables. Et qu’ils agissent quand même peut être. Je ne dis rien de très original dans cet article. Ce truc de dire « Les hommes ne peuvent pas être féministes » est une idée ancienne et largement diffusée. Je la passe à travers mon expérience et mes mots, et je l’agence à ma manière, mais beaucoup de gens vont dire en lisant mon texte « Bah oui, c’est des banalités ». Je l’ai écrit pour être clair, pour moi, et pour qu’un homme le dise aussi et parle de son chemin. J’ai essayé de citer des féministes qui m’ont inspirées et qui comptent dans ma réflexion et j’en ai oublié plein. Mon deuxième texte pour la Déferlante s’intitule Pourquoi je n’aime pas les femmes. J’espère qu’il plaira. Un truc c’est que je voudrais pas être vu comme un spécialiste de questions sexuelles, de la lutte contre le patriarcat, car je profite de ce système, je ne veux pas profiter de la lutte (note : mais je suis sceptique sur cette idée que des mecs gagneraient argent (?) et réputation en critiquant le patriarcat : on s’attire surtout du dédain et de la haine, des portes se ferment, les mecs qui s’en sortent bien ne sont pas ceux qui critiquent la domination masculine). Ce n’est pas ma lutte, je ne suis un spécialiste de rien, à part peut être de la contradiction. Là où je peux apporter des trucs c’est dans la critique de la masculinité, peut être, dans le cassage des genres. Mon sujet, là où je suis dans le combat c’est la lutte contre l’oppression, contre les oppressions, pas celle-ci en particulier. Ne surtout pas être vu et considéré comme un spécialiste ici, car ce sont des femmes qui ont tout pensé et pensent tout. Là où est ma place (quoi que hein cette place qui est mienne est dans le déplacement et l’échappée et le saut) c’est dans mes fictions et mes poésies. Mais je ne sais pas en fait, tout ça est tellement compliqué. Je suis un peu perdu et perdu à plein de niveaux. En tout cas, je lis, j’écris, je dessine, et c’est ma manière de donner la main et de participer à chavirer le monde.

2 mai 2020

Petit événement symbolique :

Un des prochains livres publié par Monstrograph aura été relu par des sensivity readers. C’est une idée de l’autrice (qui aborde des questions pour lesquelles elle n’est pas la première concernée), Lou Sarabadzic, et Coline et moi avons trouvé ça normal et important.

La presse française conservatrice a consacré des papiers au sujet des SR, criant à la censure, etc, alors même que la censure est le propre d’une société française qui invisibilise la parole des personnes qui prennent des coups. C’est cocasse de voir les pires réacs faire comme s’ils défendaient la liberté de création. Je regrette que la presse progressiste et critique n’ai pas répliqué.

Il faut défendre le choix de faire appel à des sensitivity readers. Je crois que de « grosses » maisons d’édition s’y mettent. Cool !

À celles et ceux qui seraient inquiet.es : Poétique réjouissante du lubrifiant est un des livres les plus libres et iconoclastes qu’il m’ait été donné de lire. Penser que la lecture et les conseils d’une personne concernée pourrait amoindrir la qualité d’une oeuvre, c’est vraiment ne rien connaître à la création.

Alors le dire : le problème ce n’est pas les sensitivity readers : ce sont des structures sociales oppressives qui favorisent uniquement la pensée et l’imaginaire des dominants.

Monstrograph est une maison d’édition qui a fait appel à des sensitivity readers, beaucoup n’ont pas demandé de rémunération mais nous sommes heureux d’en avoir payé un. C’est normal et cela nous semble juste.

Un texte éclairant et passionnant sur le sujet, par l’actrice Mrs Roots :

https://mrsroots.fr/2019/07/25/sensitivity-reader-et-le-faux-debat-de-la-censure-%EF%BB%BF/?fbclid=IwAR3vf7rD1vFB0rcQUak-GrmXqvIxjXHB2sRyqt8-i3xmbiU5ao6kRdenNCI

2 mai 2020

Moi les hommes, je les déteste, de Pauline Harmange et Poétique réjouissante du lubrifiant, de Lou Sarabadzic sont en précommande sur notre site :)
Nous faisons de petits tirages, donc ça vous permettra d’être sûr·e d’avoir votre exemplaire.
C’est ici : https://www.monstrograph.com

31 janvier 2020

popcorn cinema martin pageAvec C*, on est allé au cinéma mercredi voir un film d’animation québécois (adapté de la Guerre des tuques), et j’ai acheté des pop corn. J’en rêvais enfant, mon père n’en achetait pas, trop cher en plus des billets. Alors voilà je réalise de vieux vœux aujourd’hui et c’est un des pouvoirs magiques du fait d’être adulte et de s’en être sorti. Le film était chouette mais ce que je retiens c’est mon fils et moi piochant dans cette tonne de pop corns ❤️ et j’ai une pensée pour mon père qui doit nous observer, là où il se trouve, avec un grand sourire de bonheur. Les signes adressés à nos fantômes contribuent à nous lier à nos vivants.

15 janvier 2020

Sortie (ok en fait ça fait quelques jours) de la nouvelle édition de Au-delà de la pénétration, mon essai sur la sexualité (=^_^-=).
L’histoire de la publication de ce livre a été une sacrée aventure. D’abord prévu chez un éditeur, celui-ci finit par ne plus donner signe de vie, donc Coline et moi décidons de le publier chez nous (je décide aussi d’y ajouter une partie témoignage), chez Monstrograph. Le premier tirage est de 200 exemplaires, parce que nos livres sont pour les allié.es, et franchement qui pourrait s’intéresser à ce livre bizarre et iconoclaste ? Mais tout de suite, il y a beaucoup de ventes. On est heureusement surpris. Ça prend une proportion encore plus folle quand Les couilles sur la table en parle, il y a des relais dans la presse (aux pages sexualité) et sur des blogs féministes, sur des comptes Instagram (comme celui de Jouissance Club, de Jüne Pla – dont le livre vient de sortir, j’en ai écrit la préface), et un bel article de Maïa Mazaurette. Donc on a fait des retirages, j’en ai profité pour corriger, ajouter, couper mon texte. Comme nous n’avons ni distributeur ni diffuseur, c’est Coline et moi qui nous occupons de tout. Les gens commandent sur notre site internet ou via les libraires, et nous mettons sous enveloppe. A partir d’un moment, nous avons du engager des potes et connaissances pour nous aider car nous n’arrivions pas à faire face. À la poste, ils étaient un peu paniqués, parce qu’on arrivait chaque jour avec des dizaines d’enveloppes. Ça a pris une tournure impossible (et dire aussi que je n’ai jamais autant reçu de courriers/emails/messages magnifiques, touchants, émouvants de la part des lectrices.eurs -et aussi quelques messages d’insultes) et on a commencé à passer nos soirées à faire des colis. Donc on a dit stop. On a retiré le livre de la vente et on a cherché un éditeur professionnel. Quelqu’un de bien inséré dans le circuit. Et ainsi sont apparues les éditions Le nouvel Attila. Benoît est venu nous rendre visite à Angers, il nous a offert une glace et puis c’est l’ami d’un copain dessinateur, alors forcément ça a marché (la glace, surtout). D’autant plus que Benoît a repris la couverture originale, que le livre est aussi cousu, avec des rabats, le papier est différent mais très beau, et le livre coûte deux euros moins cher. Bonheur de travailler avec un éditeur passionné, toujours en action et réflexion (et bonheur de travailler avec sa formidable équipe).
Jeudi dernier il y a eu le lancement au Point Éphémère (et demain au Monte en l’air, et plus tard en Suisse, à Marseille, Aix, à Nantes, et dans pas mal de lieux) et je n’avais jamais vu autant de monde (plus de 100 personnes) au lancement d’un de mes livres, c’était chaleureux et joyeux.
Donc le livre est là, enfin disponible (et commandable facilement) dans toutes les librairies. L’aventure Monstrograph continue avec prochainement la publication de trois livres atypiques et joyeux écrits par des autrices géniales, et de deux collectifs sur la vie d’artiste.

9 janvier 2020

Les ami.es si vous êtes dans le coin, rejoignez nous au Point Ephémère pour fêter la sortie de Au-delà de la pénétration ! C’est quai de Valmy, à partir de 19h30, et il y aura de la musique :)

4 janvier 2020

Tous mes encouragement aux personnes qui ont fait le choix de ne pas boire ce mois de janvier et de suivre le #DryJunuary ! Bravo !

J’ai arrêté de boire il y a quatre ans. Mon père était alcoolique et est mort trop jeune d’une maladie d’une certaine manière liée à l’alcool. 

Il faut dire un mot de la bêtise de certaines personnes du milieu artistique (je pense à Jim H par exemple) qui sortaient le stupide « Un buveur d’eau ne sera jamais poète » d’Horace, de toutes ces personnes qui te poussent à boire ou ricanent quand tu ne bois pas, ou ne trouvent pas ça très viril (tiens, ça c’est une autrice qui me l’a dit). Il faut dire qu’il y a une passion pour tout ce qui peut blesser les artistes, et si la morale commune les aime tellement malades, alcooliques, drogués, c’est que la morale commune désire leur souffrance. Il faut bien leur faire payer.

Donc allez vous faire foutre avec votre morale des stupéfiants et de l’alcool. On se drogue pour supporter ce monde, pas parce qu’on manque d’inspiration. Une pensée pour mon père, une pensée pour Amy Winehouse, une pensée pour tous.tes les autres. Et une chaleureuse pensée pour tous·tes les artistes du vin, comme les passionné·es de vin naturel, ces faiseurs et faiseuses de vins géniaux (et sans produits animaux, car par défaut le vin contient des produits animaux comme la colle de poisson, le blanc d’oeuf ou la gélatine), pour tous les amateurs de bière, d’alcool, de vin de qualité qui ne nous emmerdent pas.

Ah et un dernier mot : je ne ai jamais vécu le fait d’arrêter de boire comme un manque, je bosse mieux, je dors mieux, je vis mieux, je dépense moins, avec moi et les autres. Et surtout comme j’ai un esprit addictif, j’ai reporté mon obsession de l’ivresse et des saveurs sur d’autres domaines, moins toxiques. On ne perd rien, en fait, et c’est peut-être un des trucs que peuvent enseigner les artistes que nous sommes : d’une apparente contrainte, d’une perte, nous tirons de la nouveauté et du sublime.

30 novembre 2019

Je serai aujourd’hui sur le stand Gallimard jeunesse au salon du livre de Montreuil de 12h à 13h30 pour présenter Le permis d’être un enfant (et ce soir à la fête Gallimard).

8 novembre 2019

(suite à un article sur le mode « Les artistes, auteurs, actrices, ne devraient quand même pas envisagé.e.s d’être payé.es et de vivre de leur art car c’est très mal et très impur »).

Tiens tiens : alors les écrivains qui vivent de leur art c’est quand même pas terrible, ce sont des vendus ?
Ah oui ?
C’est un truc ancien.
Mais c’est ça pose pas mal de problèmes. D’abord un problème avec la vérité car si on regarde nos bibliothèques et nos discothèques on verra que beaucoup sinon la plupart de de nos livres et de nos disques sont des oeuvres de personnes qui étaient des « artistes professionnels ».
Ce vieux truc moisi de penser que vouloir gagner de l’argent avec son art est vil et navrant. En fait, on peut être corrompu si on veut vraiment poser la question en ces termes (car c’est de cela qu’il est question) aussi par le désir de reconnaissance, d’avoir de la presse, d’être célèbre. De cela on ne parle pas. Le fait est que l’art est impur, et que les artistes et écrivains non professionnels ont aussi leurs désirs pas très nobles en fait. Shakespeare écrivait pour survivre, pour, de façon très pratique, ne pas se retrouver à la rue et pouvoir manger. Est-ce que ça fait de Shakespeare un mauvais écrivain ? Les exemples ne manquent pas, qu’on en soit toujours là, à ce genre de discours est désespérant. Pour info, on trouvera aussi des artistes rentiers, et des artistes qui occupent des professions, parfait, génial, je veux dire : tout devrait être possible et tout est bien.
Il faut défendre le désir d’une part des artistes et écrivains d’être payés correctement et de vivre de leur art : d’ailleurs pour cela ils font des concessions : ils quittent les grandes villes, ils habitent de petites maisons et appartements, ils vivent chichement souvent. Forest, avec un certain mépris, pointe le danger de courir le cacheton, tiens tiens, mais je crois que Forest est prof de français, il doit bien savoir que l’histoire littéraire est pleine d’écrivains et écrivaines important.es qui « couraient le cacheton » (punaise quelle expression classiste et méprisante) de mille manières différentes, auprès d’un roi, d’une reine, d’un bienfaiteur quelconque. Il le sait Forest, il connait la vie de Balzac par exemple, et pourtant il ne le dit pas et c’est un problème.
Avec passion, il faut défendre le désir de certaines écrivains et écrivaines de vivre de leur art, car c’est un moyen pour les artistes non bourgeois de consacrer du temps à leur art. Forest est prof de fac, Jaenada journaliste je crois (note : cet auteur d’ailleurs parle de lui-même et ne généralise pas son point de vue, il explique son choix, rien à dire à ça, le problème est l’angle de l’article), forcément la question du temps de travail se pose différemment pour eux, disons différemment de quelqu’un qui a un boulot de pauvre. Pour ceux et celles n’ayant pas fait d’études, les métiers accessibles ne laissent pas le loisir du temps et de l’organisation de son temps, alors oui vivre de son art est une liberté à défendre pour des raisons politiques, pour des raisons osons le mot : de gauche. Parce qu’un truc comme les classes sociales existent en fait. Tiens comme par hasard les trois métiers cités sont avocat, prof, DRH.
Ce n’est pas une obligation, de vivre de son art, hein. Faire le choix de ne pas vivre de son art peut-être un choix assumé et défendu et nous n’avons rien à dire contre ça. Aucun mépris à balancer. Vive la diversité des choix.
Et une fois pour toute : vivre de son art n’est pas une vie romantique, loin de là. C’est passionnant et dur, riche et inspirant, angoissant et merveilleux. Et on aimerait un peu de soutien, en fait, de la part des copains et des autres, plutôt que des clichés bâtons dans les roues et de la condescendance.
Dernier point : un peu de cohérence serait pas mal de temps en temps et si effectivement une vocation comme il est dit dans l’article ne devait pas devenir professionnelle, alors dans ce cas avocat, journaliste, prof, etc nombre de métiers qui sont parfois des vocations ne devraient pas devenir professionnels, non ? Car pour exercer ces métiers, il faut obéir à des attentes, aux attentes de l’école et des institutions. Je ne vois pas au nom de quoi ça ne serait pas aussi un problème, un problème aussi important que l’argent. Et puis ces gens qui sont journalistes, profs, avocats, ils sont payés non ? Donc ça fait d’eux de mauvais professionnel.l.es ? C’est tellement absurde.
Si un historien de l’art passait dans la salle, un petit récapitulatif des artistes qui vivaient de leur art serait bienvenu je crois.
Dernière chose : étrangement, on ne dit pas aux cinéastes, aux acteurs, aux musiciens… qu’ils sont impurs/pas nobles de désirer vivre de leur art, de désirer gagner de l’argent pour payer leur loyer. Dans cette position, je vois surtout un soutien à l’industrie dont le rêve est justement que les artistes soient de moins en moins payés, et de moins en moins professionnels (et donc de moins en moins organisés pour revendiquer quoi que ce soit) : ainsi il sera facile de ne plus les payer du tout sous prétexte que l’art ne devrait apporter qu’une gratification quoi… d’ailleurs ? Spirituelle ? Intellectuelle ? Voilà on en revient à l’artiste pur esprit. Pfff.
Dernière dernière chose : ce qu subissent les artistes aujourd’hui, c’est-à-dire une précarisation de plus en plus grande, c’est ce qui arrive à bcp de salariés, et à terme à d’autres métiers vocations, comme journalistes, éditeurs, etc. Dans ma petite ville, ils veulent même remplacer les bibliothècaires par des bénévoles. C’est une passion souvent bibliothécaire, donc pas besoin de payer quelqu’un pour ça, n’est-ce pas ? C’est le même mouvement que celui qui s’attaque aux artistes. Et en laissant tomber les artistes on prépare des désastres pour un cercle beaucoup plus large. C’est le capitalisme en action qui ravage et divise.
Et punaise : l’art n’est pas pur, nous artistes et écrivains ne sommes pas purs, nos désirs sont complexes et pas toujours nobles. Et cela ne dit rien de la qualité de notre art. Nos mauvaises intentions, nos désirs de reconnaissance et de fric et de gloire peuvent donner de grandes oeuvres. Ce n’est pas obligatoire hein mais ça fait partie du lot. Il est temps de laisser ces désirs de pureté retourner de là où ils viennent : dans un inconscient chrétien qui habite encore trop profondément le cerveau d’une partie du monde de l’art.
Dernier point : avec Coline, nous avons édité un livre collectif intitulé Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ? Toujours disponible chez www.monstrograph.com. Une trentaine d’artistes, actrices, traducteurs, peintres, parlent de leur manière de se débrouiller avec le quotidien et leurs factures. Nous avons eu un petit article dans le Monde, une émission économique de France Culture en a parlé, un prof au Collège de France a commandé le livre, nous sommes passés à la maison de la Poésie de Paris. Il y a des choses à dire sur le sujet, et tellement de choses à écouter aussi si on le désire.

(note : ce post se base sur la recension ci-dessous du dossier de la revue par un journal, j’ignore le contenu de la revue et les propos généraux des auteurs cités ici : le problème est le parti-pris développé dans le texte ci contre, un point de vue tellement courant)

4 octobre 2019

La tentation est grande de s’engueuler avec tout le monde. Mais à un moment, j’observe que mes débats et mes disputes, si cela apporte du trouble, un trouble parfois bienvenue, ont pour effet de me blesser, de me laisser insatisfait et triste. J’ai quitté les réseaux sociaux comme scène de débats et militantisme, il y avait des spectateurs pourtant, mais je veux vivre pour moi, les miens, et mes combats, plutôt que pour le spectacle de mes engagements et de mes luttes. Il y avait de la compulsion chez moi à réagir à tout. Certes c’est que tout me blesse, que je vois de la violence partout et tellement de souffrance. Je ne pense pas avoir tort. Mais je pense que dès lors que nos combats nous blessent trop, il faut cesser, en tout cas changer de scène, revenir au local, aux cafés pris entre ami·e·s et dans mon cas aux livres. Je me sens tellement paisible depuis que j’ai arrêté de partager des articles militants et de parler d’écologie, de cause animale, d’anticapalisme. Cela ne m’empêche de continuer à me battre ailleurs et par d’autres moyens. Nécessairement ça ne pouvait que mal se passer : les réseaux sociaux sont faits pour la norme, dès lors qu’on s’en écarte tout est douloureux. Je suis anticapitalisme, écologiste, animaliste, je remets en cause la norme sexuelle. Forcément on se prend des coups. Concernant l’animalisme j’ai bloqué aussi bien des anti-animalistes qui défendent leur droit de bouffer du steak et de porte de la fourrure que des véganes qui trouvent que je ne le suis pas assez (ce que ce mot charrie d’idée de pureté me gonfle). Mes posts sur le véganisme/végétarisme ont produit des réactions violentes de la part d’être humains du milieu intellectuel, d’écrivains, j’ai bloqué une écrivaine par exemple qui voulait donner des baffes aux véganes, et ensuite plus précisément à moi. On assiste à ça et on voit que tout le monde rigole, que le marigot ricane et qu’il n’y a personne pour dire Ça ne va pas, qu’il n’y a personne pour dire « Tu exagères, tu n’as pas à menacer Martin ou d’autres ». Personne n’est là en fait. Je le sais bien mes positions politiques me mettent à l’écart de la norme : je suis contre la viande, pour l’interdiction des voitures (ça va avec la construction de services publiques de transports dans les campagnes et zones péri-urbaines), pour l’interdiction des emballages (vrac obligatoire et généralisé, interdiction aussi des gobelets en carton à emporter pour boire son café), je suis pour l’interdiction des jouets en plastique et des jouets genrés, pour la fin du nucléaire, pour linux, contre les tablettes numériques, pour une école publique alternative inspirée de montesorri et decroly et freinet, contre les chefs et l’idée même de chef, pour la démocratie directe, pour une massive égalité des revenus, pour l’interdiction de la chasse, contre l’industrie, toutes les industries (culturelles et autres), contre la concentration des entreprises, contre l’actionnariat, contre la finance, pour au minimum le végétarisme obligatoire, pour l’interdiction des voyages de vacances et loisirs en avion, contre la professionnalisation des politiques, pour une réduction importante du temps de travail (18h par semaine me semble le maximum tolérable), contre les hauts revenus, pour la fin de l’héritage, pour une société inclusive à l’égard des handicapé·e·s, je suis pour l’interdiction au maximum des produits transformés. Tout cela est très raisonnable. Et pourtant, cela me met en délicatesse avec 99% des personnes. Je l’ai vu lors de la maladie de mon père, son passage par la rue, ma lutte solitaire contre les hôpitaux pour qu’il soit pris en charge : les gens et même les ami·e·s ne se sentent pas concerné·e·s, ils vont continuer à voter pour des partis qui les favorisent eux les bien portants, valides, bien soignés, qui partant en vacances. Et je songe aux électrices et électeurs du rassemblent national, cette catastrophe qui arrive, et tous ces gens qui ne comprennent que quand on va mal et bien non ne vote pas rationnellement, qu’on a pris des coups on ne vote pour ses intérêts, ces gens votent d’une façon qui montre qu’ils souffrent, et peut-être chez certains d’entre eux il y a un désir de catastrophe pour ne plus être les seuls à souffrir. Punaise mais quelle tragédie ! Prenez soin les uns des autres, par pitié. Prenez soin des personnes qui souffrent et ont moins que nous. J’ai critiqué les réseaux sociaux et c’est assez injuste. J’aime bien Instagram, pas de dispute là pour l’instant. Et surtout, en fait le monde réel n’est pas plus simple. J’essaye d’améliorer les menus de l’école de mon fils, et ce qu’on leur donne au goûter (du chocolat blanc, du pain blanc, du crunch), et non ce n’est pas simple, à la mairie ils s’en moquent, l’association Léo Lagrange qui s’occupe de la garderie aussi. Engueulade etc. Alors ça va hein mon fils mange super bien à la maison, on a les moyens et le temps de lui proposer des trucs bios et pas industriels. Mais alors tant pis pour les enfants de familles pauvres dont les parents n’ont pas le temps ni le moyen, à la cantine et aux goûters ils auront des trucs pas terribles, pas bios, trop gras, trop sucrés. Merde. C’est épuisant et blessant d’être confronté à des hommes politiques et à des personnels administratifs qui se foutent des gamins, pour qui la nutrition n’existe pas. Et je ne vais pas me lancer dans un truc qui mériterait aussi un combat : l’école est neuve, la cantine aussi, mais pendant le temps du déjeuner c’est le brouhaha, le bâtiment n’a pas été pensé pour des enfants qui y mangeraient et parleraient, donc c’est super bruyant. Dans la ville d’à côté, la mairie a fourni des bouchons d’oreilles aux personnels de service. Punaise. La cantine est neuve et ils n’ont pas pensé à ça. Donc ça fatigue les enfants, c’est un moment pas très agréable et ça peut causer des dommages à leur audition. Punaise de société qui méprise les enfants. Alors j’arrête, je me calme, j’adhère à la fcpe, au conseil de classe, mais je vais arrêter de porter des combats tout seul. J’ai besoin de calme et de douceur, de tendresse. De repos. De rapports chouettes avec les gens. Je parle de plus en plus avec tout le monde, avec les caissières, avec les vendeuses, avec les gens que je croise. J’ai besoin de liens, de me connecter. Ah tellement envie de me barrer dans une ville, ou un pays, avec qui pour une fois je partage des valeurs. Avec Coline, on a décidé ça : déménager d’ici quelques mois ou années.

28 septembre 2019

Les ami.e.s, je suis invité à la librairie La Petite Boucherie, 65 rue Monge, à Paris ce dimanche à partir de 11h pour présenter Le permis d’être un enfant, mon album dessiné par Ronan Badel, publié par les éditions Gallimard Jeunesse. Si vous êtes dans le coin, n’hésitez pas à passer !

28 septembre 2019

Tout va bien.

Je découvre les migraines à aura, aura visuelle, et aura aphasique. Très flippant quand on ne sait pas ce que c’est. Mais pas grave. J’avais déjà eu des maux de têtes mais j’ignorai que j’étais migraineux.

12 juin 2019

Je suis à Nantes toute la journée pour le forum du livre au Lieu Unique, et en particulier présent pour une table ronde à 14h.

10 juin 2019

coline et martin

8 juin 2019

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24 mai 2019

Le combat continue et nous sommes motivés mais bien seuls.

Nazha et Martin -1 copie

 

16 mai 2019

Après discussion avec mon groupe de parole et de soutien (Coline, Marc et Manon), j’ai décidé de ne plus parler politique sur les réseaux sociaux.
Voici donc une photo d’un brownie à la patate douce et aux haricots noirs. C’est un délice (=^_^=)

brownievégane

14 mars 2019

Les amix,
je suis à Paris dès demain et au Salon du livre de Paris samedi toute la journée (le matin sur le stand école des loisirs) et l’aprem pour un débat avec des autrices sur le roman ado et ensuite pour une rencontre sur le livre numérique. Donc nh’hésitez pas à passer me voir, et si vous voulez des Monstrograph pour que je vous les remette en main propre, vous pouvez me passer commande en mp :-)